Richard Chassot: M. Sécurité à l’UCI

Le visage du Tour de Romandie en compagnie de la présidente du Conseil d’Etat vaudois, Nuria Gorrite. Le visage du Tour de Romandie en compagnie de la présidente du Conseil d’Etat vaudois, Nuria Gorrite.

Le directeur du Tour de Romandie est plus leader à sa place actuelle qu’il ne l’était en selle. Mais si le cyclisme et l’entrepreneuriat restent ses passions, le combatif Fribourgeois est surtout animé d’un esprit de partage, et c’est ce qui le rend attachant aux yeux de beaucoup.

La 74e édition du Tour de Romandie (TdR), du 27 avril au 2 mai, vient de couronner Geraint Thomas. Richard Chassot est depuis 2006 le directeur et le visage de cette incontournable course de l’UCI World Tour. Le Fribourgeois de 51 ans est un leader dans l’âme. Toute sa carrière de cycliste professionnel, pourtant, le natif de Villars-sur-Glâne ne fut qu’un simple mais bon grégario. Ces «porteurs d’eau», souvent inconnus du grand public, travaillent dans l’ombre pour optimiser les chances de leur leader de passer la ligne en tête, d’endosser un maillot distinctif ou de «montrer le maillot», et surtout le sponsor, à la télé aux heures de grande écoute... Le plus clair du temps, ils «prennent le vent dans la gueule» tandis que leur champion économise son énergie en «suçant leur roue» bien à l’abri; ou ils se laissent glisser jusqu’aux voitures pour aller lui chercher des bidons.

UN CLAN DE PASSIONNÉS

14A EM19«Une fois passé pro, on se rend vite compte du potentiel réel de son ‘moteur’ pour être un champion. Je n’avais pas cette étoffe même si j’ai remporté une petite poignée de courses. Etre équipier était un rôle que j’appréciais. Quand, le soir, ton leader te paie un verre car tu t’es défoncé pour lui, c’est gratifiant», se souvient Richard Chassot. Le quinquagénaire nous a reçu peu avant le départ de la 3e étape du TdR dans son bureau de «Chassot Concept», la société d’événementiel qu’il a fondée à Estavayer en 2007. Malgré le masque qui cache son visage, on le sent joyeux. Cet hyperactif vient d’endosser un nouveau costume, celui de manager sécurité à l’Union cycliste internationale (UCI), un poste taillé sur mesure pour lui et dans lequel il vient de commencer par interdire le «lancer de bidon», pourtant très aimé des fans...

Chez les Chassot, le vélo est une affaire de famille. Robert, le papa et chef de clan, est un menuisier qui voue à ce sport un culte presque obsessionnel. Il fut le premier entraîneur du champion olympique montreusien Pascal Richard. Richard et son frère cadet David regardent toutes les grandes courses à la télé et se déplacent pour voir les plus proches chaque week-end. «J’ai assisté à mes premières compétitions de ma poussette, mais j’ai dû attendre mes 14 ans pour aller au-delà des courses improvisées entre copains autour de la maison, acheter un vélo de compétition et prendre une licence au VC Payerne. Mon père ne voulait pas que je m’y mette trop tôt de peur que je me grille.».

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L’ÉPOQUE «SALE» DE L’EPO

14B EM19«J’aimais la stratégie, découvrir des paysages, et aussi la grande solidarité qui existait dans le vélo.» Le jeune Chassot croche si bien qu’un jour Eric Küng, son professeur de sport et futur syndic de Payerne, écrit dans son carnet de notes: «Richard ne pense qu’au cyclisme et refuse de faire sérieusement les autres sports qu’on lui propose en cours!». «Mon père m’a félicité, raconte l’intéressé en riant. Le vélo est un sport spécifique et développer trop d’autres muscles ou se fatiguer inutilement était nuisible à mes performances en course.» A 18 ans, il est maigre comme un clou et déjà semi-pro en cyclo-cross; à 23 ans, le voilà pro sur route. Avant cela, conscient que le vélo ne dure pas toute la vie, il avait passé un CFC de vendeur en articles de sport et un autre d’employé de commerce de détail.

Bien vu, car sa carrière ne durera que de 1993 à 1999. Il court avec Fignon, Indurain, Kelly, Chiappucci, Zülle, Pantani ou Lemond à une époque où l’EPO devient la norme. L’ex-équipier Chassot maîtrise les codes du milieu et continue de les appliquer avec diplomatie: «J’étais un grimpeur-puncher et d’un coup, je me retrouvais à la traîne dans le gruppetto. C’était une période sale, mais je ne veux pas me réfugier derrière ça comme d’autres. Car le dopage à lui seul ne suffit jamais à faire un grand champion ». Lui avait plus de plaisir en course qu’à l’entraînement. Partir rouler 5 heures sous la pluie, ce n’était pas trop son truc même s’il a aligné jusqu’à 28’000 km par saison.

BAGAGISTE SUR LE TOUR DE ROMANDIE

«Loyauté, honnêteté, franchise, ténacité, amitié, reconnaissance.»Le TdR, il l’a couru quatre fois et y a même officié adolescent comme bagagiste. «Je transportais les valises d’un hôtel à l’autre avec mon père et j’en profitais pour faire les 50 à 100 derniers kilomètres de l’étape avant les coureurs. Pour nous, le TdR était la course phare. C’est drôle d’avoir fini par la diriger alors que mon père y avait été chauffeur au début...»

Les valeurs qui animent Richard Chassot ne se limitent ni à la compétition ni à la victoire. «Loyauté, honnêteté, franchise, ténacité, amitié, reconnaissance», énumère-t-il avant de constater qu’elles sont assez judéo-chrétiennes. Comme son père, devenu un peu bouddhiste sur le tard, et contrairement à ses grands-parents paternels, catholiques très pieux, il n’est pas croyant. Pourtant, il confesse à demi-mot avoir été porté sur le spirituel voici cinq ans, après son divorce... Mais le Broyard n’est pas allé plus loin. Ses enf14C EM19ants, Julian et Stella, sont respectivement dans leur 19e et 16e année. Leur père partage aujourd’hui sa vie avec Marta, une Sarde, sur l’île sur laquelle ils ont acheté une maison.

BATTANT ET VOLONTAIRE

L’homme d’affaires pointe souvent en Richard Chassot. A peine retraité, il suit une formation expresse pour devenir assureur et deux ans plus tard, il est à la tête de sa propre agence de 45 employés. Son secret? Il aime les gens et la vie. Et ça se sent. Et puis, il est du genre à voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Ainsi, voici un an, lorsque la crise sanitaire lui a fait perdre 500’000 francs en un mois et la moitié de ses 19 employés, l’ex-cycliste a fait front: il s’est battu comme s’il était coincé en chasse-patate entre le peloton et les hommes de tête sur une étape du TdR..

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Aujourd’hui, notre homme roule encore 2000 kilomètres par an, rien du tout de son point de vue. Sauf que ce rien du tout dit tout de son amour du vélo et un peu de qui il est. «J’ai pris des années et des kilos,mais j’ai gardé des repères de pro. Alors, quand je suis essoufflé, ça me dérange quand même un peu», confesse-t-il en souriant. On ne se refait pas...

Laurent Grabet

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