Année saint Joseph

Joseph est le plus souvent représenté, lors de scènes de la Nativité, plus âgé que Marie, portant la barbe et bâton à la main. Joseph est le plus souvent représenté, lors de scènes de la Nativité, plus âgé que Marie, portant la barbe et bâton à la main.

«Plus sûre espérance de l’Eglise après la Sainte Vierge», selon Pie IX, saint Joseph reste réduit à sa représentation traditionnelle: âgé et effacé. Le peu que l’on sait de lui mérite cependant davantage de réflexion, selon le théologien Philippe Lefebvre.

Patron de l’Eglise depuis Pie IX (1870), des travailleurs depuis Pie XII (1955), gardien du Rédempteur depuis Jean Paul II (1989) et patron de la bonne mort dans la dévotion populaire, le père terrestre du Christ a longtemps été laissé de côté. Fêté le 19 mars et remis à l’honneur par le pape François, qui a voulu lui dédier l’année 2021, saint Joseph a pourtant bien des choses à apprendre aux chrétiens. Aux hommes en particulier, selon le dominicain Philippe Lefebvre, professeur d’Ancien Testament à l’Université de Fribourg et auteur, en 2012, de Joseph. L’éloquence d’un taciturne.

Joseph est-il un personnage secondaire?

33A EM11Philippe Lefebvre: – Joseph est un de ces personnages sur lesquels on a vite fait l’impasse ou qu’on récupère dans une piété mièvre. Mais il est au début de l’évangile de Mathieu, il inaugure donc le Nouveau Testament. Il ne parle pas, mais il entend la Parole de Dieu et la met en oeuvre: il découvre sa femme d’une manière nouvelle et accueille cet enfant. C’est très rare, dans une vie, de rencontrer un homme qui se tait, écoute et assume.

Il faut pourtant attendre le 15e siècle pour que l’on s’intéresse vraiment à lui...

«On ne comprend pas toujours, même dans l’Eglise, le destin d’un homme.»– On ne comprend pas toujours, même dans l’Eglise, le destin d’un homme dans sa particularité s’il n’est pas dans les cadres habituels, par exemple prêtre ou père de famille nombreuse. Un homme qui vit quelque chose d’atypique, ce qui est d’une manière ou d’une autre le propre d’un humain vivant, éveillé, c’est difficile à recevoir, à penser.

Cela ne s’explique-til pas aussi par un rôle moins important que celui de Marie?

– Joseph est le symptôme de tout un ensemble de préjugés dont il faut sortir. Il n’est pas l’ami de la famille: Joseph est l’époux de Marie, ils font une seule chair. Cela ne renvoie pas seulement à la question des relations sexuelles. Joseph a reçu Marie de la part de Dieu: c’est ainsi qu’ils font une seule chair. Il faudrait davantage les représenter ensemble. On a de la peine parfois à entrer dans tous ces mystères: ce qu’est un homme, ce qu’est une femme, ce qu’est un homme devant une femme.

Est-ce là ce que nous révèle Joseph?

– Joseph accepte d’entrer dans ce qui va se passer: recevoir une femme dans son mystère. Il serait bon de reprendre une vraie réflexion sur ce mystère d’être un homme devant une femme et une femme à la rencontre d’un homme. Dans la Bible, c’est plus étonnant que des idées toutes faites. Voyez les rencontres de Jésus avec les femmes: la plupart le comprennent pour ce qu’il est. Et, à la fin des Evangiles qui marque un nouveau commencement, les femmes sont là et comprennent, alors que les disciples peinent.

En revanche, Joseph se tait...

– Joseph reçoit les paroles de Dieu, les accepte et les écoute. Le fait de prendre une femme à côté de lui – et non en la «surplombant» – dit quelque chose. Il est à son écoute, il lui laisse sa place. Quand les mages arrivent, ils ne demandent pas à Joseph l’autorisation de rencontrer la mère et son fils. La façon de faire et de vivre de Joseph et de Marie disent des choses de leur relation. Evidemment, Joseph n’a pas engendré Jésus, mais il y a une manière de recevoir un enfant qui qualifie comme père. Je connais des pères vraiment pères alors que le ou les enfants qui leur sont confiés dans la famille ne sont pas issus charnellement d’eux.

Joseph est donc un père tout à fait moderne?

– Joseph est un très beau type d’homme. Il participe de façon intense à une méditation biblique sur ce qu’est un homme devant Dieu et avec une femme, une méditation ancienne pour laquelle Abraham et Sara auraient déjà beaucoup à nous dire. Tous les personnages bibliques cheminent, il n’y a pas de script écrit d’avance. Je suis courroucé par certains chrétiens qui prétendent tout savoir déjà sur ce sujet, qui semblent réduire la rencontre d’un homme et d’une femme à un cahier des charges. Jésus a un mot pour ceux qui semblent tout savoir d’avance et réciter un script: «hypocrites». Un homme, c’est quelqu’un qui assume l’incertitude, et tout spécialement l’incertitude d’une rencontre.

Ce qui fait de Joseph un homme modèle...

