Les fitness en crise

Certaines salles d’entraînement du groupe NonStop Gym restent ouvertes aux moins de 20 ans, comme le permet la Confédération depuis le 1er mars. Certaines salles d’entraînement du groupe NonStop Gym restent ouvertes aux moins de 20 ans, comme le permet la Confédération depuis le 1er mars.

Poussées à la banqueroute, des salles de fitness disparaissent. D’autres s’accrochent. Même les grands groupes manquent de souffle. De Neuchâtel à Genève en passant par Fribourg et le canton de Vaud, le constat est unanime: les aides semblent dérisoires.

«Et voilà, tout a été vendu», lâche Adrien Perondi. Une fille vient d’emporter la dernière corde à sauter et un couple la dernière paire d’haltères. Installé depuis une dizaine d’années au bout du lac, ce Genevois de 41 ans a longtemps travaillé comme sellier aéronautique pour TAG Aviation, à Cointrin, avant de se reconvertir dans le coaching sportif personnalisé. Diplômé en crossfit, haltérophilie et Opex fitness – l’une des formations les plus complexes en ce domaine –, le jeune quadra jette un regard circulaire sur ce qui était encore il y a peu sa salle d’entraînement, Ap-Training, à l’Avenue de la Praille à Carouge: «J’ai même revendu les casiers et les vestiaires, il ne reste plus rien». Rien d’étonnant à ce que les barres de traction, coussins à abdominaux et poids aient trouvé preneurs en une poignée de jours. «La pénurie est mondiale. Après la fermeture des salles de sport, les gens se sont rués dans les magasins pour se procurer du matériel de musculation et la matière première manque; c’est toute la chaîne de production qui est grippée.»

SIX MOIS, C’EST TROP

11A EM15Touché de plein fouet par la crise de la Covid depuis mars 2020, Adrien Perondi avait déjà revendu une partie de son matériel en septembre pour éviter de piocher dans sa trésorerie. «Mais là, j’arrête les frais, dit-il. J’y croyais encore en début d’année, mais les dernières annonces de prolongement des mesures sanitaires m’ont convaincu de cesser mon activité. Six mois de fermeture forcée sans soutien, c’est trop.» Sans soutien? «J’ai eu droit à un demi-loyer offert en avril 2020 par mon propriétaire et par l’Etat. La seule aide que je pouvais demander à ce moment, comme indépendant. J’ai appris que j’y avais à nouveau accès, en novembre et décembre, mais sans explication la remise est passée de 50% à 25%.» Et en 2021? «On nous a informés que les fitness devenaient des cas de rigueur. J’ai donc repris un peu espoir, mais l’aide se basait sur le chiffre d’affaires de l’année dernière. Comme je n’avais encore rien à ce moment-là, je n’ai rien pu demander.»

UNE AFFAIRE QUI MARCHAIT

Les locaux de la société de coaching sportif personnalisé d’Adrien Perondi ont accueilli leurs premiers clients en janvier 2020, au moment où d’inquiétantes rumeurs au sujet d’un «virus chinois» commençaient à filtrer. «Le timing parfait, je sais, ironise le spécialiste en sport et santé. Les affaires avaient pourtant bien démarré. Alors que je m’étais préparé à perdre de l’argent lors du lancement, j’ai en fait encaissé trois fois le prix du loyer en janvier et février! Mais ensuite, le semi-confinement a commencé... » Le coach n’est pas déprimé.

