Une année avec Joseph

Le pape François a lancé une année saint Joseph le 8 décembre. Un an pour mieux connaître l’époux de Marie et père de Jésus, demander son aide et s’inspirer de son exemple en ce temps de pandémie.

C’est par la lettre apostolique Patris corde (avec un coeur de père), publiée le 8 décembre dernier à l’occasion du 150e anniversaire de la déclaration de saint Joseph comme patron de l’Eglise universelle, que François a donné le coup d’envoi à une année consacrée au père adoptif de Jésus, «pour imiter ses vertus et son élan». Pourquoi lui? Taciturne et travailleur, humble charpentier à Nazareth, il n’a guère d’éclat – d’autant qu’il apparaît peu dans les évangiles. C’est que sa présence discrète auprès de Jésus et de Marie au coeur d’événements contraires nous enseigne l’attention à la volonté de Dieu et le «courage créatif» devant les difficultés.

LA FORCE DES PETITS

Joseph s’est laissé bousculer par Marie, interroger par Jésus, déranger par les événements. «Homme juste», «toujours prêt à accomplir la volonté de Dieu», il a avancé avec courage de surprise en surprise. Cette «figure extraordinaire, si proche de la condition humaine de chacun» rappelle au pape que «tous ceux qui, apparemment, sont cachés ou en ‘deuxième ligne’ jouent un rôle inégalé dans l’histoire du salut». Une histoire écrite aujourd’hui, face à la pandémie, par «des personnes ordinaires, souvent oubliées» qui insufflent patience et espérance: personnel soignant, employés de supermarchés, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses. Joseph fut de ceux-là: il a fait de sa vie un service, disait Paul VI, il a fait à la Sainte Famille «un don total de soi, de sa vie, de son travail», accompagnant Jésus, le nourrissant, lui apprenant à marcher. Pour François, cette figure de la tendresse de Dieu nous enseigne que les desseins de Dieu se réalisent «à travers et en dépit de notre faiblesse». Ainsi notre fragilité, accueillie et mise en lumière par l’Esprit, devient en nos vies le lieu de la miséricorde de Dieu. Joseph l’a vécu: croyant que Dieu agissait aussi à travers ses peurs et sa faiblesse, il lui a laissé le gouvernail de son bateau.

ACCUEILLIR CE QUI VIENT

Cela ne l’a pas empêché d’être préoccupé: par la grossesse de Marie, la vie de l’enfant à sauver, le retour en Israël, le choix de Nazareth. Quatre fois Joseph a eu un songe, quatre fois il a obéi. «Dans chaque circonstance de sa vie, Joseph a su prononcer son ‘fiat’», écrit le pape. Il fut un père dans l’obéissance. Et c’est en exerçant sa paternité qu’il a servi «directement la personne et la mission de Jésus». Joseph fut l’homme de l’accueil inconditionnel: de Marie – «la noblesse de son coeur lui a fait subordonner à la charité ce qu’il a appris de la loi» –, de Jésus, des événements. «Joseph laisse de côté ses raisonnements pour faire place à ce qui arrive et, aussi mystérieux que cela puisse paraître à ses yeux, il l’accueille, en assume la responsabilité et se réconcilie avec sa propre histoire.» Ouvrant son coeur au Seigneur, il a pu «accueillir la vie telle qu’elle est» avec ses contradictions, sa part d’inattendu et de déception. Il a fait place, sans résignation ni colère, à ce qui arrivait et qu’il n’avait pas choisi: accueillie ainsi, «la réalité, dans sa mystérieuse irréductibilité et complexité, est porteuse d’un sens de l’existence». Pour Joseph comme pour nous, «la foi donne un sens à tout événement, heureux ou triste»

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COURAGE CRÉATIF

Joseph, devant les difficultés, a fait preuve d’un «courage créatif» qui savait «transformer un problème en opportunité, faisant toujours confiance à la Providence». Comme Dieu a compté sur lui, il compte aujourd’hui sur nous, «il fait confiance à ce que nous pouvons projeter, inventer, trouver» pour tracer notre route dans un monde bouleversé. De Joseph gardien de Marie et de Jésus nous pouvons, dit le pape, apprendre à aimer l’Eglise et les pauvres. Et de Joseph travailleur conserver, comme Jésus, «la valeur, la dignité et la joie de ce que signifie manger le pain, fruit de son travail». Car la personne qui travaille «collabore avec Dieu lui-même et devient un peu créatrice du monde qui nous entoure». D’où ce cri du coeur: «Aucun jeune, aucune personne, aucune famille sans travail!». Enfin, François salue en Joseph une paternité qui rend «capable de choix, de liberté, de départs», qui «ouvre toujours tout grand des espaces à l’inédit». Une paternité qui est don de soi dans la confiance, décentrement et qui, respectant le mystère de l’enfant, est un «’signe’ qui renvoie à une paternité plus haute». Soulignant qu’«on ne naît pas père, on le devient» non seulement parce qu’on met au monde un enfant, «mais parce qu’on prend soin de lui de manière responsable».

 

Les yeux ouverts

L’année saint Joseph se déroule du 8 décembre 2020 au 8 décembre 2021. «Après Marie, Mère de Dieu, aucun saint n’a occupé autant de place dans le Magistère pontifical que Joseph, son époux», écrit le pape. Qui invite chacun à suivre son exemple face à la pandémie: «Loin de nous, alors, de penser que croire signifie trouver des solutions consolatrices faciles. La foi que nous a enseignée le Christ est, au contraire, celle que nous voyons en saint Joseph qui ne cherche pas de raccourcis mais qui affronte ‘les yeux ouverts’ ce qui lui arrive en en assumant personnellement la responsabilité».

GdSC

 

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