Famille: mon enfant est végétarien

Les possibilités de cuisiner sans viande existent, mais l’enfant doit apporter ses idées et contribuer à la préparation du repas. Les possibilités de cuisiner sans viande existent, mais l’enfant doit apporter ses idées et contribuer à la préparation du repas.

Le végétarisme a le vent en poupe chez les plus jeunes aussi. Que peuvent faire les parents omnivores lorsque leur enfant décide de ne plus manger de viande?

«Quand elle est entrée dans la cuisine et m’a dit d’un ton décidé: ‘Maman, je ne veux plus manger de viande!’, je me suis dit que cette fois-ci était la bonne. Je n’allais pas pouvoir y échapper plus longtemps», témoigne Carole Ibrahima. Dans un ouvrage paru récemment (Maman, je ne veux plus manger de viande, Terre Vivante, 2020), cette illustratrice et sophrologue raconte pourquoi sa fille Mélody, alors âgée de 9 ans, décide de devenir pesco-végétarienne (elle mange encore du poisson) et comment ce choix a abouti à une «révolution en famille». Carole Ibrahima essaie de tenir tête à sa fille, d’abord en esquivant la question, puis en tentant diverses stratégies de pression. En vain. Partagée entre la peur que sa fille souffre de carences et son envie de respecter son choix, elle se lance dans «l’aventure de la cuisine sans viande», non sans mal. Les livres sont complexes et peu sont consacrés aux enfants. Quant à l’entourage, il se montre critique. Grâce au soutien d’une psychologue, d’un médecin et d’une nutritionniste, Mélody, 18 ans aujourd’hui, n’a aucune carence et le reste de la famille bénéfice d’une alimentation plus variée, assure Carole Ibrahima. En sus de son expérience, l’illustratrice partage divers trucs et astuces ainsi que 55 recettes. Que pensent les scientifiques de ces conversions? La doctoresse Laetitia-Marie Petit, médecin adjointe à l’unité de gastro-entérologie pédiatrique aux Hôpitaux universitaires de Genève, livre ses recommandations.

Avez-vous observé une hausse des conversions d’enfants au végétarisme ces dernières années en Suisse?

Laetitia-Marie Petit: – Oui. Le phénomène touche surtout les adultes et les adolescents, mais un nombre croissant d’enfants se convertissent. Cela s’explique par le fait qu’ils sont plus sensibilisés à l’écologie qu’auparavant. En ce qui concerne les adolescents, leur décision est renforcée par leur besoin de défendre une grande cause et de s’affirmer.

Quelle est la principale motivation des enfants? La défense de la cause animale ou le frein au réchauffement climatique?

– L’un et l’autre. Beaucoup d’adolescents se convertissent par conscience écologique, mais ils sont aussi nombreux à se sentir concernés par le bien-être animal, les filles en particulier.

Quels sont les conseils que vous donnez aux parents?

17A– La première chose à faire est de s’assurer qu’il n’y a pas un trouble alimentaire sous-jacent, comme un début de dysmorphophobie (obsession sur un défaut physique réel ou présumé, ndlr) ou d’anorexie mentale: l’enfant commence par supprimer la viande, puis viennent les pâtes, le gluten, le sucre, le lactose. La majorité des végétariens n’ont pas de trouble de leur image, mais certaines adolescentes anorexiques ont commencé par refuser la viande.

Une fois les parents rassurés sur les motivations de leur enfant, peuvent-ils vraiment le laisser ne jamais manger de viande?

– Le régime végétarien ne provoque pas de carences s’il est bien conduit et surveillé. Le mieux est d’être conseillé par le pédiatre ou un diététicien pédiatrique, car les enfants ont des besoins propres. Ensuite, il faut cuisiner, ne pas acheter les plats dits végétariens. Ils contiennent trop de sel, de sucre et d’additifs qui pourraient poser problème sur le plan métabolique. Et il est dommage de chercher à retrouver le goût d’un steak quand on veut être végétarien! Mais la préparation des mets doit être un effort collectif: les enfants doivent aussi cuisiner et trouver des idées. D’autant que cela teste leur motivation.

La viande et le poisson apportent des protéines, mais aussi des vitamines, des oligoéléments et des sels minéraux. Quels sont les aliments incontournables pour un enfant végétarien?

– Il est vrai que le déficit en vitamine peut provoquer des maladies mortelles. Mais à partir du moment où l’enfant mange des oeufs, il n’y a pas de carence vitaminique, notamment en B12, vitamine que l’on ne trouve que dans les produits d’origine animale. L’enfant doit aussi manger suffisamment de protéines végétales, sachant qu’elles sont plus difficilement assimilées par l’organisme et que les besoins sont accrus durant les pics de croissance. Les aliments conseillés sont les lentilles, les pois, les oléagineux, le chou, le soja (sans OGM), le lait.

Les graines et les fruits secs se mangent généralement crus. Comment être végétarien sans avoir mal au ventre?

– La tolérance à une grande quantité de fibres est très individuelle. Le côlon peut être dépassé. Il faut tester. Le changement de régime peut être progressif. Les légumes cuits sont mieux digérés.

Est-ce que l’enfant peut rester végétarien s’il développe une allergie aux fruits à coque?

– Bien sûr. D’une part, il est très rare d’être allergique à tous les fruits à coque; d’autre part, il peut se rabattre sur les huiles, qui sont peu allergisantes.

Certaines jeunes filles deviennent végétariennes à l’adolescence, période qui correspond à l’arrivée des menstruations. Comment combler leurs besoins spécifiques sachant que le fer d’origine végétale est moins bien assimilé?

– Ces jeunes filles doivent être surveillées, car l’anémie n’est pas un problème à prendre à la légère. Pour être mieux assimilés, les aliments riches en fer peuvent être pris à jeun avec de la vitamine C, présente dans le jus d’orange et le citron. S’il y a une carence malgré tout, ces adolescentes doivent accepter un traitement supplémentaire.

Le végétalisme proscrit tout produit d’origine animale comme le lait, les oeufs et le miel. Est-ce que ce régime peut être pratiqué par des enfants?

– Le végétalisme provoque des carences très graves en vitamine B12. Et, dans une certaine mesure, en oméga-3, en iode, en vitamine D, en fer, en zinc et en protéines. Les compléments alimentaires sont alors indispensables. Sachant que les enfants ne parviennent pas tous à avaler des pastilles, il peut être nécessaire de les trouver sous forme liquide.

Propos recueillis par Caroline Briner

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