Conversion écologique

La Grève pour l’Avenir du 15 mai 2020 a réuni jeunes et moins jeunes préoccupés par la sauvegarde de la planète. La Grève pour l’Avenir du 15 mai 2020 a réuni jeunes et moins jeunes préoccupés par la sauvegarde de la planète.

Transition ou conversion écologique? Quelle attitude adopter pour préserver notre écosystème menacé? Le groupe de débat Aggiornamento s’est interrogé sur notre rapport à la création à la lumière de la Genèse, de Laudato si’ et des Exercices spirituels d’Ignace de Loyola.

Grève pour le climat, Grève pour l’Avenir: suffira-t-il, pour sauver la planète, de descendre dans la rue afin d’exiger des politiques et des modèles économiques respectueux de l’environnement? Suffira-t-il d’édicter des normes pour faciliter une transition écologique? Pour beaucoup il faut faire un pas de plus, opérer une conversion personnelle et communautaire à l’écologie intégrale dont le pape François trace les axes dans l’encyclique Laudato si’ sur la sauvegarde de la maison commune publiée en 2015.

33A EM2233B EM2233C EM22Le groupe de débat Aggiornamento, soutenu par le Service de formation des adultes de l’Eglise catholique dans le canton de Vaud, a clôturé sa session hivernale jeudi 20 mai à la paroisse Saint-Maurice de Pully et en visioconférence. Réunis à l’initiative de Jean-Marie Brandt, docteur en économie et en théologie, et de Mario Poloni, théologien laïc, ses membres se sont interrogés, avec le jésuite Luc Ruedin, sur l’urgence de cette conversion, son sens, ses conditions et ses fruits.

UN CHOIX VITAL

En introduction, Jean-Marie Brandt a dressé un constat: notre monde n’a jamais disposé d’autant de moyens – argent, connaissances, communications,... – qu’aujourd’hui et pourtant ses ressources humaines, matérielles et naturelles s’épuisent. La faute à un modèle économique axé sur la croissance qui ne crée pas un lien éthique avec ces ressources. Par son action, l’homme met en péril la biodiversité, écrit le pape François dans Laudato si’: «Les ressources de la terre sont aussi l’objet de déprédations à cause de la conception de l’économie ainsi que de l’activité commerciale et productive fondées sur l’immédiateté ».

Conséquence: la Terre, notre soeur, écrit-il, «crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle». Abîmer la nature, c’est abîmer l’homme, car il en fait partie: «Nous sommes inclus en elle, nous en sommes une partie » et «notre propre corps est constitué d’éléments de la planète ».

Devant les signes d’épuisement de plus en plus alarmants, l’être humain a le choix: ou continuer à exploiter sans limites les ressources de la Terre en méconnaissant leur dignité, et donc la sienne, ou prendre ses responsabilités et faire croître la vie. Un choix déjà présent dans la Genèse.

FRATERNELS ET RECONNAISSANTS

Pour léguer un monde habitable aux générations futures, il nous faut opérer une conversion – un appel qui retentit tout au long de la Bible. Shu, volte-face dans l’Ancien Testament, epistrephein, se tourner pour se convertir, oumetanoein, changer de mentalité, d’esprit: il s’agit toujours de respecter les ressources dans la conscience de leur finitude, de «construire sa dignité propre dans le respect de la dignité d’autrui, d’entrer dans un rapport éthique avec l’ensemble de l’écosystème anthropocentré», a relevé Jean-Marie Brandt. Cette conversion «doit atteindre le coeur de l’homme», elle est «lâcher-prise, retour à soi, rencontre avec Celui avec lequel on a fait alliance».

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Elle implique une conversion à l’écologie intégrale, une écologie qui a des dimensions humaines, sociales et culturelles, car «tout est lié», écrit François: la souffrance de la nature et celle de l’humanité vont de pair. C’est l’appel qui traverse Laudato si’, un «appel à la responsabilité individuelle et collective de la paix et de la sauvegarde de la création dans le respect des ressources humaines, matérielles et naturelles qui sous-tendent son écosystème», a relevé Jean-Marie Brandt.

Il importe, dit le pape, de retrouver le «trésor de sagesse que nous devons «Construire sa dignité propre dans le respect de la dignité d’autrui.» garder», de renouer avec le bon sens, d’abandonner l’instrumentalisation des ressources pour la fraternité et la reconnaissance, de poser sur la création un regard de tendresse et d’amour, de voir qu’elle est bonne et belle. Pour ouvrir à l’espérance.

UN PAS EN RETRAIT

La conversion écologique passe par les yeux, le coeur et les pieds. C’est la conviction que le jésuite Luc Ruedin a partagée avec les participants à partir d’un texte de Julien Lambert racontant une retraite spirituelle écologique et ignatienne en pleine nature avec pour seul matelas la paille des étables. Luc Ruedin a détaillé les étapes du cheminement vers une prise de conscience de la nécessaire transformation de nos modes de vie à l’heure de la crise écologique.

