Birmanie: témoignages sur place

Vides au premier jour du coup d’Etat, les rues de Rangoun se sont remplies de Birmans qui réclament le départ des militaires. Vides au premier jour du coup d’Etat, les rues de Rangoun se sont remplies de Birmans qui réclament le départ des militaires.

Coup d’Etat, arrestations, manifestations et répression: la Birmanie vit depuis le début du mois sous le joug des militaires qui contestent le résultat des élections législatives. Deux jeunes Birmans témoignent.

Ils vont bien. Au téléphone, les deux Birmans contactés le 1er février quelques heures après le coup d’Etat militaire restent calme. Ils requièrent néanmoins l’anonymat et l’appel passe, pour l’une, par une application de messagerie connue pour offrir la meilleure protection des données.

L’autre est journaliste. Et choqué par ce putsch: «Je ne pensais pas que l’armée pourrait réellement prendre le pouvoir en pleine pandémie alors que la population souffre. Mais ils l’ont fait». Sa compatriote utilise exactement la même expression: They did it. «Il y avait des rumeurs depuis quelques jours disant que le commandant en chef et l’armée pourraient prendre le contrôle du pays, raconte- t-elle. Nous ne pensions pas que c’était possible, nous avons ignoré ces rumeurs.»

Des rumeurs qui allaient au-delà des frontières birmanes. Quelques jours plus tôt, le 29 janvier, La Croix évoquait la menace d’un coup d’Etat de l’armée, qui dénonçait de nombreuses irrégularités ayant conduit à la victoire de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi, cheffe de facto du gouvernement, aux élections législatives. Le quotidien catholique français parlait aussi de doutes sur les véritables intentions des militaires.

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LE CHOC D’ABORD...

Le 1er février, la situation demeure calme à Rangoun. «On voit la police et les soldats dans et aux abords de l’hôtel de ville, mais pas ailleurs», décrit notre interlocuteur qui a toutefois constaté des «achats de panique dans les magasins» le matin. «La plupart des gens ont voulu retirer de l’argent, ajoute la jeune femme interrogée. Mais les automates ne fonctionnaient pas. Les opérations bancaires étaient suspendues à cause des difficultés avec internet.»

«Nous ne savons rien hormis ce que l’armée communique.»La coupure de la connexion et des liaisons téléphoniques par l’armée lui ont causé du souci: elle a dû attendre l’après-midi pour avoir des nouvelles de ses proches. Dans un pays où la quasi-totalité de la population s’informe avant tout par les réseaux sociaux, l’accès à l’information est compliqué. «Nous ne pouvons pas contacter les services gouvernementaux pour nos reportages, ni la LND ni les autorités. Nous ne savons rien hormis ce que l’armée communique», déplore le journaliste.

Des déclarations sujettes à caution pour notre autre interlocutrice qui dénonce la diffusion de fake news par les militaires à travers des pages officielles sur Facebook. Ainsi que des messages sur des comptes de personnes arrêtées. Et des appels suspects à manifester. Sans succès ce jour-là – «Je ne vois aucune protestation sérieuse ni foule se réunissant à l’extérieur ». ...

PUIS LA CONTESTATION

Une semaine plus tard, la situation a changé. Dans la rue, les manifestations se succèdent. Pacifiquement du côté des protestataires. «Ils ne veulent pas de confrontation avec la police. Ils modifient leur parcours pour éviter de se retrouver face aux forces de l’ordre», raconte le journaliste déjà contacté le 1er février. Il fait lui aussi état de fausses informations, comme l’annonce de la libération d’Aung San Suu Kyi – assignée à résidence par l’armée –, destinée selon lui à faire cesser la contestation dans la rue. La tension monte: une jeune femme atteinte à la tête par un tir la veille se trouve dans un état critique.

«Les gens réclament la libération d’Aung San Suu Kyi et le rétablissement de la démocratie», rappelle le Birman d’une vingtaine d’années qui souligne le «dernier espoir» de la population: que le personnel civil de l’administration la rejoigne dans la rue pour bloquer le fonctionnement de l’Etat. «Autrement, les manifestations ne permettront pas le retour de la démocratie. »

Le jeune journaliste tient toujours à conserver l’anonymat. Et il n’est pas le seul. «La plupart des personnes auxquelles nous parlons le demandent. C’est une difficulté, pour nous, de publier des témoignages anonymes,mais c’est une question de sécurité. Lors des manifestations de 2007, les personnes citées se faisaient arrêter.» Comme bon nombre de ses confrères, lui-même ne signe plus ses articles; c’est désormais le nom du média qui apparaît aux côtés des textes. Les fonctionnaires ont entendu l’appel des manifestants et les ont rejoints. L’armée a promis d’entreprendre des «actions efficaces» s’ils ne reprennent pas le travail. Les arrestations et disparitions de politiciens, d’activistes et de citoyens, l’interdiction des rassemblements et la répression des mouvements de protestation inquiètent la communauté internationale.

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Les Etats-Unis ont annoncé des sanctions. Contrairement au Conseil de sécurité de l’ONU – la Russie et la Chine s’y opposant –, le Conseil des droits de l’homme a condamné le coup d’Etat le 12 février. A l’heure de mettre sous presse, des mouvements de troupe étaient signalés et des coupures des télécommunications redoutées.

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