Irak: reconstruire et espérer

Le pape est accueilli le 6 mars dans la cathédrale chaldéenne saint-Joseph à Bagdad. Le pape est accueilli le 6 mars dans la cathédrale chaldéenne saint-Joseph à Bagdad.

C’est en pèlerin de paix et de fraternité que le pape François s’est rendu en Irak du 5 au 8 mars, réconfortant des chrétiens éprouvés et exhortant chacun à participer à la reconstruction du pays. Un voyage hautement symbolique aux racines de la foi.

Pour son 33e déplacement hors d’Italie et le premier en temps de pandémie, François a choisi l’Irak, et ce n’est pas un hasard: c’est la première fois qu’un pape se rend sur la terre d’Abraham, père des croyants – Jean Paul II n’avait pu y aller pour des raisons sécuritaires et en regard des exigences du régime de Saddam Hussein –, pour dire la proximité de l’Eglise à des chrétiens en butte à la violence et les encourager. Interpeller, aussi, les autorités afin qu’elles assurent leur sécurité et leurs droits.

Trois jours denses dans un pays rendu exsangue par dix-huit ans de guerre et en proie à une grave crise politique, économique, sociale et sanitaire. Un voyage sous haute surveillance et devant des foules réduites en raison de la présence de cellules djihadistes et de la Covid-19.

FAIRE TAIRE LES ARMES

De Bagdad à la plaine d’Ur, source des trois monothéismes, de la plaine de Ninive, un des berceaux du christianisme, au Kurdistan irakien, le même message a retenti: faites taire les armes, soyez des artisans de paix, reconstruisez le pays ensemble, regardez vers l’avenir avec espérance. Le pape a visité des chrétiens minoritaires poussés à l’exode par la guerre et le manque de perspectives économiques – ils sont aujourd’hui 400’000 sur une population de près de 39 millions d’habitants en majorité chiites, soit moins de 2%, alors qu’ils étaient 1,2 million en 1987.

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Dès sa descente d’avion, François a appelé les autorités à accorder «à toutes les communautés religieuses reconnaissance, respect, droits et protection» pour «que personne ne soit considéré comme un citoyen de deuxième classe». Mais il faut «édifier la justice» et «renforcer les institutions » contre l’extrémisme et l’intolérance. «Que se taisent les armes! (…) Que cessent les intérêts partisans (…). Que l’on donne la parole aux bâtisseurs, aux artisans de paix» pour «construire ensemble ce pays dans le dialogue». La religion? Elle «doit être au service de la paix et de la fraternité». Les chrétiens? «Leur participation à la vie publique, en tant que citoyens jouissant pleinement de droits, de liberté et de responsabilité, témoignera qu’un sain pluralisme religieux, ethnique et culturel peut contribuer à la prospérité et à l’harmonie du pays.» L’après-midi, s’adressant aux catholiques dans la cathédrale Notre-Dame de l’Intercession à Bagdad, il a rappelé la mémoire des 48 victimes de l’attentat perpétré dans ce lieu en 2010 et exhorté chacun à répandre «des semences de réconciliation et de coexistence fraternelle qui peuvent porter à une renaissance d’espérance pour tous». Avant, le lendemain, de se rendre dans la plaine d’Ur, où vécut Abraham, père des croyants (voir encadré).

RÔLE VITAL DES CHRÉTIENS

«Nous disons ‘non’ au terrorisme et à l’instrumentalisation de la religion.»François a rendu visite, le 7 mars, aux chrétiens du Kurdistan irakien, dans le nord du pays. L’accueil était à la mesure de l’attente, forte dans cette région détruite en grande partie par Daech. Priant pour les victimes de la guerre avec les chrétiens de Mossoul – où il ne reste que 2000 familles sur près de 30’000 avant la guerre –, le pape a évoqué «la diminution tragique du nombre de disciples du Christ, ici et dans tout le Moyen-Orient» comme «un dommage incalculable non seulement pour les personnes et les communautés intéressées, mais pour la société». Et relevé des signes d’espérance comme la collaboration avec les musulmans: ainsi, «il est possible d’espérer la réconciliation et une nouvelle vie». Il a rappelé «le rôle vital» de la communauté chrétienne «dans le processus de redressement et de renouveau». Et réaffirmé «que la fraternité est plus forte que le fratricide que l’espérance est plus forte que la mort, que la paix est plus forte que la guerre».

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Lors de l’angélus dans l’église de l’Immaculée Conception de Qaraqosh, le pape a redit la proximité de l’Eglise universelle et que «le terrorisme et la mort n’ont jamais le dernier mot». «C’est le moment de restaurer non seulement les édifices, mais aussi les liens qui unissent communautés et familles », a-t-il ajouté, souhaitant aux chrétiens «la capacité de pardonner» et «le courage de lutter». «Avec toutes les personnes de bonne volonté, nous disons ‘non’ au terrorisme et à l’instrumentalisation de la religion.» «Aujourd’hui, je peux voir et toucher du doigt le fait que l’Eglise en Irak est vivante, que le Christ vit et oeuvre dans ce peuple saint et fidèle qui est le sien», a relevé François lors de la messe de clôture dans le stade d’Erbil devant des milliers de fidèles. Ajoutant, ému: «L’Irak restera toujours avec moi, dans mon coeur».

 

Reconstruire ensemble

Point fort de ce voyage: la rencontre interreligieuse avec les chefs religieux du pays – chrétiens, musulmans, mandéens et Yézidis – à Nassiriya, dans la plaine d’Ur, «lieu béni qui nous reporte (…) à la naissance de nos religions». Le matin même il avait rendu, à Najaf, une visite privée au grand ayatollah Al-Sistani, chef des musulmans chiites d’Irak. François a invité «juifs, chrétiens et musulmans, avec nos frères et soeurs d’autres religions» à honorer Abraham «en faisant comme lui: nous regardons le ciel et nous marchons sur la terre». Le ciel livre «un message d’unité»: «Ne jamais nous séparer du frère qui est à côté de nous. L’au-delà de Dieu nous renvoie à l’autre du frère» – les croyants sont donc appelés à montrer la paternité de Dieu «à travers leur fraternité ». «Ne permettons pas que le Ciel soit couvert par les nuages de la haine!», a lancé le pape, rappelant les souffrances endurées par toutes les communautés, les Yézidis en particulier, et demandant le respect de la liberté de conscience et de la liberté religieuse. Il a salué la collaboration entre chrétiens et musulmans pour reconstruire les lieux sacrés et en faire «des oasis de paix et de rencontre pour tous». Nous marchons sur la terre conviés à bâtir une paix basée sur «une justice qui assure équité et promotion pour tous», a affirmé le pape. Les croyants sont appelés à «convertir les instruments de haine en instruments de paix», à lutter contre «la prolifération croissante des armes» et la corruption et à «donner voix au cri des opprimés et des rejetés».

GdSC

 

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