Contrairement à d’autres responsables de fitness, moins polyvalents et formés que lui, il a su gérer ces mois de crise pour ne pas perdre trop d’argent. Et il s’est débrouillé pour trouver un emploi à UPS, une entreprise de livraison. «Les cartons que je soulève avec mes collègues remplacent un peu les haltères », plaisante-t-il encore. Du côté de La Chaux-de-Fonds, Lionel Tosali, n’a pas encore jeté l’éponge. «Ici, le loyer et le coût de la vie sont moins élevés qu’à Genève, souligne cet entrepreneur de 24 ans qui a repris une salle de fitness en novembre 2018 et embauché cinq employés – dont une apprentie à 100% –, mais quand même, cette situation est très difficile à vivre.» Indépendant, le Neuchâtelois touche à travers l’assurance perte de gain (APG) 80%de son salaire, «qui n’est pas mirobolant, vu que je me suis lancé il y a deux ans». Les RHT permettent de payer les salaires des employés, «mais je puise dans mes réserves pour couvrir les charges sociales».

Pour le loyer, Lionel Tosali a pu obtenir de son propriétaire une baisse pour les premiers mois de fermeture en 2020 (ni la Ville ni le canton ne participent). Et des discussions sont en cours pour cette année. «En attendant, je paie le loyer normalement. Difficile d’en vouloir au propriétaire qui doit lui aussi continuer à honorer ses charges.»

UN «CHOUIA» D’AIDE

En mesure de présenter un chiffre d’affaires pour les années précédentes, Tosal Gyma pu bénéficier de l’aide pour les cas de rigueur. «J’ai touché 20% du chiffre d’affaires correspondant aux quatre mois de fermeture imposés dans le canton de Neuchâtel. Cela équivaut à ce que j’encaissais en un mois quand on tournait bien», estime le jeune directeur qui, à force d’efforts et d’investissements, avait réussi avant la pandémie à faire remonter le nombre de clients au-dessus de la barre des 200. Ce «chouia d’aide» reçu il y a trois semaines seulement, «c’est bien, confie Lionel Tosali, mais ça ne va pas nous sauver». Parallèlement, le gérant du fitness a pu compter sur le soutien de certains membres qui ont accepté de renoncer à tout ou partie du prolongement de leur abonnement. «Il ne faut pas oublier, ajoute-t-il, que la crise touche aussi notre clientèle. Avec 80% de leur salaire, certains ne peuvent plus se permettre de payer un abonnement de fitness.» Ce constat rejoint celui du Genevois Adrien Perondi dont la clientèle, plus aisée (coaching individuel), a aussi été affectée – à l’instar de cette directrice d’une agence bancaire qui a perdu son emploi dans le sillage de la pandémie. «Je m’attendais à recevoir des aides beaucoup plus élevées et mieux adaptées », résume en une phrase Lionel Tosali.

NONSTOP GYM STOPPÉ

12A EM15Un avis que partage Petra Posselius. A la tête de dix-huit salles de fitness à Lausanne, Genève, Fribourg, Bienne et Zurich – ouvertes en sept ans seulement, preuve du succès de ce concept qui permet à chacun de s’entraîner de jour comme de nuit –, la cofondatrice de NonStop Gym joue dans une autre catégorie. Ce qui ne l’empêche pas de souffrir des mêmes maux que son confrère de La Chaux-de- Fonds. «Nous avons été fermés durant un tiers des jours ouvrables l’an dernier, rappelle cette ancienne employée de Procter&Gamble. Nous en sommes déjà presque au même nombre alors que la moitié de l’année ne s’est même pas encore écoulée... La majorité de nos 32 contrats fixes et de nos coaches et auxiliaires (également une trentaine) bénéficient des RHT. Et nous avons eu droit à des prêts Covid. Il n’empêche: nos charges restent énormes.» En particulier à Genève, canton ayant fermé ses fitness le plus longtemps et où NonStop Gym possède neuf salles.

