Genève aura sa Maison d’Eglise

Dans le nouvel espace de culte, l’autel et le mobilier sacré seront au centre, entourés des bancs des fidèles (photo de synthèse). A droite, le coût des travaux est estimé à 19 millions de francs. Dans le nouvel espace de culte, l’autel et le mobilier sacré seront au centre, entourés des bancs des fidèles (photo de synthèse). A droite, le coût des travaux est estimé à 19 millions de francs.

Victime d’un incendie, l’église du Sacré-Coeur, au centre de Genève, devrait accueillir le nouveau siège de l’Eglise catholique du canton. Restaurant, expositions et concerts sont prévus dans ce projet ouvert sur la cité.

Derrière ses échafaudages, sa façade de temple romain n’a pas changé. L’intérieur de l’église du Sacré-Coeur, en revanche, porte encore les blessures causées par le feu et l’eau: des fresques abîmées, un plafond absent, l’odeur de l’humidité. «C’est horrible de voir les lieux ainsi. On se rend compte de la quantité de travaux à faire», soupire Philippe Fleury, président du Conseil de paroisse. A Plainpalais, en plein centre-ville de Genève, ce bâtiment classé vieux de 150 ans est mort depuis le funeste jour où les flammes l’ont ravagé, le 19 juillet 2018. Probablement un geste criminel. Un coup dur pour cet enfant du Sacré-Coeur. Mais aujourd’hui, Philippe Fleury compte bien faire renaître ce lieu. «On doit cela à nos parents et amis qui s’y sont engagés durant des dizaines d’années», affirme- t-il. Il ambitionne de créer ici une église du 21e siècle ouverte sur la cité.

DEUXIÈME VIE

32B EM04«Je ferme la porte pour ne pas laisser entrer les pigeons», prévient le paroissien avec un sourire en me faisant visiter les lieux. Au premier étage, deux volatiles passent au-dessus de nos têtes. Une toiture artificielle avec des ouvertures sur l’extérieur a été installée à la place du toit d’origine qui s’était effondré sur la salle des fêtes. «Tout cet étage sera aménagé pour accueillir les bureaux et les services de l’Eglise catholique romaine (ECR)», fait remarquer avec fierté le président du Conseil de paroisse. A chaque étage dévasté, Philippe Fleury dessine ce qui devrait devenir une Maison d’Eglise. Une vraie métamorphose pour ce lieu plus que centenaire. La demande d’autorisation de construire a été déposée début décembre et on espère recevoir le feu vert cet été.

PUITS DE LUMIÈRE

33A EM04Le projet, ambitieux, retient l’attention du croyant et du non-croyant. Il prévoit un nouvel espace de culte (voir encadré), mais aussi une salle des fêtes, des espaces de conférence, des bureaux et même... un restaurant, L’Olivier, en écho à l’arbre qui se dressera à la place de l’ancien autel. «Le concept reste à définir, mais ce sera un vrai restaurant. Tout un chacun pourra y venir», explique notre guide. Une manière de financer le lieu et d’attirer du monde, «des gens qui pourraient passer avant une pièce de théâtre ou un concert dans le quartier. Ou entrer pour allumer une bougie». Philippe Fleury tenait à ce qu’il y ait un élément pour piquer la curiosité des visiteurs: ce sera un puits de lumière reliant tous les espaces, du toit à la crypte. Celle-ci sera d’ailleurs désacralisée pour accueillir des manifestations culturelles, expositions photos ou concerts. «On vient à l’église pour prier, se réunir ou quand on cherche un lieu calme pour se recueillir. Pour être encore plus attractive, l’Eglise de demain doit devenir un lieu de rencontre où l’on vient passer un bon moment», s’enthousiasme Giuseppe Urro, membre de l’équipe bénévole qui a participé à la conception du projet. 

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SIÈGE DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE

Un enthousiasme partagé par l’abbé Pascal Desthieux, vicaire épiscopal à Genève, qui précise: «Le lieu sera d’abord destiné aux activités des paroissiens. Le but premier n’est pas de louer des salles». Les bureaux de l’ECR vont quitter la rue des Granges, en vieille ville, pour Plainpalais. «Notre projet est que tous les services, sauf la catéchèse, viennent dans la Maison d’Eglise. Les affectations concrètes seront décidées une fois les autorisations de construire obtenues», relève Pascal Desthieux. Une Maison d’Eglise, l’ECR y songe depuis quelques années. Elle l’imaginait d’abord au Cénacle, successivement maison de retraite spirituelle et hôtel, dont elle est propriétaire. Le projet n’avançant pas, la rénovation du Sacré-Coeur est tombée à pic.

