Cardinal Schwery: l’essentiel, c’est d’aimer

Scientifique, enseignant, recteur, évêque, cardinal, Henri Schwery aura presque tout été. «Sauf sacristain», s’amusait-il. Scientifique, enseignant, recteur, évêque, cardinal, Henri Schwery aura presque tout été. «Sauf sacristain», s’amusait-il.

«Si on m’avait dit à 25 ans qu’on me créerait cardinal, j’aurais dit: ‘Vous n’êtes pas fous? Je sais à peine planter les choux!’». Henri Schwery avait le parler simple et l’accent des gens du Valais central.

En 2017, le cardinal avait accueilli Radio Fribourg dans son appartement de Saint-Léonard, dans lequel il avait aménagé une chapelle; le chapelet l’attendait, soigneusement posé sur un prie-Dieu. Il fêtait alors ses 85 ans et ses 60 ans d’ordination. Etre prêtre avait d’abord été «un rêve de gamin» – la croix et la soutane l’attiraient. Puis étaient venues d’autres questions, plus profondes. «Jusqu’au grand séminaire, je ne m’étais pas décidé à être définitivement prêtre, confiait- il à l’émission Coin de Ciel. Mais tant que je n’avais pas la preuve que ce n’était pas ma vocation, je continuais. » Avait-il douté? «A peine. J’ai peut-être plus hésité que d’autres, mais ça n’a pas été un problème fondamental. » Il connaissait l’Eglise, ses travers aussi. La fin de son épiscopat lui laissait une blessure: «On m’a démissionné». Sa démission avait été organisée à son insu, à la faveur d’une courte opération chirurgicale, racontait- il. «Ce qui m’a fait de la peine, c’est que j’ai perdu confiance en certains collaborateurs qui étaient allés eux-mêmes chez le nonce plaider la combine.»

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IL RESTE DU TRAVAIL

«Faire de la morale moralisatrice, c’est de l’intégrisme.»Henri Schwery n’était toutefois pas déçu de l’Eglise, «parce que c’est encore le corps du Christ». Un corps avec des blessures à soigner. En profondeur. Il regrettait que l’application du concile Vatican II n’ait concerné que les structures. «Changer des règlements, bravo! Mais c’est du boulot de gendarme qui contrôle les passants. Ce n’est pas ça l’essentiel.» L’essentiel, c’est ne pas juger. On lui avait reproché d’avoir pris à son service une femme divorcée. «De quel droit irais-je la condamner? Elle est peut-être trois fois plus sainte que moi, avec tout ce qu’elle a enduré comme souffrances », s’exclamait-il. L’essentiel, c’est aimer. «Faire de la morale moralisatrice en donnant des ordres, c’est de l’intégrisme, disait-il. Il y a encore un bout de chemin à faire pour apprendre à parler aux gens, pour leur faire découvrir la qualité, l’importance, la beauté de ce que l’on vit en essayant d’aimer vraiment.» «Ça dépend de tout le monde, mais ceux qui en sont conscients devraient le plus possible semer et encourager», affirmait-il encore. Avant de se reconnaître humblement homme: «J’ai mes faiblesses aussi. Je ne peux pas dire que j’ai fait beaucoup de boulot».

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