Nouveau livre de Didier Burkhalter

En décembre 2017, Didier Burkhalter présentait son premier livre, Enfance de terre, écrit en quatorze jours En décembre 2017, Didier Burkhalter présentait son premier livre, Enfance de terre, écrit en quatorze jours

Avec Lettre de Fidel au Petit Garçon, l’ancien conseiller fédéral signe son sixième livre depuis 2017. Le Neuchâtelois passe du roman à la fable pour «essayer de redonner davantage de sourire dans notre temps». Avec humanité, poésie et un brin de nostalgie.

Didier Burkhalter n’a pas changé. La lecture de ses courriels comme de son dernier ouvrage ne laisse aucun doute. L’homme qui écrit Lettre de Fidel au Petit Garçon est bien celui qui écrivait aux Chambres fédérales ressentir «naturellement le besoin d’écrire prochainement une nouvelle page» sans savoir quelle encre il utiliserait, mais en devinant qu’elle aurait «des couleurs plus personnelles et moins visibles publiquement ».

Ecrire qu’il n’a pas changé, ce n’est pas réduire l’auteur prolifique à son passé politique. C’est rappeler que dans le politicien sommeillait – et s’éveillait – déjà le poète. Son dernier discours devant le Parlement en 2017 contenait en germe ce à quoi ses ouvrages ne cessent de revenir. L’humain – «Je revois tous ces visages d’enfants, de jeunes et de femmes lorsque l’aide de notre pays est passée par là», avait-il dit, alors à la tête des affaires étrangères. Le lien à la nature lorsqu’il avait évoqué les grands vents qui soufflent sur le lac de Neuchâtel. Une nostalgie teintée d’espoir: «Partir, c’est mourir un peu. Mais c’est aussi vivre, vivre beaucoup».

Et le temps. Le temps qui revient, toujours, tout le temps. Le temps capricieux capable de transformer des jours en «d’interminables tempêtes». «Il faut refuser que le temps change ce qu’on a de bon à l’intérieur de soi», avait-il encouragé.

LE PRÉSENT, CE CADEAU

«Le temps m’inspire, tout simplement », confie Didier Burkhalter dans ses réponses écrites avant de mentionner ses multiples facettes, ses rythmes différents, sa relativité. «Sa capacité, aussi, de se transformer en allié pour faire voguer nos projets; mais son ingratitude, souvent, lorsqu’il ne nous laisse pas assez de lui.» Ce n’est pas sans raisons que Fidel, le héros canin de sa fable, demande à la nature d’arrêter le temps pour lui en donner davantage...

«burkhalter2Alors, vas-tu te frotter au temps, oui ou non?», lance plus tard le chien de chasse à Dame nature. Une apostrophe propre à interpeller tout un chacun. Y compris l’auteur. «Je m’y suis frotté toute ma vie, mais différemment selon les époques», évalue-t-il, relevant que la vie d’un exécutif peut s’apparenter à un combat «pour colorer le temps futur».On pressent quelque chose de plus calme désormais. «Le temps a pris une autre tournure, confirme le Neuchâtelois. Ou est-ce moi qui ai évolué? Il est devenu une sorte de complice exigeant. Il semble se demander si je saurai attraper au vol, librement, son cadeau à la fois le plus sauvage et le plus serein: le présent. »

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Un présent qui n’est pas toujours un cadeau. Mais dont il est possible de tirer quelque chose. C’est la pandémie qui a inspiré à Didier Burkhalter Lettre de Fidel au Petit Garçon, ce songe adressé à un enfant absent transcrit par l’Ecrivain. «Je voulais traiter, avec la légèreté apparente d’une fable, la réalité – au-delà du virus – de l’éloignement entre les êtres vivants ainsi qu’avec la nature.»

DES ÊTRES DE RELATION

Le temps est à partager, relève Fidel, qui se tient à distance des autres chiens comme les hommes de leurs semblables. Mais l’éloignement peut être dépassé, et le petit héros de sa fable est un modèle à suivre, assure Didier Burkhalter: «Son coeur est si pur qu’il sait trouver le moyen de défier le temps et l’espace pour imposer son message d’amitié». Le rêve du chien rappelle au Petit Garçon les moments partagés où ils étaient «heureux comme les premiers rayons de soleil après une forte pluie», ces moments où «le temps se démultipliait, donnant un sentiment d’éternité».

Mais le message n’est pas que nostalgique. Il faut «donner une chance au temps futur!», nous écrit l’auteur, donnant à nouveau son petit héros en exemple lorsqu’on l’interroge sur ses questionnements, naïfs en apparence, existentiels en fait, et son regard simple et profond sur l’existence. «Il est nécessaire de porter notre regard sur la vie, sur les souffrances dans le monde, tout près comme au loin. Il est bon de tout faire pour que l’humanité réussisse à partager des valeurs communes de solidarité, à se battre pour des causes planétaires fondamentales plutôt que de s’entredéchirer » – le politicien humaniste n’a pas disparu.

Et s’il était encore actif, peut-être s’engagerait-il pour le climat. «La terre ne tourne plus rond et les hommes semblent s’être globalement perdus, constate-t-il. Je pense, modestement, qu’il faut reconstruire un respect profond de notre nature, de notre planète, ainsi qu’une volonté inébranlable de l’humanité de regarder le temps davantage ensemble.»

ÂME ROMANTIQUE

On se prend à imaginer Didier Burkhalter rédigeant ses réponses comme ses livres face au lac de Neuchâtel. Fidel le trahit, révélant que l’Ecrivain «contemple les reflets innombrables et les nuances mystérieuses du lac avant de colorer le papier, ligne après ligne». N’y aurait-il pas en lui quelque chose de Lamartine, quelque chose d’un poète romantique?

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«Peut-être bien. Je ressens une attirance constante, depuis toujours, pour le lien entre les tableaux que nous offre la nature et les sentiments que l’on ressent. Dès lors, les mots jaillissent d’eux-mêmes, comme s’ils provenaient de la profondeur mystérieuse des reflets d’un étang, de l’atmosphère lunatique produite par les couleurs changeantes d’un lac ou de la force gigantesque des vagues de l’océan.» Une force et un mystère qui invitent à l’humilité. «On peut être humble et ambitieux, grâce aux élans du coeur», écrit encore Didier Burkhalter au moment de répondre à la question à laquelle Saint-Exupéry n’avait pas eu le temps de répondre: «Que peut-on, que faut-il dire aux hommes?». Qu’il faut, précise-t-il, être humble devant la nature et ambitieux devant le temps qui passe «parce qu’il peut nous permettre, chaque jour, chaque lancinante seconde lancée dans nos vies, de servir l’humanité ».

burkhalter3Didier Burkhalter, Lettre de Fidel au Petit Garçon (L’Aire, 70 pages).

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