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ART ET FOI

«Le fait d’être ensemble dans un même lieu permet de se parler.»Pour les services de l’ECR, l’idée d’une Maison d’Eglise est encore toute récente, mais accueillie plutôt favorablement. «Le fait d’être ensemble dans un même lieu permet de se parler, de communiquer sur ce qui se fait dans l’un ou l’autre service. Quand j’étais au Centre oecuménique de catéchèse, beaucoup de projets naissaient à la pause autour d’un café, raconte Catherine Ulrich, assistante pastorale. Nous rassembler est productif et stimulant. » Même si elle voit des avantages à cet espace, comme sa centralité et la possibilité de rassembler les agents pastoraux, Federica Cogo, responsable du service de spiritualité de l’ECR, s’interroge: «Pour les chercheurs de Dieu en marge de l’Eglise institution, le ‘quartier général’ de l’ECR n’est pas idéal. L’architecture du Sacré-Coeur donne d’emblée l’impression que l’on entre dans un lieu de culte. Cet espace se prête bien à des activités en lien avec le monde de la culture. Toutefois, celles-ci ne sont pas du domaine de notre service, pour lequel l’attention à l’art et à la beauté a pour finalité un chemin d’intériorité», explique- t-elle. Ces dernières années, l’Eglise catholique à Genève a développé plusieurs projets à visée culturelle comme le festival de films Il est une foi ou l’organisation de concerts et d’expositions dans des paroisses. Le Sacré- Coeur donnera aussi lieu à de tels événements pour un public plus large. Selon le vicaire épiscopal, ces initiatives s’inscrivent dans une volonté d’ouverture de l’Eglise au monde.

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DES LOYERS NÉCESSAIRES

Les lieux pourront ainsi être occupés à la fois le soir et la journée. «Avant l’incendie, l’église était fréquentée par une communauté francophone sur le déclin et une communauté hispanophone plus nombreuse,mais le weekend seulement. La présence des services et de l’administration de l’ECR permettra d’animer ce lieu toute la semaine», explique Philippe Fleury. Le loyer du vicariat à la rue des Granges assurera une partie du financement des locaux de façon pérenne. Le coût des travaux est estimé à 19 millions de francs. D’où viendra l’argent? «De l’assurance en dédommagement du sinistre, de subventions des autorités et de mécènes. Pour le reste, nous prendrons une hypothèque bancaire», répond le président du Conseil de paroisse. D’où la nécessité d’assurer des entrées d’argent régulières avec, en plus des apports de l’ECR, les revenus du restaurant, de la location de salles et d’espaces par la communauté hispanophone.

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UNE ÉGLISE DE MIGRANTS

Le projet de rénovation prévoit d’accueillir à nouveau les fidèles catholiques de langue espagnole qui occupaient les lieux depuis 1958. Après la destruction du Sacré-Coeur, ils ont migré vers l’église Saint-Martin à Onex et le Christ-Roi au Petit-Lancy, où ils ont pu continuer célébrations et activités. Ancienne paroissienne du Sacré-Coeur, Rossi Navaro attend ce retour avec impatience: «Malgré cette épreuve, la communauté est toujours debout. Nous sommes contents de pouvoir retourner dans cette église considérée comme un lieu important par les autorités. C’est un projet exceptionnel pour Genève», se réjouit- elle. Michel Forni, président de la communauté hispanophone, ne cache pas son soulagement: «En quittant notre base, nous sommes devenus une Eglise demigrants. On ne peut pas rester encore longtemps en périphérie: c’est un problème, par exemple, pour un fidèle qui habite Versoix et n’a pas de voiture». Il espère voir le projet se concrétiser rapidement. «Nous avons été bien accueillis à Onex et au Petit-Lancy. La Maison d’Eglise impliquera un partage des lieux: nous devrons apprendre à travailler différemment. Mais ce sont des détails, les paroissiens restent attachés au Sacré-Coeur.» Si les travaux démarrent cette année, la nouvelle vie de l’église genevoise devrait commencer en été 2023.

Priscillia Chacón

 

L’autel au centre

Le nouveau lieu de culte du Sacré-Coeur changera de visage. L’atelier ribo+, mandaté pour la rénovation, s’est inspiré d’un avant-projet de l’architecte français Jean-Marie Duthilleul, connu pour ses aménagements de gares et d’églises comme Notre-Dame de Paris. Fini les bancs alignés face à un autel: celui-ci sera désormais entouré par les sièges des fidèles. «On pourra regarder le Christ au centre, faire plus communauté », explique Philippe Fleury. «Nous y songeons aussi pour trois paroisses actuellement en reconstruction dans le canton», communique le vicaire épiscopal.

PrC

  

Un ancien temple maçonnique

33B EM04Construit en 1859, l’édifice qui abrite l’église du Sacré-Coeur est un ancien temple maçonnique. Il est racheté en 1873 pour accueillir les paroissiens de Saint-Germain, chassés de leur église par les catholiques libéraux. C’est à cette date que le temple de la plaine de Plainpalais devient l’église du Sacré-Coeur. En 1958, la communauté catholique de langue espagnole intègre les lieux aux côtés des paroissiens francophones. Après l’incendie de 2018, la paroisse du Sacré-Coeur et l’ECR s’entendent pour réaliser une Maison d’Eglise. «Un programme ambitieux: il a fallu trouver un équilibre entre les différents espaces et tenir compte de la complexité de cet édifice classé», explique Christian Rivola, architecte de l’atelier ribo+, chargé de la rénovation. Nous avons eu un dialogue régulier avec la Commission des monuments, de la nature et des sites, qui voit tout l’enjeu de garder ce bâtiment vivant et non pas vide», ajoute-til. Son aspect extérieur restera identique.

PrC

 

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