Eglise: Femmes en responsabilités

La Genevoise Isabelle Hirt, première femme du diocèse à la tête d’une unité pastorale. La Genevoise Isabelle Hirt, première femme du diocèse à la tête d’une unité pastorale.

Responsable de dicastère, adjointe de l’évêque, présidente de paroisse: dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, 45% des postes à responsabilité sont occupés par des femmes. Rencontre avec Isabelle Hirt, première femme du diocèse à la tête d’une unité pastorale.

A 63 ans, vous êtes la seule femme répondante d’une unité pastorale (UP) dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Comment avez-vous été nommée?

Isabelle Hirt: – Après avoir travaillé trente ans comme bibliothécaire, je me suis formée comme agente pastorale au Centre catholique romand de formations en Eglise. Le vicaire épiscopal, l’abbé Pascal Desthieux, m’a ensuite demandé de prendre la responsabilité de l’Unité pastorale (UP) Salève, qui comprend les paroisses de Veyrier, Troinex et Compesières, après le départ du curé, l’abbé Robert Truong, en septembre 2019. Le nouveau prêtre, engagé sur les UP Salève et Carouge-Acacias, était un jeune Guinéen qui ne connaissait pas encore la Suisse. Mon engagement répondait à un besoin, d’autant plus qu’une fusion était prévue, fusion réalisée aujourd’hui.

Quelles tâches assumez-vous?

– Je gère une communauté de trois paroisses en faisant le lien entre les membres, en organisant les réunions, en écoutant les demandes. Je m’occupe également de la catéchèse, prépare la liturgie, gère les bénévoles et suis attentive aux personnes qui ont besoin d’un accompagnement ou d’un sacrement pour les mettre en contact avec un prêtre.

Vous faites le même travail qu’un curé, mais sans les sacrements...

– Exactement. Je peux préparer des baptêmes, mais pas les célébrer. Je peux animer une ADAP (assemblée dominicale en l’absence de prêtre) et distribuer les hosties déjà consacrées. Je pourrais même accompagner les couples en vue du mariage, mais actuellement, ce n’est pas moi qui ai cette tâche dans notre équipe. Je ne peux pas tout faire non plus (rires)! Quant à la prédication, le droit canonique prescrit que le prêtre est en charge de l’enseignement de la communauté. Je peux prêcher seulement si un prêtre me le demande expressément.

Et ça vous pose problème?

– Personnellement, non. Le prêtre a fait un choix de vie qui lui permet d’administrer les sacrements. Ma vocation est autre. Chacun a son charisme et ses compétences et nous avons beaucoup à nous apporter réciproquement. Ce qui me dérange, c’est le fait que le droit canonique m’empêche d’être pleinement responsable: il exige pour certaines décisions, comme les demandes de mariage, la validation d’un ministre ordonné même si celui-ci connaît mal la situation. C’est ridicule.

Quel bilan tirez-vous de cette année comme responsable d’UP?

– En bref: c’est très enrichissant, mais pas simple. Il est compliqué de faire comprendre notre rôle à la communauté. Les paroissiens de mon UP sont contents qu’une femme assume cette responsabilité. Mais pour beaucoup, et pas que des personnes âgées, le prêtre a une place et une fonction qui leur semblent irremplaçablesmême dans des tâches qui pourtant ne requièrent pas le sacrement de l’ordre. Lors de séances logistiques où je représentais l’équipe pastorale, on m’a souvent demandé pourquoi le curé n’était pas là «pour nous entendre ». Nous avons des habitudes et des formats difficiles à casser.

Avez-vous rencontré d’autres difficultés en tant que laïque?

– Non. Les paroissiens me connaissent bien, je suis responsable de la catéchèse dans cette UP depuis vingt ans et y suis engagée depuis mon adolescence. Je ne sais pas si cela tient à la personnalité des prêtres avec lesquels je collabore, mais ils ont une grande confiance en mon travail. Je me sens entendue dans mon équipe. De plus, comme mère de famille, je peux apporter un regard différent: je comprends mieux certaines situations pour les avoir vécues moi-même. J’ai le souci, partagé par certains collègues masculins, d’impliquer tout le monde et de faire en sorte que chacun se sente bien.

Dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, le Réseau des femmes en Eglise demande notamment que les femmes puissent accéder à plus de postes à responsabilité dans l’Eglise catholique. Qu’en pensez-vous?

«Je ne comprends pas pourquoi les femmes n’ont pas accès au diaconat.»– Je ne suis pas militante dans l’âme, mais j’entends leurs revendications. Des collègues actives en pastorale spécialisée qui accompagnent spirituellement des personnes souhaiteraient pouvoir le faire jusqu’au bout, en administrant le sacrement de la réconciliation par exemple. En ce quime concerne, je ne comprends pas pourquoi les femmes n’ont pas accès au diaconat. Je fais quasiment le travail d’un diacre qui, lui, peut baptiser. Je ne vois pas ce qu’un homme a en plus qu’une femme pour exercer cette fonction.

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Votre engagement a-t-il des implications dans votre vie familiale?

