L’art de la coparentalité

Les parents doivent composer avec le caractère de l’enfant. Les parents doivent composer avec le caractère de l’enfant.

Les parents sont censés présenter un front uni pour éviter que l’enfant ne soit perdu dans des contradictions. Quel comportement adopter lorsque les avis divergent? Des experts romands livrent leurs conseils.

Ô combien souvent les parents ne réagissent pas de la même manière à une bêtise! Est-ce grave? Que faire? «Non, il n’est pas grave de ne pas avoir la même vision de l’éducation », répond tout de go Katharina Schindler, directrice de l’Ecole des parents à Genève. «Heureusement, même! On n’est pas formatés!», poursuit la sociologue. En réalité, les désaccords sont inévitables. Chaque parent vient d’une culture et d’un milieu socio-économique particuliers et a reçu une éducation qui lui est propre. Les attentes qu’il aura vis-à-vis de son fils ou de sa fille seront donc différentes de celles de son conjoint. Il est impossible d’être sur la même longueur d’onde tout le temps et sur tout! Et contre toute attente, ceci est même une bonne nouvelle. Car en voyant ses parents ne pas partager la même opinion, l’enfant découvre la pluralité des points de vue.

19A EM15Ainsi, plutôt que de craindre une perte de repères, les adultes peuvent accueillir chaque pomme de discorde comme l’opportunité d’enseigner la coopération. Le véritable enjeu se situe dans la gestion de la mésentente: s’il n’est pas mauvais d’exprimer une vision contraire, il peut être toxique de mal l’exprimer. C’est toute la différence entre «la dispute constructive» et «la dispute destructrice», comme l’indique Nicolas Favez, professeur de psychologie à l’Université de Genève, dans son récent ouvrage L’art d’être coparents: se soutenir pour élever des enfants (Editions Odile Jacob).

DÉSAMORCER L’ENGRENAGE

Dans «une dispute constructive», le couple utilise «une communication claire» dans laquelle «chacun prend la responsabilité de ce qu’il dit (‘Voilà ce que je pense et ce dont j’ai besoin’) et se cantonne aux faits sans faire de commentaires sur la personnalité de l’autre», explique le chercheur qui étudie la coparentalité depuis 25 ans. Colère et gesticulations sont autorisées. Le plus important est d’orienter la discussion vers un cercle vertueux afin d’éviter que la discussion ne dégénère. Excuses et humour sont les bienvenus. Dans tous les cas, il s’agit de chercher un compromis. «Un certain nombre de négociations n’aboutiront pas, même chez les couples dotés des aptitudes communicationnelles les plus sophistiquées», prévient Nicolas Favez. Mais là encore, ce n’est pas grave. L’essentiel est que les deux partenaires soient conscients de l’existence de ces conflits insolubles et qu’ils acceptent de vivre avec.

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Pour Katharina Schindler, il existe «une condition sine qua non» pour pouvoir exprimer des opinions différentes devant son enfant : «Etre d’accord sur une ligne de base». La sociologue donne en exemple l’heure du coucher. Si l’un des partenaires estime que les enfants doivent aller au lit à 20h15 et qu’à l’heure dite, l’autre conjoint tempère en disant que 21h convient aussi, «l’enfant est complètement perdu». «Les parents doivent trouver un arrangement», poursuit-elle, «et s’ils n’y parviennent pas, ils devraient demander conseil». Les parents peuvent se tourner vers la ligne téléphonique anonyme Allô parents,mise en place par l’Ecole des parents. Si de grandes difficultés sont relevées, les experts les aiguilleront vers une consultation, voire une médiation. Tous les cantons romands disposent d’un centre d’aide pour les familles. Il ne faut pas hésiter à y recourir. «Parfois, quand les parents viennent consulter, il y a déjà le feu», déplore Katharina Schindler.

DIFFICILE D’ÉDUQUER À DEUX

Etre coparent est difficile. Dans leur parcours de vie, les deux partenaires sont amenés à rencontrer toutes sortes de tensions. A l’extérieur d’abord: la pression au travail, le stress des tâches quotidiennes, les éventuelles inquiétudes financières, le regard des autres. Sans oublier les médias: «Il y a tellement de mamans et de papas parfaits dans les journaux», constate Katharina Schindler. A l’intérieur du foyer ensuite: là, les parents doivent composer avec le tempérament des enfants. Certains peuvent être difficiles, rappelle Nicolas Favez, «être rapidement irrités, compliqués à réconforter et pleurer beaucoup». De quoi perdre le contrôle de la situation. Enfin, les relations mère-père sont compliquées. «Même si l’air du temps est favorable à l’idée que le père s’investisse dans la vie familiale », les implications paternelles restent peu favorisées par le milieu professionnel et l’entourage, constate Nicolas Favez. Egalement soumises à des injonctions contradictoires, les mères souhaitent déléguer les tâches domestiques, mais éprouvent des difficultés à ne pas en garder le contrôle. N’attend-on pas d’elles qu’elles maîtrisent la sphère domestique?

De ce contexte délicat peuvent surgir un manque de reconnaissance, des attentes non comblées, des frustrations, un sentiment d’inégalité,... Face à ce cocktail explosif de complications, on peut se demander comment il est possible que des parents restent ensemble. Et pourtant! Les études observent que ce qui différencie les couples en difficulté des autres est bien la communication. Ne pas s’en tenir aux faits, critiquer la personne («Tu est trop colérique»), recourir au mépris («Ça ne m’étonne pas de toi») ou au silence (faire le sourd), attaquer et contre-attaquer: toutes ces erreurs favorisent les émotions négatives et le ressentiment.

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A la longue, la relation se dégrade et c’est là que cela devient néfaste pour l’enfant. Plongé dans un climat d’insécurité et pris en tenaille dans un conflit de loyauté entre ses deux parents qu’il aime, il deviendra plus fragile émotionnellement. Plus irritable, plus anxieux, plus méfiant, plus enclin au conflit. Trouver un accord est une quête difficile et perpétuelle pour les parents. Mais elle offre à l’enfant «l’opportunité de comprendre l’importance de la négociation et du compromis», salue Nicolas Favez qui rappelle que «le ton fait la musique».

Caroline Briner

Allô parents: 022 733 22 00

Prochain café-parents, sur les divergences éducatives: jeudi 6 mai de 12h15 à 13h45 en ligne et sur inscription: 022 733 12 00.

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