Sion: solidarité à la Maison de la Diaconie

Les bénévoles s’activent pour aider les démunis. Sur place ou à emporter, entre 40 et 60 repas sont servis chaque jour à la Maison de la diaconie. Les bénévoles s’activent pour aider les démunis. Sur place ou à emporter, entre 40 et 60 repas sont servis chaque jour à la Maison de la diaconie.

La Maison de la diaconie à Sion est une oasis de solidarité et de chaleur humaine qui réchauffe le coeur des plus précaires. En cette période difficile, responsables et bénévoles avertissent: la solitude peut tuer. D’où l’importance de prendre du temps avec les plus fragiles.

«La première chose à faire quand on décore un sapin, c’est de placer le luminaire... qui est tout emmêlé! », lâche Lylian devant une dizaine de gamins piaffant d’impatience. «Moi, je fais ça en dernier», nous glisse en aparté une maman venue déposer sa fille de 15 ans et son petit frère au café Verso l’Alto à Sion avant de rejoindre la boulangerie qui l’emploie. Les yeux des enfants brillent devant les boules de Noël qu’ils accrocheront bientôt au sapin, au-dessus de la crèche. Courageuse, la dame qui anime les ateliers du mercredi après-midi tente de démêler la guirlande électrique tout en contenant les élans de joie de son jeune auditoire. Une odeur de soupe à la courge et de biscuits de Noël flotte dans l’air. Le café Verso l’Alto doit son nom au bienheureux Pier Giorgio Frassati (1901- 1925), alpiniste italien engagé auprès des plus démunis qui mourut d’une maladie contractée dans les taudis de Turin. Et dont la devise était «Vers le haut!», en référence à Dieu et aux montagnes qu’il aimait escalader.

VIVRE À LA LIMITE

15C EM52«Ici, c’est le coeur de la maison», avertit Joëlle Carron en faisant allusion à la nouvelle Maison de la diaconie et de la solidarité dont l’évêque de Sion, Mgr Jean-Marie Lovey, lui a confié la garde (voir encadré). Un lieu de vie ouvert à tous, non stigmatisant, où des personnes en difficulté économique ou fragilisées par la vie se mêlent aux clients de passage le temps d’un café ou d’un repas. Au premier étage: une salle de prière, un bureau, une petite cuisine, un lave-linge et un joli salon. Maud Theler, assistante sociale d’une trentaine d’années, y reçoit bénévolement une dame. «Le cadre est différent, moins formel qu’au CMS (Centre médicosocial), explique-t-elle. Les gens ont parfois de la peine à pousser la porte d’un service social. Ici, je ne fais pas du suivi, mais de l’écoute et de l’orientation. Beaucoup vivent à la limite de la précarité et ne savent pas que des aides existent.» Un exemple? «Une femme vivant chichement ne savait pas qu’elle avait droit à des allocations familiales pour son fils âgé de plus de 18 ans mais encore en formation. Elle les a touchées rétroactivement.»

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LA SOLITUDE PEUT TUER

Mais l’essentiel n’est pas forcément là, souligne l’assistante sociale. «Les gens souffrent du manque de contact. Et de l’incertitude qui n’en finit pas. Après des mois sans voir leur famille, certains se réjouissaient de retrouver leurs proches à Noël. Mais même cela a été remis en question par la pandémie.»Nombreux sont ceux qui demandent à voir Maud «juste pour se confier » et échanger quelques mots. «L’aspect économique et la santé physique, c’est important, mais ne négligeons pas la santé psychologique et intérieure», prévient la Valaisanne qui a décidé de mettre ses compétences au service du pôle social de la Maison de la diaconie. Joëlle Carron confirme: «Lors de la première vague, nous avons agi dans l’urgence. En préparant des repas à emporter et en récoltant des fonds pour des bons alimentaires (ndlr: dont 82’000 francs distribués à 88 ménages). Des menus ont aussi été livrés aux personnes âgées qui ne pouvaient plus sortir de chez elles en raison des restrictions sanitaires. Mais avec la deuxième vague, leur santé psychique s’est fortement détériorée. Certains, totalement isolés, ont cessé de s’alimenter, ce qui nous a très vite incités à organiser un service de navette pour aller les chercher».

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La nouvelle structure valaisanne joue plus que jamais un rôle de veille sociale en s’approchant des catégories de la population qui n’apparaissent pas dans les chiffres officiels. Aux femmes seules avec enfants, aux personnes âgées vulnérables et aux bénéficiaires de l’aide sociale que la Maison de la diaconie recevait avant le début de la crise sont venus s’en ajouter d’autres.Comme ces nettoyeuses ayant perdu leurs heures de travail et ces étrangers employés depuis des années dans la restauration et l’hôtellerie n’osant pas demander l’aide sociale de peur que leur permis de séjour ne soit pas renouvelé. «Et aussi, décrypte Joëlle Carron, toute une frange de gens, suisses ou non, vivant de boulots à temps partiel et de gains intermédiaires que la pandémie a plongés dans la misère.»

