Géraldine Savary à la tête de Femina

Géraldine Savary, photographiée ici durant la campagne électorale de 2015, prendra également la tête du magazine Cultura en cours d’année. Géraldine Savary, photographiée ici durant la campagne électorale de 2015, prendra également la tête du magazine Cultura en cours d’année.

Géraldine Savary est la nouvelle rédactrice en chef de Femina. A 52 ans, l’ancienne conseillère aux Etats socialiste revient à ses premières amours: le journalisme. Et un journalisme engagé.

Elle s’installe sur la véranda de son appartement lausannois avec, devant elle, une tasse de café, une mandarine et un paquet de cigarettes. Un chat est allongé presque à portée de main. Du linge est étendu. Géraldine Savary est apaisée, sereine, un an après avoir quitté la politique. «J’ai l’impression que ça fait cent ans», glisse-t-elle.

Il semble loin le temps de l’«affaire Paulsen»; le soutien financier du milliardaire Frederik Paulsen à ses campagnes électorales avait suscité des critiques et de nombreuses publications dans les médias. La pression était forte, sa santé en avait pâti, elle avait décidé de ne pas se présenter aux élections fédérales de 2019. «J’aurai toujours des cicatrices et de grosses balafres, confie l’ancienne vice-présidente du Parti socialiste. Mais il y a aussi eu quelque chose de très tonique à ce départ, comme si un vent froid me portait. Qui pique la peau, qui fait couler les yeux, mais qui porte.»

Elle a quitté Berne après seize années d’engagement politique. En renonçant à présider le Conseil des Etats. Elle a quitté Berne en renonçant peut-être au Conseil fédéral.Et en renonçant peut-être au Conseil fédéral: «Au moment où je suis partie, tout d’un coup beaucoup m’y voyaient. Ce n’était pas aussi évident avant», relève-t-elle toutefois. Elle reconnaît avoir eu cette ambition, «comme tout le monde. Mais ça ne sert à rien de regretter le paradis perdu». Il faut faire le deuil, il semble aujourd’hui fait. Après son départ, Géraldine Savary prend du temps pour elle. Le Conseil fédéral lui confie la présidence de la Commission fédérale de la Poste (PostCom); elle y découvre «un milieu doux, chaleureux et bienveillant». Et elle reprend la plume, pour Heidi.news.

RETOUR AUX SOURCES

Dans une chronique, elle «raconte des gens» de la culture, de la pharma, du sport, de la politique. «J’ai toujours voulu être journaliste, déjà adolescente », se souvient celle qui a frappé à toutes les portes, tenté le concours pour entrer à la radio publique et fait des piges pour des journaux. Et elle l’a été. En 1996, elle devient rédactrice à Domaine Public, d’abord en collaboration avec Claude Pahud. Aujourd’hui éditeur, il se réjouit de la voir revenir dans les médias, vantant sa grande culture littéraire, son écriture, sa réactivité et sa capacité d’empoigner des dossiers costauds.

Les articles de Géraldine Savary à l’époque n’étonnent pas. Culture, écologie, assurances sociales, féminisme, médias: ces thématiques l’accompagnent tout au long de sa carrière politique, qui débute après un passage par la rédaction de L’Evénement syndical – elle est élue au Conseil national en 2003, puis siège aux Etats à partir de 2007. Et ces préoccupations sont toujours les siennes. «Je reste la même, avec le même rapport au monde, le même caractère, les mêmes envies, confirme-t-elle. Ce n’est pas une activité qui nous définit, c’est nous qui définissons l’activité.»

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UN PROJET ENGAGÉ

15AFemina sera une «caisse de résonance pour les femmes».Quand Ariane Dayer, la rédactrice en chef du Matin Dimanche, lui propose de prendre la tête du supplément féminin du dominical, Géraldine Savary annonce la couleur: Femina sera une «caisse de résonance pour les femmes»; Femina parlera toujours de personnalités de l’étranger, mais surtout de femmes inspirantes d’ici; Femina parlera de mode et de consommation, et de durabilité; Femina donnera des recettes de cuisine, en mettant en avant les produits locaux; Femina s’ouvrira aux minorités sexuelles et Femina sera résolument féministe. Et socialiste? «Ce sont des questionnements universels, les partis n’ont pas le monopole des valeurs», rétorque-t-elle, bien décidée à montrer qu’elle peut s’adresser «à toutes les femmes» – et aux hommes, qui représentent 40% du lectorat.

