Soif de communion

Le suspense ultime n’a pas eu lieu lors des finales de Lenzerheide. La dernière étape grisonne a été ternie par la météo. Le Nidwaldien Marco Odermatt n’a pas ravi le gros globe de cristal au Savoyard Alexis Pinturault qui l’a conquis le jour de ses trente ans, un anniversaire ô combien mérité.

Impossible, néanmoins, de bouder son plaisir au vu du tableau d’ensemble du ski alpin helvétique. Pour la deuxième saison d’affilée, la Suisse est la première au tableau des nations, aussi bien ses dames que ses messieurs, devant l’éternel rival autrichien. C’est un immense motif de satisfaction. Elle passe même la barrière des 10’000 points, ce qu’elle n’avait accompli depuis la cuvée 1991-1992 où Paul Accola gagna le classement général devant Alberto Tomba. Avec 15 victoires pour 53 podiums, l’écurie helvétique a surtout une réserve comme on n’en a plus eu depuis longtemps.

Les athlètes confirmés tels Lara Gut-Behrami, Michelle Gisin et Beat Feuz, qui remporte son quatrième globe de cristal d’affilée en descente, y côtoient des «jeunes pousses» en constante progression, à l’image de Loïc Meillard, excellent quatrième de cette Coupe du monde 2020-2021. C’est du jamais-vu depuis les années 1980, quand le cirque blanc était enchanté par les courses de Pirmin Zurbriggen, Erika Hess, Michela Figini et autres gloires.

Cet hiver, on a senti un frisson inédit parcourir la Confédération.Aux championnats du monde de Cortina d’Ampezzo, en février, on a senti un frisson inédit parcourir la Confédération. Cette émotion nationale rappelait Crans-Montana en 1987, L’épopée des héros magnifiquement retracée par le documentaire de Pierre Morath et Florian Müller. Cet hiver, les Suisses ont recommencé à déplacer l’heure du repas de midi pour suivre les compétitions en direct. Révélateur! Mais il y avait, hélas, une grande différence, outre le fait qu’un exploit collectif comme celui de 1987 est quasi impossible à rééditer pour toute une série de considérations, sportives ou non. Un virus planétaire gâchait la fête.

Pas d’épreuves à Wengen. Aucun bistrot diffusant les images de la RTS au milieu d’un brouhaha égayé par les «santé!» et le fumet de la raclette. Nul «hourra!» du public dans l’aire d’arrivée. A peine quittait-on des yeux la piste de la Streif, dévalée victorieusement deux fois par notre «Kugelblitz » de Feuz, qu’il fallait se résoudre à la triste évidence: la télévision, la meilleure publicité pour le sport, est affreusement vide quand la foule, qui peut être une houle de joie plutôt qu’une horde de fanatiques, est absente du petit écran. Il y a néanmoins un motif d’espérance, car il y en a toujours un: si la communion n’a pas été totale, la soif de partage demeure. Cela, aucune pandémie ne pourra nous l’enlever. Saison après saison.Même si la Covid-19 préfère l’hiver à l’été. 

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