Sénégal: Peur du vaccin

Un membre du collectif de graffeurs RBS Crew réalise une peinture sur le mur d’une école de Dakar. Un membre du collectif de graffeurs RBS Crew réalise une peinture sur le mur d’une école de Dakar.

Au Sénégal, la population ne se bouscule pas pour se faire vacciner contre la Covid-19, car elle n’y croit pas vraiment. En cause? Une communication ratée.

«Le vaccin AstraZeneca ne me rassure pas. La Covid continue de tuer», avance Madeleine Tambédou, une mère de famille rencontrée à l’Hôpital principal de Dakar. Abondant dans son sens, Maimouna Bâ, une étudiante en sociologie à l’Université virtuelle du Sénégal, est d’avis que les autorités ont gardé pour elles le meilleur vaccin tandis qu’elles proposent le vaccin AstraZeneca à la population: «Le vaccin chinois est plus efficace. Le président de la République, Macky Sall, a reçu le vaccin Sinopharm, tout comme les ministres et les députés», soutientelle. Pour cette étudiante qui juge le vaccin AstraZeneca «inefficace», il s’agit de «favoritisme». Un sentiment assez partagé parmi la population.

Les Sénégalais ne se bousculent pas au portillon pour se faire vacciner même si c’est gratuit. «Il n’y a pas d’engouement; cela est lié à la désinformation autour du vaccin. Le rush auquel on s’attendait n’a pas eu lieu», indique Mballo Dia Thiam, syndicaliste. Selon lui, les décès causés par la pandémie sont nombreux: beaucoup de cas de grippe seraient en réalité des cas de Covid-19 non diagnostiqués. «Les gens doivent avoir la claire conscience que le virus est là et se protéger.»

EFFICACITÉ CHINOISE

Mais les gens ont peur de se faire vacciner. Il suffit de sillonner les différentes structures sanitaires pour en faire le constat. En outre, certains se méfient du vaccin AstraZeneca et optent pour le vaccin chinois. «On a tant vanté les effets positifs de Sinopharm... C’est le premier vaccin que le Sénégal a reçu. En outre, comme le virus est apparu en Chine, les gens pensent que la Chine est en mesure de fabriquer un meilleur vaccin», explique le journaliste Mbagnick Diouf.

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PAS CONVAINCUS DE L’EXISTENCE DE LA PANDÉMIE

De toute façon, pour les Sénégalais, l’urgence est davantage de gagner son pain. Les trois quarts d’entre eux, âgés demoins de trente-cinq ans, sont peu exposés aux formes graves de la maladie. Selon Diamba Faye, coordinateur du collectif Oui pour un vaccin, «les autorités sanitaires ne sont pas arrivées à convaincre de nombreux Sénégalais de l’existence de cette pandémie et à plus forte raison à les encourager à se faire vacciner. La bataille contre le coronavirus doit être celle de la communauté. Mais les segments de la société capables d’apporter leur collaboration et d’inciter les Sénégalais à aller se faire vacciner n’ont pas reçu un accueil favorable de la part du Ministère de la Santé et de l’Action sociale».

«Il s’agit d’un profond problème de communication, estime Mbagnick Diouf. Les informations données sur la Covid-19 étaient contradictoires. Au début, on nous a dit de ne pas porter de masque, que c’était réservé aux médecins, et maintenant on nous dit qu’il faut porter un masque. En outre, la communication a été axée sur les gestes barrières, mais pas de la bonne manière. Je tiens à rappeler que ce n’est pas la première fois qu’on demande aux gens de se laver les mains. Lors de l’épidémie d’Ebola, on avait installé un dispositif de lavage des mains dans tous les services, y compris au sein des structures sanitaires. Mais à peine cette épidémie s’est-elle éteinte que le réflexe a été perdu. En termes de communication, on a pu observer un tâtonnement général. La télévision a lancé des messages fort éloignés des réalités de certaines régions. Quand on montre le président de la République, Macky Sall, dans un costume élégant en train de se laver les mains dans une salle de bains extraordinaire alors que 90% des Sénégalais n’ont pas de salle de bains, le message ne peut pas passer! Il fallait recourir à des spécialistes qui vivent dans les différentes régions du pays et connaissent les réalités locales. Et puis, alors que dans les premiers messages, il était demandé à la population d’éviter les rassemblements et de respecter la distanciation physique, aujourd’hui on accepte qu’un responsable politique réunisse des personnes dans une même salle ou organise des meetings.

Cela instaure un climat de méfiance dans la population: les gens n’y croient plus. Cela me fait peur, d’autant plus que lors de la première vague, les autorités avaient réussi à stabiliser la maladie. Mais on a levé les gestes barrières et le virus est revenu. » Le phénomène est d’autant plus inquiétant que si le système de santé du Sénégal est globalement meilleur que celui de beaucoup de pays d’Afrique de l’Ouest, les manques sont flagrants en termes d’effectifs et d’équipements dans plusieurs hôpitaux du pays.

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Mapote Gaye, Dakar

 

 

D’autres vaccins annoncés

10B EM25«Le gouvernement sénégalais ambitionne de vacciner tous les Sénégalais qui le désirent d’ici 2022», a déclaré le ministre de la Santé et de l’Action sociale, Abdoulaye Diouf Sarr. Même si la population refuse toujours de se faire vacciner massivement, il garde confiance. «Le processus va se poursuivre. De plus, nous sommes en négociation avec les Russes pour disposer du vaccin Spoutnik afin de compléter le stock», a-t-il révélé dernièrement. Il y a dix jours, les dirigeants du G7 se sont engagés à donner collectivement un milliard de doses de vaccins au reste du monde, à commencer par les pays d’Afrique. En outre, le Sénégal compte produire son propre vaccin contre la Covid-19 d’ici 2022. Il deviendra ainsi le premier pays africain à produire un vaccin contre cette pathologie.

MG

 

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