Le phénomène Marco Odermatt

Marco Odermatt: en piste vers les sommets. Marco Odermatt: en piste vers les sommets.

Polyvalent, décontracté, brillant aussi bien en géant et en super-G qu’en descente, Marco Odermatt est le nouveau phénomène suisse du ski. A 23 ans, le Nidwaldien termine 2e de la Coupe du monde. Surpassera-t-il la légende Pirmin Zurbriggen? Il en a le potentiel!

Samedi 13 mars, Marco Odermatt survole le géant de Kanjska Gora en Slovénie comme il l’a fait en décembre à Santa Caterina en Italie. Ce jour-là, un journaliste lui demande si, à l’aube d’une semaine cruciale pouvant le mener au Graal – la plus haute marche du podium de la Coupe du Monde –, il ne ressent pas, à son jeune âge (23 ans), une tension particulière, le Nidwaldien répond avec le grand sourire décontracté qui ne le quitte jamais: «Non, c’est facile pour moi, je dois juste gagner des courses. C’est mon plan d’attaque depuis le début de la saison».

Ce succès en géant, il l’a conquis avec une marge énorme de plus d’une seconde après une deuxième manche de feu. Il s’est dit surpris: «Je ne sais comment j’ai fait pour skier aussi vite». Son coéquipier et ami, le Valaisan Loïc Meillard, avec qui il skie depuis l’adolescence, a fini 2e et les deux jeunes hommes sont tombés dans les bras l’un de l’autre, une image qui a ému tout le pays. «Bien sûr qu’il y a une rivalité entre nous, a ajouté Marco Odermatt, mais c’est cool d’être deux dans l’équipe à se battre tout devant.»

«Je ne sais comment j’ai fait pour skier aussi vite».«Un diamant brut», «un prodige», «l’athlète le plus doué de sa génération »: la pressemanque de superlatifs pour parler de Marco Odermatt. Depuis qu’il a remporté cinq médailles d’or sur six (sauf le slalom) aux Mondiaux juniors de Davos en 2018, les attentes placées en lui sont immenses. Aujourd’hui, encore tout jeune, il est déjà en train de les justifier. Même s’il n’a pas obtenu de podium aux récents Mondiaux de Cortina, cela ne l’a pas empêché de repartir aussitôt vers les sommets.

«Marco possède une intelligence folle sur les skis, il sait exactement quand et où déclencher les virages de façon optimale. C’est inné chez lui, et cela ne s’apprend pas vraiment. Il fait peur à tous ses adversaires », souligne Hugues Ansermoz, ex-entraîneur désormais consultant pour la RTS. En outre, avec son sourire et sa bonne humeur, ce beau gosse aux boucles blondes fait souffler un vent de fraîcheur bienvenu dans un sport à l’image un peu vieillotte. «Marco fait un bien énorme au ski, ajoute Hugues Ansermoz. Les jeunes s’identifient à lui. Toute la Suisse est excitée au départ de ses courses.»

TALENT POLYVALENT

La polyvalence est une denrée rare dans le ski. Marco Odermatt n’excelle pas seulement en géant et en super-G. Il est aussi capable de se hisser parmi les meilleurs en descente, même si, faute de temps, il s’entraîne peu dans cette discipline. Il a fini 4e à celle des Mondiaux de Cortina. «J’aime la descente, dit-il. Une victoire au Lauberhorn ou à Kitzbühel doit être une sacrée expérience!»

«Marco sait parfaitement gérer ses priorités, analyse Hugues Ansermoz. Par rapport aux descendeurs purs, qui ne font que ça, il lui manque des centaines de kilomètres de test, ce qui ne l’empêche pas de rivaliser avec eux.» Cette polyvalence rappelle forcément un certain Pirmin Zurbriggen, le plus mythique des skieurs suisses, gloire des années 1980! Le Haut-Valaisan ne cache pas son admiration pour le Nidwaldien: «On va parler de Marco encore longtemps. Je le connais depuis l’âge de 10 ans. Il fait preuve d’un instinct incroyable, toujours à la limite de ses possibilités. Et puis, il a une personnalité insouciante.»

Et la fameuse pression? Elle lui glisse dessus. «Pour être honnête, la pression, je m’en fiche», lâche-t-il. A l’inverse d’une Lara Gut-Behrami et de ses postures de diva, Marco Odermatt est resté, malgré la gloire, d’une spontanéité et d’une fraîcheur qui détonnent à ce niveau. «Je suis peut-être un peu plus détendu que d’autres, mais je sais quand je dois me pousser au cul et mettre les gaz. Je veux me donner à fond et m’amuser en même temps. Si je me casse trop la tête, cela ne fonctionne pas bien chez moi.» Son secret ? Il n’a pas le nez en permanence dans ses spatules. «J’aime jouer au stöck (jass) avec mes collègues, boire une ou deux bières, j’ai besoin de décompresser. Il n’y a pas que le ski dans la vie.»

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CHERCHER LE POSITIF

Vieux briscard de la Coupe du Monde, le Français Johan Clarey, 40 ans, ne tarissait pas d’éloges à son sujet récemment dans L’Equipe. «Marco? C’est un sacré phénomène sur les skis. Mais c’est aussi un bon type qui a toujours la banane, qui salue tout le monde.» Enfin, selon sa soeur cadette, Alina, interrogée par Le Temps, son frère a toujours été comme ça: «La force de Marco, c’est de ne pas se poser trop de questions. Il va de l’avant tout simplement. Il cherche toujours le positif et laisse le reste de côté».

Bertrand Monnard

 

Un prodige de Suisse centrale

Le jeune prodige est né en 1997 à Buochs, au pied du mont Pilate, au coeur de la Suisse centrale. Le ski, il l’apprend avec son père Walti, président du ski-club d’Hergiswil, dans la minuscule station de Langmattli, dotée d’un seul remonte-pente et d’une piste offrant une vue panoramique sur le Lac des Quatre-Cantons. «Si vous voulez mieux me connaître, écrit Marco Odermatt sur son site internet, prenez un jour de congé et venez chez moi, en Suisse centrale. Vous y trouverez un endroit magnifique et profiterez de l’air pur comme l’ont fait mes ancêtres il y a plus de 600 ans.» Plus tard, il a eu la chance de conjuguer ski et études jusqu’à la maturité à moins de 30 kilomètres de chez lui, au gymnase d’Engelberg, un des trois centres de performance de Swiss-ski. «Contrairement à Lara Gut et sa cellule privée, Marco a suivi la filière normale de la fédération, ce qui est une excellente publicité», commente Hugues Ansermoz. Désormais, les sponsors se bousculent pour s’associer à ce jeune champion aussi doué que charismatique. Marco Odermatt est un ambassadeur des montres Longines. Red Bull, avide de séduire les nouvelles générations, en a fait un de ses fers de lance. «Marco a su garder les pieds sur terre quand d’autres s’envolent», avance la boisson énergisante. Un parfait résumé de cet extraterrestre.

BM

 

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