Sandy Maendly et le foot féminin

Avec le maillot national ou le grenat, Sandy réalise son rêve d’enfant. Avec le maillot national ou le grenat, Sandy réalise son rêve d’enfant.

A 10 ans, la Genevoise a commencé le foot dans une équipe mixte. Aujourd’hui, la trentaine passée, elle vit une fin de carrière de rêve tant avec Servette Chênois qu’avec l’équipe suisse, qui vient de décrocher son billet pour l’Euro 2022.

14A EM18A 33 ans, la Genevoise Sandy Maendly est une pionnière du football féminin suisse. Elle joue depuis toute petite et a évolué plusieurs saisons à l’étranger. Aujourd’hui, elle vit une apothéose: Servette Chênois, son club, a de bonnes chances de devenir champion suisse et avec elle, l’équipe nationale vient de se qualifier pour l’Euro 2022. C’est dire qu’elle est bien placée pour évoquer ce foot féminin qui a chassé les vieux clichés, confondu les sceptiques et gagné ses lettres de noblesse ces dernières années.

En 2018, elle est revenue au Servette Chênois féminin séduite par un projet ambitieux et aujourd’hui, il tient ses promesses. L’équipe pourrait d’ici peu ramener le titre national en Suisse romande, pour la première fois depuis 1999, avec son cocktail de jeunes et de joueuses plus expérimentées entourées de 14 pointures venues de l’étranger comme l’ex-internationale espagnole Paula Serrano ou Manon Revelli, prêtée par l’Olympique lyonnais. «Nous avons notre destin entre nos mains, se réjouit la joueuse. Servette n’a cessé de progresser en mettant à notre disposition les meilleures structures possibles même si nous sommes loin d’être des pros.»

SANS SUPPORTERS

Cette saison, grande première, l’équipe a même disputé la plus prestigieuse des compétitions internationales, la Ligue des champions, une très belle expérience même si elle s’est soldée par une défaite sans appel contre l’Atlético de Madrid. «Cette compétition, je l’avais déjà disputée en Italie, mais là, c’était avec le club de ma ville, de mon coeur. Dommage qu’en raison de la Covid, nos supporters n’aient pas pu venir au stade. Mais cela a été une belle publicité.»

Avec elle au milieu du terrain, la Suisse a décroché son billet pour l’Euro au terme d’un match de barrage étouffant gagné aux tirs aux penaltys contre les Tchèques. L’image du bonheur de joueuses se congratulant a ému tout le pays. «Il y avait beaucoup de joie, de soulagement aussi, car nous avions beaucoup souffert», relève Sandy Maendly. Elle qui avait débuté en 2006 sous le maillot national devrait enfin disputer son premier grand tournoi international l’an prochain: en 2015, une blessure l’avait privée du Mondial au Canada, la plus grosse déception de sa carrière. «Je voulais raccrocher à la fin du championnat actuel, mais là je vais faire une saison de plus.»

«Aujourd’hui, les petites filles peuvent jouer au foot sans se cacher!»Le foot féminin est de plus en plus reconnu en Suisse. Cette saison, une grande assurance est devenue le sponsor principal de la Women’s Super League (le championnat d’Angleterre féminin) et plusieurs matchs ont été retransmis en direct à la télévision. Sandy Maendly s’en réjouit, mais reste lucide. «Un grand pas en avant a été fait: il y a une plus grande médiatisation même si nous restons parfois la cible de vieilles moqueries comme ‘c’est lent’ ou ‘les gardiennes sont mauvaises’. Les comparaisons avec le foot masculin n’ont aucun sens, car nous n’aurons jamais les mêmes qualités athlétiques que les hommes. Mais aujourd’hui, les petites filles peuvent jouer au foot sans se cacher, et c’est l’essentiel.»

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Petite, la Genevoise partageait ses loisirs entre deux hobbies, le judo et le foot, avec une préférence pour le ballon rond. «On habitait à cinq minutes des Charmilles. C’était l’époque du dernier titre de Servette, en 1999. A l’école, je jouais toujours au foot avec les garçons et quand ma mère emmenait mon frère aîné à l’entraînement, je les accompagnais et je restais au bord du terrain à taper dans le ballon.» Faute de formation féminine à Genève, elle intègre à 10 ans, au Grand-Lancy, la seule équipe mixte du canton. «On était deux filles et les garçons étaient très bienveillants avec nous, il n’y a jamais eu de souci. Ma maman n’était pas trop pour même si aujourd’hui elle ne rate aucun de mes matchs. En revanche, cela ne gênait pas du tout mon papa qui a toujours été un footeux.»

CARRIÈRE INTERNATIONALE

La Genevoise a goûté à la vie de professionnelle en Italie, puis en Espagne. «Je n’y avais jamais pensé à mes débuts. Ce n’était ni une perspective ni un objectif, mais l’occasion s’est présentée.» En Italie, elle a remporté trois scudetti, trois titres nationaux, un avec Vérone et deux avec l’équipe de Sassari-Torres, sur cette île de Sardaigne restée si chère à son coeur.

Aujourd’hui, 15 des 23 sélectionnées de l’équipe suisse évoluent à l’étranger dans les clubs les plus prestigieux: Ramona Bachmann au PSG, Anna-Maria Crnogorcevic à Barcelone, Noëlle Maritz à Arsenal. Ce qui laisse Sandy Maendly mi-admirative mi-sceptique. «C’est bien pour le niveau de l’équipe nationale. Mais je trouve dommage que toutes nos jeunes soient contraintes de s’exiler pour pouvoir vivre du foot. J’espère qu’un jour, notre championnat deviendra assez attractif financièrement pour les garder. A Servette, le foot ne me permet pas de vivre.»

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En dehors de ses quatre entraînements hebdomadaires et du match du week-end, elle travaille à plein temps comme employée de commerce. Mais son avenir, elle le voit dans le foot. Après un diplôme de préparatrice physique, elle est en train de passer celui d’entraîneur. «Il y a de plus en plus de staffs féminins. Je rêve de rester dans ce qui est ma passion depuis toute petite.» En attendant l’Euro 2022, Sandy Maendly admire plusieurs stars du ballon rond: «Comme fan de l’AC Milan, j’ai toujours eu un faible pour le Brésilien Kaka: sa façon de jouer, sa personnalité, son calme. Côté féminin, je citerais la Britannique Fara Williams.» A 36 ans, ce milieu de terrain reste la plaque tournante de l’équipe à la rose. Comme une certaine Sandy Maendly chez nous.

Bertrand Monnard

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