Son sourire s’estompe lorsque l’on évoque son mari, le syndic de Lausanne. Au sein du groupe Tamedia, certains ont accueilli sa nomination avec réticence ne serait-ce que parce que Grégoire Junod est en charge de la culture du chef-lieu vaudois et qu’elle prendra aussi la tête de Cultura, le supplément culturel et télé du Matin Dimanche. Elle reconnaît la légitimité de certaines questions, mais s’agace du fait qu’elles se multiplient pour les femmes: «Quand mon mari est entré en politique, personne ne lui a demandé s’il y aurait des conflits d’intérêt avec sa femme qui siégeait au niveau fédéral». Et, ajoute-t-elle pour rappeler une évidence, «être mariée n’empêche pas de réfléchir».

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UN POSTE EXPOSÉ

La politicienne a pris des coups, la rédactrice en chef en prendra aussi. Elle le sait. Elle sait aussi qu’elle rejoint un groupe de médias qui l’a passablement éreintée il y a deux ou trois ans: «Accepter ce travail, c’est aussi manifester ma liberté, ma capacité de résilience et mon indépendance. Faire la paix n’est pas impossible même après avoir vécu des choses très dures». Et elle sait qu’elle rejoint un secteur en crise. «Les étoiles contraires semblent alignées», constate-t-elle en avouant «une attirance pour les situations compliquées ». Mais elle aime marcher contre le vent. A 52 ans, Géraldine Savary se lance «un dernier défi». Et promet de s’engager pleinement. «Près de 200’000 personnes paient chaque dimanche pour recevoir de l’information, s’enthousiasme-t-elle. Le journal a de la valeur, et le geste des gens qui l’achètent aussi. Je veux rendre honneur à leur curiosité.» 

 

Du déjà-vu

Géraldine Savary n’est pas un cas unique de transfert des médias à la politique. L’ancien conseiller aux Etats PDC Filippo Lombardi avait dirigé le Giornale del Popolo avant d’être élu à Berne. Le socialiste Matthias Aebischer, conseiller national depuis 2011, a travaillé pour la radio et la télévision alémaniques. Et le PLR vaudois Fathi Derder avait été entre autres rédacteur en chef de La Télé avant d’entrer au Conseil national; journaliste à LFM entre la fin de son premier mandat et son retour à Berne, il a aussi dirigé L’Agefi tout en siégeant au Parlement

JeF

 

Elle ne fera pas campagne

Ariane Dayer n’a pas contacté Géraldine Savary par hasard. En 1999, elle lui avait proposé de rejoindre L’Hebdo, dont elle était la rédactrice en chef. Elle l’a par la suite invitée à écrire des chroniques pour Saturne, Le Matin et Le Matin Dimanche.

Pourquoi être allée chercher une ancienne politicienne?

Ariane Dayer: – D’abord parce que c’est une très bonne journaliste. Quand elle écrit, ce n’est jamais blême. Ensuite, elle représente quelque chose de très actuel: le droit des femmes à être la fois battantes et glamour, le droit à la futilité et à la profondeur. Elle est un modèle fort. Elle est aussi une figure socialiste.

Femina va-t-il prendre une couleur politique?

– Non. Elle vient avec sa sensibilité, mais elle ne mènera pas de campagne. Une des conditions était d’ailleurs qu’elle quitte son parti. Et elle ne se mêlera pas des options politiques du Matin Dimanche.

Comment ont réagi les journalistes à l’engagement d’une cheffe ne venant pas du monde des médias?

– Ils étaient bluffés. Avoir quelqu’un d’aussi connu montre qu’on a de l’ambition pour le titre alors que le secteur est en difficulté. Les questions concernaient plutôt son appartenance au PS, son mari et l’«affaire Paulsen».

Justement, les relations entre Tamedia et Géraldine Savary ne semblaient pas bonnes…

– A la fin de sa carrière politique, elle a critiqué les médias. Je l’entends, mais je ne reviens sur rien de ce qui a été écrit. Il est vrai aussi qu’elle est proche de personnes qui ont déposé plainte contre Tamedia, mais son engagement n’a rien à voir avec ces procédures. Et on est tournés vers l’avenir.

 JeF

 

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