Bernard Litzler: journaliste et diacre

Bernard Hallet Bernard Hallet

A l’approche du Dimanche des médias, l’ancien rédacteur en chef de l’Echo Magazine Bernard Litzler évoque avec nous ses 25 ans de métier. Figure connue du journalisme catholique en Suisse romande, le jeune retraité, néanmoins, n’a pas lâché la plume.

Un cheminement d’intuition en intuition. Enseignant, théologien, rédacteur en chef de l’Echo romand, puis de l’Echo Magazine, directeur du Centre catholique de radio et télévision (CCRT), de Cath-Info enfin: le parcours de Bernard Litzler impressionne par sa richesse et les responsabilités assumées. Celui qui est aujourd’hui diacre permanent revient sur cette trajectoire et sur le sens du Dimanche des médias.

Qu’est-ce qui vous a amené au journalisme?

Bernard Litzler: – Après dix ans d’enseignement en Alsace, à 37 ans, j’ai pris un congé sabbatique pour suivre des études de théologie à Fribourg, ce qui m’a permis de me rapprocher de ma femme qui habitait Lausanne. Trois ans plus tard, en 1995, lors d’une retraite chez les Soeurs du Cénacle au Pré-de-Sauges (NE), j’ai eu une intuition qui allait constituer un virage majeur dans ma vie.

Une intuition?

– Oui. Je fonctionne beaucoup par intuition. La première, je l’ai eue lorsque j’ai rencontré ma future femme. L’intuition naît du coeur et de la prière, contrairement à une idée fixe, qui est plus intellectuelle. A Sauges, j’ai reçu cette parole: «Je te veux pour la presse». Je ne connaissais rien des médias alors! J’ai suivi les cours de l’Institut de journalisme de l’Université de Fribourg à 40 ans, puis j’ai fait un stage à l’Agence de presse internationale catholique (APIC) à Fribourg. J’ai ensuite été engagé comme attaché de presse de l’Eglise du canton de Fribourg à 50%; je travaillais à côté comme indépendant. Au fil des articles, j’ai commencé à être connu sur le terrain du journalisme.

Vous avez très vite été appelé au secours par l’hebdomadaire catholique Echo romand...

– En 1997, Mgr Amédée Grab, évêque de Lausanne,Genève et Fribourg, m’a contacté: on avait pensé à moi pour succéder à l’abbé Joseph Beaud, alors à la tête de l’Echo romand. Après quelques mois de journalisme, je suis devenu le responsable de cet hebdomadaire – je n’avais pas encore mon RP (ndlr: inscription au registre professionnel)! Nous étions deux pour confectionner entre 12 et 20 pages chaque semaine, plus Claude Ducarroz comme éditorialiste. Nous avons tenu cinq ans, jusqu’en 2002. Une triste fin: il n’y avait guère de monde derrière le corbillard de ce journal de «petites gens».

Par la suite, vous avez toujours été contacté pour occuper des postes à responsabilité. Comment avez-vous vécu cela?

– C’était bien sûr un honneur. J’étais toujours un peu intimidé au début: j’ai succédé à des pointures sans posséder un énorme bagage journalistique. Mais c’est en forgeant que l’on devient forgeron. Quand le Seigneur appelle, il donne les moyens d’aller jusqu’au bout et ouvre des portes. En 2002, c’est Albert Longchamp, rédacteur en chef de l’Echo Magazine, qui vous a invité à rejoindre la rédaction... – Il m’avait connu à l’Institut de journalisme: dans ce milieu, les gens vous suivent, surtout en Eglise. Je lui ai très vite succédé. J’ai beaucoup aimé prendre la plume pour écrire des éditoriaux. On sent que notre parole porte.

Mais vous avez terminé votre carrière dans l’audiovisuel...

– En 2009, j’ai été sollicité pour reprendre le poste d’André Kolly, directeur du Centre catholique de radio et télévision (CCRT). Puis, en 2015, j’ai pris la tête du Centre catholique des médias Cath-Info, né de la fusion du CCRT, de l’APIC et de C@tholink. J’ai beaucoup aimé la Chronique de RTS religion à la radio, qui demande un travail d’écriture plus poussé. J’ai aussi apprécié animer les liturgies télévisées. Mais je reste un homme de l’écrit.

Quel regard portez-vous sur l’évolution des médias après 25 ans dans ce domaine?

– A mes débuts, le public lisait beaucoup plus. Aujourd’hui, il faut capter son attention. Le métier n’est pas devenu plus difficile, mais plus subtil. Les publicitaires ont bien compris comment utiliser des influenceurs. Le journaliste doit comprendre ce nouveau fonctionnement, sortir des formats radio et TV habituels pour rejoindre un public plus jeune. Dans les médias catholiques, j’ai été témoin de plusieurs disparitions: Evangile et mission, l’Echo romand... On constate un émiettement de l’information. Certains chroniqueurs donnent rendez-vous à leurs lecteurs sur Facebook. L’Eglise devra occuper les réseaux sociaux et faire preuve de créativité.

