Hiver arabe

La dernière décennie a été celle d’un printemps arabe devenu un long hiver. Du Maroc à l’Irak, les espérances ont fait long feu. Que n’a-t-on pas entendu? Les populations du Maghreb et du Machrek, de l’Ouest musulman comme du Levant islamique, allaient vivre ce que les Européens avaient connu avec le printemps des peuples en 1848.

Quelle naïveté pour un Orient si compliqué... C’était oublier que les soulèvements du 19e siècle n’ont pas débouché sur des régimes mariant la soif de liberté et la résolution démocratique. Demandez aux Italiens, qui préfèrent Nabucco de Verdi au souvenir du maréchal Radetzky, qui n’est pas qu’une marche militaire de Strauss père. Ou aux Hongrois écrasés par les troupes de von Haynau.

Aujourd’hui, les Egyptiens ont leur Radetzky en la personne d’un autremaréchal, al-Sissi. L’ordre règne au Caire. A un prix faisant regretter Moubarak à certains. Le Yémen a basculé dans la guerre civile, opposant les rebelles chiites houthis à un pouvoir sunnite. La Libye de Kadhafi a implosé, et la crise migratoire qui ensanglante la Méditerranée en affectant l’Europe ne tarit pas. La Syrie est l’épicentre de la catastrophe dans un grand jeu diplomatique où les Kurdes sont les dindons de la farce et Daech le fléau du fanatisme.

Ailleurs, les contestations sont étouffées ou se sont essoufflées. La Tunisie, d’où l’étincelle a jailli, est la nation qui semble s’en sortir le mieux. Non sans fragilités. Partout l’incertitude s’est accrue. Les déceptions se sont multipliées. La corruption n’est pas endiguée. L’islamisme, armé ou non, a prospéré. La réaction a pris un aspect plus ou moins pileux. L’hémorragie des chrétiens d’Orient est aussi alarmante que terrifiante.Nulle part le lait et le miel ne se sont mis à ruisseler sur des pays allant de mal en pis.

Il y a également un point particulièrement tragique: le sort des chrétiens d’Orient. Le voyage prochain du pape François en Irak rappelle l’importance des héritiers d’Abraham et leur situation menacée. Ils représentaient 20 à 25% de la population du Proche-Orient et du Moyen-Orient il y a un siècle. Désormais il n’en subsiste qu’environ 4%. Cette hémorragie est aussi alarmante que terrifiante.

On en connaît les causes: soubresauts de la décolonisation, guerres sans fin avec Israël, régimes autoritaires bouchant l’avenir, réveil religieux et virulence de l’islamisme, mal-développement endémique, démographie explosive, géopolitique délétère, interventions américaines et de l’OTAN. Quoi d’autre? Cela fait déjà beaucoup. Trop pour les fidèles du Christ, noyés dans un océan de périls. Plus d’un se demande quand il bouclera sa valise. La parole de François est néanmoins de l’ordre de l’espoir. Souhaitons qu’elle ne soit pas une rustine rhétorique collée sur une plaie béante. Sinon l’hiver arabe sonnera le glas des chrétiens d’Orient.

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