Foot: la Suisse à l’Euro

Voici quel devrait être le visage de l’équipe suisse (ici contre le Portugal en juin 2019). Ses atouts principaux sont l’organisation, la discipline et la solidarité. Voici quel devrait être le visage de l’équipe suisse (ici contre le Portugal en juin 2019). Ses atouts principaux sont l’organisation, la discipline et la solidarité.

Le Neuchâtelois Steve von Bergen a joué dix ans comme défenseur central de l’équipe nationale, dont il connaît personnellement tous les joueurs. Avant l’Euro (11 juin-11 juillet), il évoque les leaders et les éléments-clefs de la Nati.

Consultant TV, Steve von Bergen a disputé quelque cinquante matches sous le maillot de l’équipe suisse de football de 2006 à 2016. Il avait une double casquette: défenseur central vif, il était aussi le boute-en-train du groupe. «Un chambreur? Qui vous a dit ça?, plaisante le Neuchâtelois. Il y en a au moins un par équipe. Dans les grands tournois, on reste un mois ensemble en huis clos. Il y a de l’attente, de la pression, c’est long. Il est primordial qu’il y ait de la bonne humeur. Une mauvaise ambiance peut saborder une équipe.»

LA FORCE DU COLLECTIF

La Suisse démarre cet Euro 2021 «décentralisé» le 12 juin à Bakou en Azerbaïdjan. Ce sera contre le pays de Galles, l’adversaire le plus abordable de son groupe. «Dans un tour noi, le premier match revêt toujours une importance cruciale, il peut déterminer tout le reste. Les Suisses doivent battre les Gallois», affirme Steve von Bergen. La Nati aura ensuite affaire à deux adversaires d’un tout autre calibre: l’Italie et la Turquie.

La Turquie est en plein renouveau, victorieuse de la France en qualifications. «Et l’Italie reste évidemment l’Italie, relève le Neuchâtelois. Mais la Suisse joue toujours très bien contre les grandes équipes. Je pense qu’elle finira deuxième du groupe.» L’espoir est de se hisser enfin en quarts de finale après avoir échoué deux fois en huitième à l’Euro 2016 en France et au Mondial 2018 au Brésil.

«Une équipe bien organisée, combative, agressive, qui inspire le respect.»Quelles sont les forces actuelles de la Nati? «Son atout numéro un réside dans son collectif. C’est une équipe bien organisée, combative, agressive, chiante, pénible à jouer, qui inspire beaucoup de respect même chez les formations cotées.» Encore international lors du dernier Euro, Steve Von Bergen a évolué avec la plupart des joueurs sélectionnés par l’entraîneur Vladimir Petkovic. Il est donc bien placé pour évoquer les éléments clefs du jeu comme du mental des Suisses.

DE LA DÉFENSE À L’ATTAQUE

Parmi eux, Yann Sommer, l’inamovible gardien âgé de 32 ans. «Toujours très calme, Yann dit les choses clairement et sans s’énerver. Il dégage une tranquillité qu’il transmet à l’équipe. Même s’il a vécu une saison en demi-teinte avec Borussia Mönchengladbach, il sera bien là à l’Euro.» Autre leader, Granit Xhaka (28 ans), capitaine de la Nati comme d’Arsenal. «Granit organise et motive l’équipe. On l’entend beaucoup sur le terrain, je m’en suis encore rendu compte lors du récent match disputé à huis clos contre la Lituanie », relève Steve von Bergen. Avec autorité, le milieu de terrain bâlois fluidifie le jeu grâce à des passes précises.

Le Neuchâtelois a longtemps composé la défense centrale de la Nati avec le Genevois Johan Djourou. Aujourd’hui, ce sont le Bâlois Manuel Akanji (25 ans) et le Zurichois Nicolas Elvedi (24 ans) qui les ont relayés. Deux joueurs inhabituellement jeunes pour une position aussi stratégique. Akanji s’est imposé comme titulaire indiscutable dans l’une des meilleures équipes d’Allemagne, le Borussia Dortmund. «Fort dans les duels, c’est un défenseur très complet», souligne l’ex-numéro 4 suisse qui voit en Elvedi son parfait complément; ce joueur très convoité de Mönchengladbach «sait lire le jeu et anticiper».

Dans une équipe aussi disciplinée, c’est souvent de Xherdan Shaqiri (30 ans) que surgit l’étincelle. «Xherdan a ce truc en plus, cette touche de créativité qui peut débloquer un match à tout moment.» Mais il ne s’est jamais imposé comme titulaire depuis qu’il a quitté le FC Bâle. Le plus grand talent du foot helvétique depuis Stéphane Chapuisat ne gâche-t-il pas sa carrière en visant trop haut? Steve von Bergen n’est pas d’accord: «A Liverpool, il ne joue que 15% à 20% des matches, mais il a raflé des titres et joué une demi-finale de Champions League. Franchement, quel joueur refuserait une offre de Liverpool?». Buteur de l’équipe, le Lucernois Haris Seferovic (28 ans) a connu des périodes de doute, ce qui lui a valu l’opprobre du public. La confiance en soi est primordiale à ce poste et ses 22 réussites signées avec Benfica Lisbonne cette saison – meilleur buteur du championnat portugais – prouvent qu’il l’a retrouvée. «C’est clairement notre attaquant numéro un», confirme Steve von Bergen.

LA CARTE DE LA JEUNESSE

Outre ces titulaires indiscutables, Vladimir Pektovic joue la carte de la jeunesse en sélectionnant des talents comme le Lausannois Andi Zeqiri (21 ans, Brighton), le Nyonnais Dan Ndoye (20 ans, OGC Nice) et le Genevois Becir Omeragic (19 ans, FC Zurich). Porter le maillot national reste le rêve de tout footballeur. Surtout quand on a à peine vingt ans… A ce titre, Steve von Bergen n’oubliera jamais ses grands débuts sous les couleurs nationales. «J’avais 11 ans quand je regardais Geiger et Chapuisat lors de la Coupe du Monde aux Etats-Unis en 1994. Le but de Marc Hottiger qui avait permis à la Suisse de battre l’Italie en qualifications m’avait fait vibrer comme un fou! Alors, contre le Costa Rica en 2006 à Genève, quand je suis entré sur la pelouse pour remplacer Patrick Müller, j’ai mis un moment avant de réaliser ce qui m’arrivait. Jamais je n’aurais pensé vivre un moment pareil dans ma vie.» A l’occasion de l’Euro 2021, d’autres jeunes Suisses éprouveront à coup sûr la même émotion que Steve von Bergen.

Bertrand Monnard

 

Aux quatre coins de l’Europe

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EM/TK

 

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