Dans un premier temps, l’itinérance prive le pèlerin de ses repères habituels, le fait sortir de sa zone de confort pour le projeter face à l’inconnu et lui faire retrouver l’état de nature. Monte ensuite en lui, devant la beauté de la création, un sentiment d’émerveillement qui suscite sa reconnaissance et sa gratitude: il reconnaît l’auteur de tous ces dons, Dieu lui-même. Enfin, le pèlerin adopte une attitude de contemplation, en silence il entre en communion avec la création tout en ayant vivement conscience des dégâts qu’elle subit.

Ainsi, le pèlerin découvre «l’art du peu», «un art de vivre oublié», a souligné Luc Ruedin, il se réajuste à ce qui est, «dans le plan de Dieu pour nous», expérimentant une sobriété heureuse. Il se situe comme celui qui reçoit et se sent responsable de la nature. Il fait un pas en arrière et découvre dans cette attitude une autre manière d’être au monde. Alors s’ouvre un monde de possibles et il devient capable d’opérer des choix pour le bien commun.

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CONVERTIR SON COEUR

Mario Poloni, formateur d’adultes, s’est intéressé à la conversion du coeur qui, dans la Bible, est «le centre décisionnel qui détermine les orientations de vie de toute personne». Elle requiert «la conversion d’ordre éthique, spirituel et politique de la conscience humaine» et est «l’élément fondamental pour relever les défis présents et léguer aux générations futures une planète sur laquelle il fera bon vivre». A mettre en oeuvre chacun à son niveau.

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Mario Poloni a présenté deux initiatives qui s’inscrivent dans cette dynamique, «deux réalités orientées vers une écologie intégrale et qui contribuent aux changements auxquels nous sommes tous appelés pour la sauvegarde de la création et de l’humanité »: l’initiative Slow Food et les communautés Laudato si’. Fondé par le chroniqueur gastronomique italien agnostique Carlo Petrini, le mouvement Slow Food s’oppose à la standardisation et à la banalisation alimentaires; il encourage les citoyens «à prendre conscience de leur nourriture, de sa provenance, de son goût et de la manière dont nos choix alimentaires affectent le reste du monde ». Pour ce faire, ses membres protègent les produits, les traditions et les cultures; ils redécouvrent «la richesse et les saveurs de la cuisine traditionnelle » et le respect du goût contre le fast-food qui a profondément modifié notre mode de vie et menace l’environnement.

Les communautés Laudato si’, nées dans le sillage de l’encyclique éponyme à l’initiative de Mgr Domenico Pompili, évêque de Rieti, près de Rome, et Carlo Petrini, veulent vivre en cohérence avec ce que dit le pape. Elles mettent sur pied des initiatives concrètes pour sensibiliser à la protection de la maison commune et à des choix respectueux de l’environnement. Dans le message qu’il leur a adressé, François souligne trois mots clés: doxologie, adopter devant la création une attitude de louange, fruit de la contemplation; eucharistie, pour saisir «le statut de don que tout être vivant porte en lui» et que tout nous est donné pour être partagé; ascèse, renoncer pour le plus grand bien des autres.

Conclusion? La conversion du coeur et des actes est nécessaire si nous ne voulons pas aller dans le mur. Et elle est l’affaire de tous. Le pape François l’a compris qui écrit dans Laudato si’: «Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous».

 

Susciter le débat

Réuni depuis quatorze ans autour de Jean- Marie Brandt et de Mario Poloni, le groupe Aggiornamento rassemble des gens de tous âges et de tous horizons spirituels pour débattre de questions d’actualité ou de thèmes bibliques dans l’esprit de Vatican II. Objectif? Faire le lien entre la théorie et la pratique et se remettre en question par l’échange de points de vue contradictoires.

GdSC 

 

Sur les pas d’Ignace de Loyola

Luc Ruedin a présenté la démarche des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola en lien avec la sauvegarde de la création. Répartis sur quatre semaines, ils invitent à une progression. Plein d’émerveillement et de gratitude envers le Créateur et identifiant ainsi ses attachements désordonnés, le retraitant prend conscience que le Christ brise ses enfermements pour l’ouvrir à la vraie liberté. Il le fréquente alors, découvre en lui un maître cohérent et libre et apprend à discerner les choix à faire, ceux qui lui font prendre soin de la création. Méditant les textes de la Passion, il se rend compte que, dans sa souffrance, le Christ porte aussi celle de la création. Lisant enfin les textes de la Résurrection, il entre dans la joie du premier-né ressuscité et regarde comment Dieu agit au coeur de ce monde. Les Exercices spirituels, a souligné le jésuite, «engagent à une manière d’être au monde et à une cohérence».

GdSC 

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