33A EM19Priscilia Chacón

Les moyens financiers ont eux aussi diminué. Dans ce contexte, quelle est l’importance du Dimanche des médias (voir encadré)?

– Même si la quête du Dimanche des médias ne représente qu’une faible part des ressources des médias catholiques en Suisse romande, elle est essentielle. Ces dons permettent par exemple de maintenir des postes de travail à Cath-Info. En 2019, 220’000 francs ont été récoltés; en 2020, 180’000 francs, cela malgré la pandémie.

Les médias chrétiens apportent-ils quelque chose de différent?

– Ils portent le regard du Christ sur le monde, un regard de vainqueur. Les conflits, la haine et le mal existent, et il faut en rendre compte. Mais pour le journaliste chrétien, à Pâques, le mal a été vaincu. Pour moi, le message qui doit transparaître est: on peut croire en l’homme. Plus largement, le journaliste est un éclairagiste qui oriente le regard. Notre rôle est de diriger cette lumière pour donner une autre perception du monde. J’ai cherché à éduquer à l’essentiel.

Un conseil aux nouvelles générations engagées dans les médias?

– Creuser ses centres d’intérêt. C’est un métier très intuitif: je priais pour rencontrer des témoins originaux. Et, très important: prendre du recul. Quand vous arrivez à la maison, faites le ménage, la vaisselle ou du jardinage. Les idées brassées en rédaction seront mises en évidence. Enfin, respecter le public qui nous lit ou nous écoute.

Vous êtes à la retraite depuis le début de l’année. Le journalisme vous manque-t-il?

– Je continue à écrire ponctuellement pour cath.ch et je forme la relève pour les commentaires des messes télévisées. J’éprouve parfois un brin de nostalgie, mais je sens qu’une page est tournée. Je vis une autre étape de ma vie, principalement en paroisse.

34A EM19Bernard Hallet

Votre dernière intuition vous a conduit à devenir diacre permanent en 2019. Comment vivez-vous ce service?

– Il est en continuité avec ma mission précédente. Comme diacre, je dois présider des obsèques, rencontrer des familles. Je porte dans cette activité mon bagage d’animateur de messes télévisées. Je n’écris plus d’éditoriaux, mais j’aime beaucoup préparer des homélies. Cela me permet de refaire de la théologie. Et il faut trouver le ton juste, pas trop intello, qui parle à tout le monde. Après la radio, aujourd’hui je prêche certains dimanches en paroisse. Comme diacre, je me retrouve à parler de la Résurrection dans un cimetière. Là, je suis au coeur de la foi chrétienne, pas dans des théories.

A 65 ans, une nouvelle aventure, donc?

– Oui. C’est comme si j’accostais sur un nouveau continent. Ce qui compte pour moi avant tout, c’est la Parole de Dieu: on n’a jamais fini de la creuser.

 

Un soutien essentiel

Le Dimanche des médias (le 16 mai cette année) est une quête affectée décidée par les évêques suisses destinée à soutenir les médias catholiques. Cette journée se veut aussi une mise en valeur des journalistes chrétiens engagés et des médias chrétiens. Elle est l’occasion de remettre le prix «Good News» qui distingue une personne ou un projet journalistique ayant spécialement contribué à diffuser la Bonne Nouvelle dans les médias. Le Dimanche des médias s’inscrit dans la ligne de l’instruction pastorale Communio et progressio, publiée en 1971, fruit des échanges entre des organes médiatiques catholiques et l’Office pontifical des communications sociales, créé à la suite du concile Vatican II. Le texte attribue un triple rôle aux médias: ils aident l’Eglise à se révéler au monde, ils favorisent le dialogue à l’intérieur de l’institution et lui apprennent les mentalités et les attitudes de l’homme contemporain. Si l’on prend l’exemple du Centre catholique des médias Cath-info, la quête du Dimanche des médias a représenté 4% du total de ses ressources financières en 2020. La subvention des Eglises cantonales (Conférence centrale catholique romaine de Suisse, RKZ) constitue l’apport le plus conséquent (61%), suivi de la contribution de la Radio Télévision suisse (15%). Cette année, la recette de la collecte ira en particulier aux centres catholiques des médias de Lausanne (Cath-Info), Zurich et Lugano.

USER SES SEMELLES

Ce dimanche spécial rappelle le message du pape François lors de la 55e Journée mondiale des communications sociales, le 23 janvier dernier: «Le journalisme exige la capacité d’aller là où personne ne va». Le souverain pontife met en garde contre «la crise de l’édition (qui) risque de conduire à une information fabriquée dans les rédactions, devant les ordinateurs, (...) sans plus ‘user les semelles de ses chaussures’, sans rencontrer les personnes pour chercher des histoires ou vérifier de visu certaines situations».

PrC

 

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