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Rêver de dauphins

Aude Pidoux - Rédactrice en chef Aude Pidoux - Rédactrice en chef

Avez-vous, vous aussi, lu cette nouvelle il y a quelque temps? Profitant de la pureté et du calme retrouvés de l’eau, des dauphins auraient visité les canaux vénitiens! De quoi provoquer plus d’un sourire attendri. Malheureusement, ce n’était pas vrai: il s’agissait d’une infox, une fake news en bon anglais, partagée des millions de fois sur internet.

Si cette fausse bonne nouvelle s’est aussi largement propagée, c’est parce qu’elle traduit, chez beaucoup, un espoir que les choses puissent changer pour le mieux. L’envie d’une autre relation à la nature, aux autres et à la vie en général. Le désir d’un monde où les dauphins, libres et heureux, pourraient s’ébattre joyeusement dans les eaux de la cité des Doges.

Aux premiers jours du confinement, alors que chacun était occupé à digérer cette réalité nouvelle, nombreuses ont été les remarques du type: «Il faut le prendre comme l’occasion d’un nouveau départ» ou « Ça va nous forcer à changer de rythme et à nous concentrer sur l’essentiel». Ces vœux exprimés par beaucoup traduisent un certain malaise: la conscience que notre façon de vivre n’est peut-être pas la bonne.

Or, à part imposer le confinement et semer la maladie et le deuil, le Covid-19 ne va rien faire du tout. Le changement souhaité ne va pas tomber du ciel par la grâce du nouveau coronavirus. C’est à nous de le réaliser.

Le virus montre cependant que c’est possible: si les dauphins n’y nagent pas encore, il est vrai qu’il n’a fallu qu’une dizaine de jours de calme pour que l’eau des canaux vénitiens change de couleur et qu’on y aperçoive des poissons. Et les cartes qui comparent la pollution et les émissions de dioxyde de carbone avant et après l’apparition du virus sont parlantes. Le Covid-19 nous familiarise aussi avec la notion de phénomène exponentiel, cette fameuse courbe qui trace une pente de plus en plus raide vers l’infini. C’est cette même courbe que brandissent les scientifiques inquiets du changement climatique: depuis des années, ils s’efforcent de nous faire prendre conscience que si on n’agit pas au bas de la courbe, les événements se précipiteront jusqu’à devenir totalement hors de contrôle.

Le coronavirus ne peut rien faire d’autre. C’est nous qui pouvons modifier notre manière de vivre, proposer de nouveaux modèles, essayer autre chose. Ça n’a rien de facile. Il importe de réfléchir dès aujourd’hui pour ne pas nous laisser reprendre, à la sortie du confinement, par la force des habitudes et le rythme effréné de notre société de consommation. Car les forces qui vont nous pousser à continuer exactement comme avant seront nombreuses.

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