– Joseph est une sorte de prototype. Devant un Dieu qui parle, qui agit dans la vie, et devant une femme mystérieuse. Joseph veut d’abord la répudier parce que c’est prévu par la loi. Mais non: il la reçoit finalement à côté de lui. C’est un type d’expérience qu’on peut vivre, qu’on soit marié ou non. Quand je prêche des retraites à des religieux, des moines, je leur propose parfois de se demander quelles sont les femmes de leur vie – ça peut être une sainte ou la Vierge –, celles qui ont eu quelque chose d’important à leur dire et qui les ont aidés en chemin. C’est un enseignement de longue haleine, cette aventure d’être devant une femme pour un homme, Dieu étant présent, de découvrir qu’on ne peut pas tout prévoir à l’avance. Certains couples chrétiens voient que ce qu’ils vivent ne correspond pas à ce qu’on leur a «prédit»: les vies et les parcours sont en fait bien plus inattendus. Quand on ne vit que de l’attendu, on ne vit pas vraiment.

Ainsi, ni Joseph ni la Bible ne peuvent nous dire comment agir?

– Le premier dimanche après Noël, celui de la Sainte Famille, l’oraison dit: «Tu as donné, Seigneur, la Sainte Famille comme modèle aux familles chrétiennes». Or la mère est vierge, l’homme n’est pas le père biologique, ils n’ont qu’un seul fils et ils sont juifs. «Modèle», oui, mais dans le sens d’une inspiration: être avec Dieu, se recevoir l’un l’autre de Dieu pour une aventure pas connue d’avance. En cela, oui, c’est un modèle! Mais la Bible n’est pas un ensemble de prescriptions qui diraient quoi faire et dans quelle situation. Même si beaucoup le regrettent...

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Les paternités de Joseph

Dans sa lettre apostolique Patris corde (avec un coeur de père), datée du 8 décembre 2020, le pape François rappelle que saint Joseph, qui incarne l’humilité, est «si proche de notre condition humaine». Il souligne ses sept façons d’être père. Aimé, il s’est mis au service du dessein salvifique de Dieu. Dans la tendresse, il a appris à Jésus à marcher comme Dieu l’a fait avec Israël. Dans l’obéissance, il a suivi la volonté de Dieu. Dans l’accueil, il a respecté Marie, une délicatesse remarquable «en ce monde où la violence psychologique, verbale et physique envers les femmes est patente». Père au courage créatif, il s’est donné de la peine face aux difficultés. Travailleur, il a exercé honnêtement son métier de charpentier. Dans l’ombre, il a pris soin d’un enfant de manière responsable. Et le Saint-Père d’ajouter que «même l’Eglise d’aujourd’hui a besoin de pères».

JeF

  

34A EM11«Ce n’était pas un papy nunuche»

Il se tient le plus souvent en retrait, parfois un bâton à la main, et, jusque dans les petites crèches que nous installons sous le sapin à Noël, il est âgé. «Des traditions des 3e et 4e siècles veulent voir en lui un veuf qui aurait déjà eu des enfants pour lui donner un statut ‘convenable’, analyse Philippe Lefebvre. Mais ce n’est pas dans l’Evangile. » Les évangélistes disent peu de choses de Joseph. Matthieu, dans son premier chapitre, le désigne comme «l’époux de Marie» à la fin de la généalogie de Jésus – c’est par lui que le Christ descend du roi David. L’apôtre nous raconte ensuite que, Marie étant enceinte, Joseph, «un homme juste», ne voulait pas la diffamer, mais s’apprêtait à la répudier secrètement. «Elle risquait tout de même la lapidation», rappelle Philippe Lefebvre. Un ange du Seigneur le rassure et lui dit de garder la jeune femme près de lui. Joseph, comme son homonyme de l’Ancien Testament, est un homme de songes. Mais pas un rêveur. «Il est profondément contemplatif, il écoute la Parole de Dieu, mais il la met en actes, insiste le théologien. Il prend des dispositions pour sauver la vie de son fils.» Il fuit en Egypte, puis revient en Israël mais, par précaution, se retire en Galilée, à Nazareth.

UN PÈRE QUI AGIT

Joseph est aussi actif lorsque, selon l’évangile de Luc (Lc 2,41-50), Jésus, à l’âge de 12 ans, reste à Jérusalem «sans que ses parents s’en aperçoivent ». Lorsqu’ils le retrouvent dans le temple trois jours plus tard, Marie dit bien à Jésus: «Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant!». Ce n’est pas anodin, Luc ayant bien précisé dans son premier chapitre que Jésus n’est pas l’enfant de Joseph. «Il y a une façon d’être père qui est de trouver son fils, de le chercher, d’être tourmenté par sa disparition. C’est aussi annonciateur de la résurrection», relève Philippe Lefebvre. C’est aussi comme «fils de Joseph» (Lc 3,23 et 4,22) et «du charpentier» (Mt 13,55) que Jésus est connu: «On ne sait pas ce qu’était leur vie quotidienne, mais Joseph était un juif pieux à qui il revenait d’enseigner les Ecritures et les psaumes à Jésus, souligne encore le dominicain. Il n’était pas un papy nunuche bien gentil qui ne touchait pas à la sainte Vierge et endossait la paternité de l’enfant. Il n’était pas là pour jouer au Scrabble et préparer la tambouille. Non. C’était un homme posé, qui méditait la Parole de Dieu, contemplatif mais actif, qui a imprimé sa marque et donné un cadre familial à Jésus».

JeF

 

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