Initiative «Trésors des monsastères»

A presque 17 ans, Loïs Auberson a déjà une longue expérience de l’engagement communautaire. A presque 17 ans, Loïs Auberson a déjà une longue expérience de l’engagement communautaire.

L’initiative «Trésors des monastères» réunit des produits confectionnés par différentes congrégations de Suisse romande. L’idée en revient à un jeune Neuchâtelois, Loïs Auberson, pour qui l’engagement communautaire est une réalité concrète.

Quelques flyers promouvant les coffrets de délices monastiques attendent le visiteur sur le présentoir situé à l’entrée de la chapelle du Carmel du Pâquier, non loin de Bulle. Loïs Auberson le constate avec satisfaction – il en avait apporté quelques-uns dans sa sacoche au cas où. L’habitant du Landeron ne néglige aucun détail. Il profite de son passage pour évoquer avec soeur Martine-Thérèse le nombre de commandes, une soixantaine au premier mai (il y en aura 80 dix jours plus tard), et les besoins en biscuits. Dont il vante, non sans raison, la qualité: «J’ai pu tout goûter», précisera-t-il plus tard.

Devant une assiette de sablés et autres délices au citron, il évoque un article qu’il a lu sur les difficultés d’un monastère privé des recettes de son hôtellerie et une discussion avec une autre communauté: «Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose». Le grain était semé, et parce que le jeune homme a le goût d’entreprendre, il a germé. «J’ai pensé que 20 commandes, ce serait bien et 30 commandes super bien. Le lundi de Pâques, le premier jour, on était à 11 commandes de mes voisins et amis. Et depuis, chaque semaine on passe une dizaine», se réjouit-il.

LE TEMPS MANQUE

«La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux» (Mt 9, 37). «Les communautés fabriquent et font de la publicité, explique l’apprenti employé de commerce. Je réceptionne les commandes, récolte les produits, assemble les cartons. Je m’occupe de la logistique, des coffrets, des factures, du suivi. Et ça me plaît.» Il reçoit l’aide des Soeurs de la charité de Sainte-Jeanne-Antide-Thouret pour remplir les cartons de tisanes, sirops, confitures, sauces et savons; et il peut compter sur le soutien de sa maman et de sa marraine pour l’emmener dans les différents monastères. A un peu moins de 17 ans, il n’a pas encore son permis de conduire. Et, note-t-il dans un sourire, «transporter septante pots de moutarde dans le train, ce n’est pas pratique».

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Cet engagement n’est pas le premier de Loïs Auberson. Il s’ajoute, dans son emploi du temps, à son apprentissage dans une entreprise de mécanique de précision et à la formation professionnelle qui l’accompagne, au soutien à l’entreprise familiale de pompes funèbres, à la musique et à des engagements politiques et associatifs: «Ce n’est pas l’envie de m’engager plus qui manque, c’est le temps». Le pire serait pour lui de se retrouver en vacances sur une plage sans rien avoir à faire. Lorsqu’il se déplace, il emmène d’ailleurs toujours son aube, prêt à servir la messe. «Participer à la liturgie est quelque chose de vraiment fort. Et cela me met au service de Dieu et de la communauté.» Une autre manière de servir est de siéger au Conseil de paroisse, ce qu’il fait depuis plusieurs années. «J’y amène de la jeunesse, et jusqu’à il y a peu j’étais le seul homme. On y est bien accueilli», ajoute-t-il, bien qu’il se soit par le passé interrogé sur sa légitimité à en faire partie en tant que... protestant.

CONVERSION

Baptisé protestant – comme son papa tandis que sa maman, gruérienne, est catholique –, il a eu le «déclic» il y a dix ans, à la Fête-Dieu. Une religieuse, Soeur Véronique, dont il est devenu très proche, lui propose de remplacer un lanceur de fleurs. «Les mots du prêtre dans son homélie m’ont beaucoup touché.»«Les mots du prêtre dans son homélie m’ont beaucoup touché», se souvient le jeune homme. Il vit avec beaucoup d’intensité également la canonisation, en 2019, de Marguerite Bays, une sainte qui l’inspire: «Elle a toujours été très simple, très humble, proche des gens». Ce jour d’octobre-là, il est cérémoniaire lors de la messe d’action de grâce, lui qui est déjà très engagé en paroisse comme lecteur, sacristain, membre d’un groupe liturgique et guide de la chapelle de Combes. «Mais il me manquait quelque chose, j’avais le désir de plus». Les discussions avec Soeur Véronique et des prêtres font mûrir sa décision et, à 16 ans, il franchit le pas. Le prêtre résidant dans sa paroisse l’autorisait déjà à communier, mais «entrer en pleine communion, c’était divin.Ce moment était tellement prenant».

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«Accueil» est le mot qui revient le plus souvent lorsqu’il parle de ses débuts dans l’Eglise catholique, évoque le carême d’il y a cinq ans – alors qu’il était victime de harcèlement à l’école – et le Conseil de paroisse. «Il y a un partage sans distinction d’âge, d’ethnie ou de politique. La religion nous rassemble», assure-t-il, insistant sur son aspect communautaire. Il appelle chaque client pour lui confirmer qu’il a reçu sa commande et régulièrement les communautés religieuses: «J’aime cet esprit chrétien». Loïs Auberson apprécie aussi «une belle liturgie avec beaucoup d’encens », des chants tels que Tu fais ta demeure en nous Seigneur et la prière de saint Louis-Marie Grignion de Montfort: «Je vous choisis, aujourd’hui, ô Marie, en présence de toute la cour céleste, pour ma Mère et ma Reine». Et les saints proches du peuple, à l’image de Martin de Tours qui partage son manteau: «Le prochain, c’est fondamental».