 

«La situation est très, très compliquée », soupire Petra Posselius. N’a-t-elle pas touché le jackpot, soit 750’000 francs, le maximum pour les cas de rigueur?«Le loyer mensuel d’une seule de nos salles se monte à 40’000 francs.» «Je sais, cela paraît beaucoup, mais quand vous le comparez aux 40’000 francs de loyer mensuel d’une seule de nos salles, vous comprenez vite que cette aide, bien que nécessaire et bienvenue, reste dérisoire.» Comme les autres acteurs du secteur, NonStop Gym perd de l’argent, puise dans ses réserves et tente de négocier avec ses créanciers. «Notre situation nous a obligés à payer la moitié des loyers cette année, parfois avec l’accord des bailleurs, parfois sans. Nous attendons le jour de la réouverture avec impatience.» Pourtant, contrairement aux restaurants, qui encaisseront de l’argent dès l’arrivée des premiers clients, Petra Posselius sait qu’elle devra encore patienter: «Aux mois perdus l’an dernier s’ajouteront ceux que les clients, qui n’ont pas pu utiliser leur abonnement en raison des restrictions sanitaires, voudront récupérer», explique la codirectrice de NonStop Gym qui prolonge d’office tous les forfaits. En attendant, elle a rouvert quatre salles pour accueillir les moins de 20 ans, autorisés à s’entraîner depuis le 1er mars. «Nous le faisons plus pour garder le contact avec nos membres et rester actifs que pour gagner de l’argent, car les 16-20 ans ne représentent que 10% de notre clientèle. Cela dit, notre concept fonctionne et nous savons que si nous tenons le coup, nous pourrons rapidement nous remettre de cette crise.

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«Les aînés souffrent»

Les fitness seront-ils bientôt autorisés à rouvrir? Le Conseil fédéral, qui se réunit le 14 avril, aura répondu à cette question au moment où vous recevrez l’Echo Magazine. La Fédération suisse des centres de fitness et de santé (FSCFS), qui représente 380 établissements, n’a pas attendu pour agir en déposant, il y a une dizaine de jours, une plainte contre lui. Conseillés par un professeur de droit à l’université de Zurich, qui estime que les sept sages ont «clairement exercé leur pouvoir de façon subjective et non conforme au droit», une dizaine d’acteurs mécontents de la branche – FSCFS en tête – réclament ainsi des dommages et intérêts.

FRIBOURG ASSURE LE LOYER

Propriétaire de Leader Top Fitness à Givisiez, Alain Amherd représente la fédération en Suisse romande. Il emploie quatre personnes au bénéfice de RHT, reçoit des APG et voit le loyer de son fitness financé à 90% par le canton de Fribourg. «Malgré cela, je ne me verse plus de salaire depuis deux mois et je grignote mes réserves. Les charges fixes du secteur sont très élevées: 50% à 60%du chiffre d’affaires. Or, malgré les annonces des autorités, aucun canton ne couvre plus de 25% de ces montants. Nous ne cherchons pas à faire du bénéfice, nous réclamons juste le droit de survivre à la fermeture imposée par les autorités.» En limitant l’accès aux salles de sport, l’Etat ne protège pas la santé des citoyens, estime Alain Amherd, mais la met en danger! Selon l’entrepreneur, celles-ci jouent en effet un rôle crucial pour la santé physique et psychologique du million de Suisses qui pratiquent cette activité. «Les aînés souffrent, car leurs séances de sport suivies du sauna et du café – qui permet de nouer des contact – contribuent grandement à les maintenir en forme. C’est pour cela que nous avons tenté de convaincre Guy Parmelin, qui nous a reçus à Berne, de sortir les fitness de la catégorie des loisirs pour les faire entrer dans celle de la santé. En plus, le protocole de sécurité sanitaire et les possibilités de traçage dans les fitness sont meilleurs que dans les grandes surfaces, bondées et souvent mal contrôlées.» Alain Amherd ne dispose pas encore de chiffres sur le nombre de fermetures dues à la crise. «Quelques centres ont déjà annoncé une faillite, d’autres ont revendu leur société. Attendre qu’une entreprise soit dans le rouge pour l’aider n’a pas de sens: c’est comme si un médecin refusait de voir ses patients avant qu’ils soient mourants.»

CeR

 

 

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