Une retraite difficile

Huguette Laurent, 66 ans, dans son appartement de Gland (VD), n’aurait jamais imaginé terminer sa vie professionnelle ainsi. Huguette Laurent, 66 ans, dans son appartement de Gland (VD), n’aurait jamais imaginé terminer sa vie professionnelle ainsi.

Licenciée trois ans et demi avant la retraite, Huguette Laurent a tout fait pour retrouver un emploi. En vain. Forcée de piocher dans son 2e pilier, cette Vaudoise a vu le fruit d’une vie de travail partir en fumée. «Tout ça parce que les ‘vieux’ coûtent trop cher aux employeurs.» Jusqu’à quand?

Loyer, primes maladie, impôts: voilà ce que les cotisations de toute une vie de travail permettent à Huguette Laurent, 66 ans, de payer à la fin du mois. Pour le reste – nourriture, télévision, téléphone et quelques bricoles – elle doit piocher dans ses économies. Qui, elle y pense chaque jour, ne dureront pas éternellement.

«Quand je suis arrivée à la retraite, en octobre 2018, je voulais continuer à chercher du travail. Mais mon mari m’a convaincue de jeter l’éponge. Il avait raison: si malgré tous mes efforts personne n’avait accepté de me donner un emploi alors que je venais de passer le cap des soixante ans, qui allait m’embaucher à 64 ans? Sans compter que toutes ces démarches, ces échecs à répétition, ce mur de l’âge contre lequel je butais chaque fois qu’on daignait m’accorder un entretien d’embauche ont fini par m’user.»

DES CENTAINES DE LETTRES

En 2016, lorsque l’Echo s’était rendu dans son modeste appartement de Gland pour évoquer le problème du chômage de longue durée chez les seniors, Madame Laurent avait sorti ses classeurs fédéraux remplis de centaines de lettres de motivation, de formulaires et de petites annonces. Et avait résumé son parcours professionnel ainsi: quinze ans de bons et loyaux services chez Philip Morris à Lausanne comme secrétaire, un premier combat pour retrouver du travail à la fin des années 1990 suivi d’une dizaine d’années à l’aéroport de Genève au service d’une compagnie de jets privés, de skyguide et d’une société de sécurité.

L’assistante administrative dotée d’une longue expérience, parlant l’allemand et l’anglais, passe ensuite d’un emploi à l’autre, touchant parfois le chômage. Avant que son dernier patron fasse faillite en 2014: «Je n’avais pas cotisé suffisamment pour avoir droit à des indemnités complètes. J’ai tout fait pour retrouver du travail, mais après un an, je n’ai plus eu droit au chômage. C’est dur, confie-t-elle derrière son masque, quand on a toujours été autonome, de dépendre de quelqu’un. Même si cette personne, comme mon époux, est pleine de bienveillance ».

TROIS ANS SANS REVENU

«Que s’est-il passé ensuite?», lui demandons- nous en la retrouvant à la gare de Gland. «Les fins de mois sont devenues difficiles. En 2017, nous avons dû retirer une partie de mon deuxième pilier», répond-elle en nous conduisant jusqu’à son appartement. Licenciée avant la retraite, la Vaudoise a en effet dû survivre sans revenu durant trois ans et demi. Une période d’inactivité relativement courte si l’on considère sa longue carrière professionnelle, mais qui a suffi à réduire ses économies.

«L’an dernier, confie cette femme, j’ai raté mon contrôle chez le dentiste en raison de la fermeture des cabinets liée au confinement. J’avais un petit problème, mais à force d’attendre, j’en ai eu pour 800 francs...» Une dépense importante et imprévue et qui a mis à mal son budget. «J’ai toujours beaucoup aimé voyager, mais ces dix dernières années, nous n’avons pu partir en vacances qu’à deux reprises, regrette Huguette Laurent, une semaine chaque fois. J’avais imaginé la fin de ma vie professionnelle et ma retraite de manière différente.» Ce qui la pousse à ajouter: «Je parle rarement de tout cela devant mes amis; si je le fais avec vous, c’est pour les suivants, car les choses doivent changer».

QUE FAIT ALAIN BERSET?

«Les employeurs préfèrent engager des jeunes, car ils leur coûtent moins cher.»«Peu flexibles», «psychorigides», voire «dépassés»: les clichés sur les «vieux» influencent encore trop de boîtes de placement et de services de ressources humaines. Mais c’est surtout l’argent qui expliquerait pourquoi les patrons rechignent tant à embaucher des têtes grises. «Le taux de cotisation du deuxième pilier est de 18% dès 55 ans contre 7% seulement pour les 25-34 ans, rappelle la retraitée. Comme la moitié est à la charge des employeurs, ceux-ci préfèrent engager des jeunes, car ils leur coûtent moins cher.»

Cette explication, la Vaudoise et nombre de spécialistes nous l’avaient déjà donnée il y a six ans. A cette époque Alain Berset proposait, dans sa réforme de l’AVS et de la prévoyance professionnelle, de plafonner le taux de cotisation à 13% pour les plus de 45 ans. «Ce qui aurait été une avancée considérable pour les générations futures, estime la Vaudoise. Mais depuis, rien n’a bougé. Il est toujours aussi difficile pour les cinquante ans et plus de retrouver un emploi lorsqu’ils ont le malheur de l’avoir perdu.»

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La question devrait ressurgir lors des prochaines discussions autour du deuxième pilier, mais il n’est pas certain que le Parlement fasse enfin le nécessaire pour endiguer le problème du chômage de longue durée chez les seniors. «On parle d’augmenter l’âge de la retraite pour les femmes. Pourquoi pas? Encore faudrait-il leur assurer du travail», conclut Huguette Laurent.

 

Enfin une rente-pont suisse

Les personnes sans emploi arrivées en fin de droit après leur 60e anniversaire y auront bientôt droit. D’ici la fin de l’année si tout se passe bien. «Cette rente-pont suisse, inspirée du système vaudois, doit permettre un passage à la retraite en toute dignité à des personnes de soixante ans et plus qui n’arrivent pas à retrouver un travail », résume Stephan der Stepanian, responsable pour la Suisse romande du programme avantage, créé par Pro Senectute pour soutenir les seniors en quête d’un emploi.

Les ménages de plus d’une personne pourraient obtenir au maximum 65’643 francs par an et les personnes seules 43’762 francs. Parmi les nombreuses conditions d’octroi: avoir cotisé au minimum vingt ans, dont au moins cinq après 50 ans, et avoir gagné au moins 21’330 francs par an. Votée par le Parlement l’été dernier, cette rente-pont, issue d’un paquet de mesures élaboré par le Conseil fédéral et les partenaires sociaux, a été soutenue par tous les partis sauf l’UDC. Huguette Laurent n’a pas pu compter sur la rente-pont vaudoise: la prestation entrait en vigueur au plus tôt deux ans avant la retraite et la Vaudoise, comme d’autres, ne pouvait plus attendre. «C’est un vrai problème, reconnaît Stephan der Stepanian. Qui se posera moins avec la rente-pont suisse. Pour autant, bien sûr, que la personne en question ait suffisamment cotisé. »

CeR

Plus d’information sur: www.programme-avantage.ch/blog/ 

 

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