Rouler la dette

Peut-être vous souvenez-vous du plaisir que vous aviez, dans votre enfance, à faire rouler sur le sol enneigé une boule de neige qui à chaque tour devenait de plus en plus grosse et difficile à manier.

Rouler leur dette publique, c’est aussi la pratique préférée des Etats quand ils empruntent sur les marchés financiers pour rembourser une ancienne dette. En fait, ils ne font que s’acquitter des intérêts de cette dernière sans, quasiment, jamais rembourser le capital. Si bien que, à l’instar de la boule de neige, la dette gonfle à n’en plus finir pour devenir difficilement gérable.

En 2020, première année de la pandémie, le niveau d’endettement dans le monde a atteint 277’000 milliards de dollars, selon l’Institut de la finance internationale. Une somme qui représente 365% du produit intérieur brut (PIB) de la planète. Quant à la Suisse, elle s’endette chaque jour de 150 millions de francs supplémentaires. Des sommes à en perdre la boule qui devraient encore grimper en 2021, deuxième année de la pandémie.

Si les taux prennent l’ascenseur, la boule de neige risque de se transformer en avalanche.Si rouler la dette – dont celle de la Suisse, qui reste fort modeste en comparaison internationale – est devenu la norme, passer la patate chaude aux générations suivantes, n’est-ce pas franchement irresponsable? Un économiste distingué vous répondrait que tant que les taux d’intérêt restent aussi bas dans un grand nombre de pays, il n’y a pas de quoi s’en faire. Mais si les taux prennent l’ascenseur, la boule de neige risque bien de se transformer en avalanche. Alors faut-il, par respect pour les prochaines générations, arrêter de nous endetter collectivement et considérer la gestion d’une dette publique comme celle d’une dette privée?

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!



Eh bien non. Parce que les générations futures auront bien raison de nous en vouloir si nous ne mettons pas le paquet pour financer la décroissance énergétique, la sortie des énergies fossiles, la régénération des écosystèmes, l’isolation des bâtiments, la rénovation de toutes les infrastructures décrépites et aussi, pour ne pas dire surtout, la reconversion intégrale à l’agroécologie. Avec notamment la généralisation d’un revenu de transition écologique pris en charge par les collectivités publiques, les entreprises et les fondations, pour épauler les millions de personnes désormais sans emploi ou en quête d’une nouvelle activité qui préserve notre environnement. Ne pas nous endetter pour faire face au dérèglement climatique et à l’effondrement de la biodiversité, nous faire croire que ce qui est possible en temps de pandémie ne l’est plus en temps de bouleversement planétaire, ce serait mépriser nos enfants et nos petits-enfants.

Articles en relation


Aides COVID: une loterie sans gagnant

Indépendants et entrepreneurs vivent une crise sans précédent depuis un an. L’Echo est allé à leur rencontre à Sion, Vevey et Genève. Sur le terrain, où les loyers impayés s’accumulent, les annonces de milliards d’aide et de démarches simplifiées ont peu d’effet.


Coronavirus: la Suisse n’est pas pingre!

Les représentants du patronat n’ont jamais permis à la Suisse d’avoir un oeil sur les comptes de leurs entreprises, rappelle Paul Dembinski, professeur à l’Université de Fribourg. Aveugles, les autorités n’arrivent pas à réagir dans l’urgence. Alors que le coronavirus tue l’économie à petit feu.


Dette fédérale

Après d’âpres négociations entre pays présentés comme «frugaux» (ou «radins») et d’autres qui seraient donc goinfres (ou généreux), si du moins on procède par antonymes, l’Union européenne a décidé le 21 juillet d’un plan de relance post-Covid de 750 milliards d’euros.

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!