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Peu de recettes

33A EM20Les magasins des monastères ont connu des fortunes diverses depuis le début de la crise. La Fille-Dieu, à Romont, a souffert des restrictions de la vie liturgique. La suppression des messes, puis la reprise avec un maximum de 50 personnes ont pesé et continuent de peser sur la vente d’hosties, principal gagne-pain des cisterciennes. A Estavayer-le-Lac, le coronavirus a contrarié le lancement d’une nouvelle production: les dominicaines comptaient promouvoir leurs cosmétiques naturels sur les marchés monastiques, qui ont été annulés. 33B EM20La boutique en ligne n’a pas permis de réaliser les ventes espérées. Le monastère d’Hauterive a été plus heureux. Son magasin a fermé cinq semaines, mais les cisterciens ont ouvert un petit self-service. Il leur a permis de vendre leur pain, par exemple, explique Frère Emmanuel, responsable du magasin, qui apporte au monastère la moitié des revenus du travail des moines. L’été et l’absence de voyages ont favorisé une bonne fréquentation – Hauterive se trouve à proximité de rives de la Sarine prisées des promeneurs –, et l’année a été meilleure que 2019: «C’est surprenant avec la fermeture, sans les marchés et en l’absence de visites guidées et d’hôtes».

HÔTELLERIE AU RALENTI

33C EM20Hauterive ne peut plus recevoir que huit personnes contre le triple auparavant. A Saint-Maurice, l’Hôtellerie franciscaine a perdu «quasiment 700’000 francs de réservations» l’année dernière, selon son directeur, Jean-Bernard Rausis. «On est restés ouverts, mais les groupes, qui ne pouvaient plus se réunir, ont annulé leurs séjours», relève-t-il. Le centre d’accueil des dominicaines d’Estavayer a connu pareils déboires. «L’hôtellerie a un peu marché grâce aux soignants de l’hôpital de Payerne qui venaient de l’étranger ou travaillaient dans des secteurs Covid et ne voulaient pas rentrer chez eux», indique toutefois la prieure, Soeur Anne-Sophie. Qui note que «les gens ne se découragent pas». Les réservations reprennent – comme à Saint-Maurice, où les formations proposées par les franciscains n’auront cependant pas lieu, car elles attirent des participants de toute la planète «et il est difficile d’imaginer ce qui se passera cet été au niveau international ».

JeF

 

Diverses offres

La démarche de Loïs Auberson a un précédent: la Divine Box. Lancée par les Parisiens Côme et Astrid Besse, elle se présente sous la forme d’un abonnement permettant de recevoir chaque mois des produits d’abbayes. «On pensait envoyer 30 coffrets à nos amis et quatre ans plus tard on est toujours là», raconte au téléphone Côme Besse, engagé à plein temps dans cette aventure tout comme sa soeur. Ils comptent quelque 1500 abonnés, majoritairement français, auxquels s’ajoutent chaque mois 400 acheteurs ponctuels. Pour soutenir les monastères pendant la crise sanitaire, ils ont lancé des opérations spéciales: «En mars, on a vendu deux tonnes de fromage de l’abbaye de Cîteaux en 24 heures et on vient de vendre près de 20’000 bouteilles de vin de l’abbaye de Jouques en cinq jours».

POUR LES VOCATIONS

Le Centre romand des vocations (CRV) s’est lancé dans semblable aventure. Il propose de commander des Box’Vocations à quatre monastères de soeurs contemplatives. L’offre est disponible jusqu’au 23 mai, car liée au dimanche des vocations (cette année le 25 avril). «Cela permet à la fois de soutenir les monastères, de faire des signes d’amitié en les offrant et de prier pour les vocations», explique Claire Jonard. A ces paquets spécialement préparés par les religieuses est en effet ajoutée une petite prière. L’idée de ces coffrets a tout de suite séduit la coordinatrice du CRV qui avait, à Noël, fait parvenir à chacun de ses neveux une Box de Taizé – autre précédent proposé par la communauté de Taizé pour Noël, puis à Pâques et qui le sera à nouveau à la Pentecôte et l’automne prochain.

PLUS DE TRÉSORS

Loïs Auberson reçoit des commandes de «Trésors des monastères» de tout le pays. Des communautés alémaniques l’ont même contacté pour rejoindre les abbayes d’Hauterive, de la Fille- Dieu et de la Maigrauge, le couvent de Montorge, le Carmel du Pâquier (tous dans le canton de Fribourg) et celui de Develier, dans le Jura. Il prévoit enfin de nouvelles formules: «Alléluia» pour les occasions spéciales telles que mariage ou baptême, «saint Nicolas» pour les fêtes de fin d’année, «saint Médard» avec quatre envois par an et «sainte Marguerite» pour un colis tous les deux mois.

JeF

 

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