Banana république

Cela fait un certain temps que le modèle américain ne fait plus rêver, explique l’historien Ludovic Tournès dans nos colonnes. Au 19e siècle, les esprits baudelairiens n’aimaient ni le puritanisme ni le côté «boutiquier» des Etats-Unis d’Amérique.

Cette vaste boutique devint ensuite une industrie vorace. Ford et Taylor firent des émules. Mais, de ce côté-ci de l’Atlantique, les abattoirs de Chicago répugnaient aux adeptes du boeuf bourguignon. Claudel retint de l’Amérique de 1929 que la crise est consubstantielle à la prépotence de Wall Street. Pas du tout la voie à suivre, donc. C’était avant que l’antiaméricanisme devienne un des lieux communs de l’intelligentsia de gauche. Dans cette longue histoire en rien froide, la guerre du Vietnam pesa de tout son poids de napalm.

Aujourd’hui? Le Capitole a été assailli par une horde de quidams, de déclassés, d’olibrius, d’évangéliques mal inspirés et de groupuscules dangereux. Cette marche pathétique sur Washington conclut quatre ans de présidence américaine sidérante. Donald Trump officie sa piteuse sortie en Néron de pacotille. Sa lyre numérique cesse de déverser son flot de tweets, l’hypocrite méga réseau «social» ayant finalement rayé son compte de 88 millions d’abonnés. Le milliardaire qui voulait redonner la grandeur à son pays a fait bien plus que tordre le cou aux institutions de sa nation. Il les a foulées aux pieds. Et ridiculisé en achevant de s’auto-caricaturer.

Au vu de ses mille et une rodomontades, l’exploit n’a rien d’étonnant. Trump a dangereusement achevé de s’auto-caricaturer.Ce qui l’est, c’est l’entêtement médiatique à répéter le mantra sur «la plus grande démocratie au monde». Face à la réalité du «rêve américain», le réveil semble aussi lent que la descente du mont Rushmore par une tortue à tête de linotte. Cette absence de prise de conscience commence pourtant à durer fâcheusement. Depuis les années 1970, il y a de quoi être interpellé...

Les magouilles du Watergate avec un Nixon à l’état mental préoccupant. La mollesse de Jimmy Carter. L’explosion du quart-monde et l’individualisme monétisé sous Reagan. La première guerre d’Irak menée par Bush père alors que la République impériale est sans rival. La conversion des démocrates de Clinton à la mondialisation et à la dérégulation ultralibérale. La stratégie du chaos dans un Moyen-Orient fantasmé par les néo-républicains de Bush junior. Les drones d’Obama, le charmeur décevant.

Enfin, le carnaval complotiste et narcissique de Trump. La république bananière n’est pas pour une fois située en Amérique centrale. C’est la seule nouvelle divertissante de cette mauvaise série Z qui aurait pu être produite par une Chine raflant la mise. Il est temps de regarder ailleurs. Sous peine de paralysie: le risque est grave quand on est fasciné par le pire en espérant vainement le meilleur.

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