– J’ai commencé à étudier la théologie à 52 ans. Mes enfants avaient quitté la maison. J’ai la chance d’avoir un mari très compréhensif, car je travaille souvent sept jours sur sept. J’ai découvert une quantité de tâches administratives insoupçonnées comme la gestion des achats, de nombreuses réunions, le suivi des bénévoles. Il est essentiel que le conjoint soit partie prenante d’un tel engagement.

Propos recueillis par Priscilia Chacón

 

Prédication laïque

35A EM05Théologienne en pastorale depuis vingt ans et engagée en paroisse, la Jurassienne Chantal Ampukunnel, sur mission de son évêque, prêche pendant la messe, concélèbre des baptêmes et préside des célébrations de funérailles dans les Franches-Montagnes. Diplômée en théologie, Chantal Ampukunnel a été sollicitée par le curé de sa paroisse et le vicaire épiscopal pour devenir théologienne en pastorale. Une fonction encouragée dès les années 1970 dans le diocèse de Bâle pour faire face au manque de prêtres. elle comprend la mise sur pied de projets pastoraux, l’organisation de la vie de la communauté, la catéchèse et la formation, la visite des malades, la préparation de baptêmes, la présidence de funérailles, aussi la prédication. Une particularité pour les laïcs diplômés en théologie de ce diocèse dont relève le Jura. «Je prépare et célèbre un enterrement seule quand il n’y a pas d’eucharistie», explique la théologienne.

RÔLE RECONNU

Pendant les messes, les moments de la célébration sont répartis entre elle et les prêtres avec qui elle collabore: «Ils me laissent toute la place possible dans une liturgie catholique et me font confiance. Excepté pour l’administration des sacrements, qui ne dépend pas d’eux, je ne ressens ni misogynie ni subordination ». Malgré la surprise de certains paroissiens qui la découvrent en aube derrière l’ambon, sa place et ses fonctions sont reconnues: «Il y a toujours quelques personnes qui font de la résistance, qui disent que le prêtre devrait tout faire. Mais c’est une très petite minorité». et la prêtrise, la revendique-t-elle? «Non. Cette voie est bloquée, donc cela ne sert pas à grand-chose. En plus, je vis bien mon ministère. Mais si on me le proposait un jour, je dirais oui, car donner les sacrements est l’aboutissement d’un accompagnement spirituel. Pour moi, refuser aux femmes l’accès au ministère ne tient pas théologiquement et dans la société d’aujourd’hui». Cette mère de trois enfants salue la récente création par le pape François d’une commission sur le diaconat féminin. A 50 ans, elle a encore l’espoir de voir son travail reconnu au moins dans cette fonction.

PrC

 

«Oui, elle peut le faire»

36A EM05Première femme modératrice de la Compagnie des pasteurs à Genève, la théologienne Isabelle Graesslé croit au choc de l’incarnation pour changer les mentalités.

Isabelle Graesslé est fière des acquis des femmes dans l’eglise protestante de notre pays: «en Suisse romande, on a intégré l’idée qu’une femme peut diriger». Même si dans cette institution le pouvoir est partagé, la théologienne s’est sentie «surveillée » après sa nomination à la tête de la Compagnie des pasteurs et diacres genevois, fonction qu’elle a exercée de 2001 à 2004: «Sûrement le syndrome de ‘la première femme’, explique-t-elle. Le poste avait été occupé uniquement par des hommes depuis sa création il y a 450 ans».

Ce qui l’a menée à ce poste? Au départ une union féminine, celle des pasteures et diacres genevoises. Ensemble elles portent plusieurs revendications comme le langage inclusif dans la liturgie, une place plus conséquente faite à la théologie féministe et... l’élection d’une modératrice. La candidature d’Isabelle Graesslé est défendue devant ses homologues masculins, qui la choisissent à leur tour. Ses deux doctorats, une bibliographie fournie et son talent oratoire ont rassuré ceux qui auraient pu douter de ses compétences.

L’accès à de tels postes peut-il faire évoluer la place des femmes dans l’eglise? Celle qui fut récemment candidate à la présidence de l’eglise évangélique réformée de suisse (EERS) croit au pouvoir de l’incarnation: «Voir dans les médias une femme qui pourrait endosser la responsabilité de modératrice crée un déclic dans la tête des gens. Quelque chose bouge dans l’inconscient collectif et on se dit: ‘Oui, elle peut le faire’», soutient- elle. En novembre dernier, la pasteure de Prilly (VD) n’a pas été élue. C’est la Bernoise Rita Famos qui est devenue la première femme à diriger l'EERS.

De l’eau a coulé sous les ponts depuis 1980, lorsque son père rétorquait à Isabelle lui annonçant son désir de devenir pasteure: «Ce n’est pas un métier pour une femme!». Une réticence qui n’a pas empêché celui-ci d’assister à tous les cultes présidés par sa fille. «Grâce à lui, j’ai amélioré mon articulation», sourit-elle. A 62 ans, la théologienne féministe songe à écrire une fiction pour mettre en lumière les figures réformées du 16e siècle, les «femmes de Calvin».

PrC

 

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