Point chaud: Digue mexicaine

L’armée mexicaine joue les gendarmes pour les Etats-Unis à la frontière avec le Guatemala. L’armée mexicaine joue les gendarmes pour les Etats-Unis à la frontière avec le Guatemala.

Moins fermé aux migrants que Donald Trump, Joe Biden serait responsable de l’afflux de réfugiés vers les Etats-Unis. Quid de la violence, du coronavirus et des cyclones qui ravagent l’Amérique centrale?

UNE CRISE FRONTALIÈRE?

Depuis plusieurs jours, la presse évoque la «première crise à la frontière avec le Mexique» pour le nouveau locataire de la Maison-Blanche. Encouragés par l’arrivée au pouvoir de Joe Biden, plus ouvert que son prédécesseur Donald Trump, davantage de candidats à l’asile semblent quitter le Mexique et l’Amérique centrale pour se rendre aux Etats-Unis, augmentant la pression sur la frontière.

«L’EFFET BIDEN»?

En 2018 et 2019, le discours musclé de Donald Trump et l’argent investi dans le mur à la frontière avec le Mexique n’ont pas empêché les caravanes de migrants de tenter de rejoindre les Etats-Unis. Au-delà de «l’effet Biden», la violence qui ravage le triangle nord de l’Amérique centrale – Guatemala, Honduras, Salvador –, le coronavirus et les catastrophes naturelles qui ont miné l’économie déjà moribonde de ces petits Etats semblent plus à même d’expliquer ce énième déplacement. Quant à l’émigration mexicaine, elle repart à la hausse: les perspectives de reprise suite à la pandémie sont plus prometteuses chez le voisin du Nord. Une chose est certaine: le phénomène ne date pas d’hier et la manière d’y faire face évolue peu.

«LE DÉPORTEUR EN CHEF»?

En 2014, Barack Obama avait déjà refoulé autant de personnes que George W. Bush durant ses deux premiers mandats. Jamais un président des Etats-Unis, Trump compris, n’a expulsé autant d’étrangers – près de trois millions – qu’Obama, surnommé «le déporteur en chef» par nombre de Latino-Américains. Au-delà des changements de gouvernement, Washington sous-traite depuis longtemps le contrôle de sa frontière à son voisin mexicain. Cette volonté de stopper les candidats à l’asile aussi loin que possible de son territoire a débouché, il y a sept ans, sur le plan Frontera Sur. Lancé par l’ancien président mexicain Enrique Peña Nieto sous la pression politique et avec l’appui financier des Etats-Unis, ce programme porte un nom révélateur qui renvoie à la frontière entre le Mexique et le Guatemala.

LA DIGUE MEXICAINE?

En réalité, lemur des Etats-Unis commence à Tapachula, capitale du Chiapas que les immigrés du Honduras et du Salvador traversent au moment de quitter le Guatemala. Mexico continue d’expulser plus de migrants que Washington. Le Mexique joue donc le rôle de digue et de filtre bien avant les Etats-Unis.

FRONTIÈRE MILITARISÉE?

En 2019, le président mexicain Andrés Manuel López Obrador avait envoyé l’armée à la frontière avec le Guatemala pour apaiser les craintes de Trump. Avec la crise migratoire qui touche actuellement Biden, le Guatemala et le Mexique ont déployé leurs soldats dans la même zone. Cela confirme le rôle de gendarmes locaux joué par ces pays pour les Etats-Unis. Mais la militarisation de la frontière, si elle a accru la violence dans la région, n’arrête pas ceux qui rêvent de l’Amérique.

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