AUTOS-TAMPONNEUSES EN RADE

Sont aussi en mauvaise posture les forains et les gens du voyage, «qu’on ne voyait guère jusqu’ici demander de l’aide», ajoute la déléguée épiscopale. Elle cite l’exemple de cet homme forcé de payer la location du terrain où il stationne ses autos-tamponneuses sans pouvoir les utiliser, «toutes les fêtes ayant été annulées». Confinement et fermeture, reconfinement et réouverture, plats servis sur place ou à emporter, entretien en direct ou par téléphone... «Désormais, plaisante (à moitié seulement) Philippe, l’un des cinq membres de l’équipe que coordonne J17A EM52oëlle Carron, nous sommes hyper flexibles et parés à toute éventualité.» Avec Josette, Giancarlo, Marie-Aurélie – une Belge de passage en Suisse ayant décidé d’offrir son aide durant quatre mois – et Marie-Jeanne, dite «Mama», reine des fourneaux et du garde-manger au Verso l’Alto, ils font front depuis des mois avec les plus démunis. Soutenus par une armée de bénévoles. Telle Odette, qui déguste la soupe du jour après avoir aidé à préparer les plats à emporter: entre 40 et 60 sont servis quotidiennement pour cinq francs ou gratuitement grâce aux paroisses de Sion. «Nous avons reçu plein de courges cet automne. C’est pratique, elles se conservent longtemps à la cave», assure cette retraitée qui a oeuvré pendant des années chaque mercredi dans les cuisines de l’Hôtel-Dieu avant que l’activité ne se déplace au Verso l’Alto. La tresse servie avec le menu du jour – cervelas, gruyère, salade verte, purée et champignons – vient des invendus du matin. Hussein et Sabri sont là eux aussi, comme chaque mercredi, depuis deux ans. «Nous n’aimons pas rester tout le temps à la maison, assure ce couple de retraités aussi actif que discret. Nous aimons travailler, alors si nous pouvons aider, tant mieux! Il y a beaucoup de problèmes en ce moment; les jeunes peinent à trouver du travail et les vieux sont seuls et malades...» Si Joëlle Carron ne devait faire qu’une demande aux autorités pour soulager les milliers de personnes plongées dans la précarité par la crise sanitaire, celle-ci serait: «Des gens ne paient plus leur loyer, leurs primes maladie et cessent de se nourrir correctement pour éviter d’avoir recours à l’aide sociale... car ils craignent que leur permis de séjour ne soit pas renouvelé! Il faut suspendre cette pratique au moins le temps que cette crise passe et le faire savoir. Cela permettrait d’éviter que des personnes qui vivent en Suisse depuis des lustres en payant leurs impôts et leurs factures soient prises dans la spirale de l’endettement et se retrouvent à la rue».

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Quand toutes les portes s’ouvrent

L’inauguration officielle, le 21 octobre, de la Maison de la diaconie et de la solidarité à la rue de Lausanne 69, en face de l’église de Saint-Guérin, «c’est un peu le kairos de l’Evangile, le temps favorable, résume Joëlle Carron. Toutes les portes se sont ouvertes au bon moment». Nommée déléguée épiscopale de la diaconie valaisanne par l’évêque de Sion en février – une première pour une laïque –, cette Valaisanne a oeuvré durant cinq ans à la tête de l’Hôtel-Dieu, un lieu «un peu caché au 3e étage d’un appartement du centre-ville» et moins accessible que la nouvelle Maison de la diaconie.

CATHOLIQUES ET PROTESTANTS

Né dans le sillage de l’Année de la miséricorde promulguée par le pape François en 2015, ce projet du service diocésain au frère pauvre (le sens du mot diaconie), réactivé par Mgr Jean-Marie Lovey en 2017, s’inscrit dans une tradition oecuménique des oeuvres diaconales. L’Eglise réformée de Suisse, à travers sa Fondation de promotion de la Diaconie et le concours du diacre protestant Mario Giacomino, porte ce projet qui unit dans la charité des chrétiens de confessions différentes. «En 2019, explique Joëlle Carron, l’opportunité de trouver un nouveau toit pour les activités de l’Hôtel-Dieu, en le faisant bénéficier d’un pôle de soutien juridique et de santé, s’est présentée. Grâce (entre autres) à la bienveillance du propriétaire du restaurant Le Bambou, qui occupait les lieux, et dont nous avons repris la cuisine. »

CeR

 

Des soins ambulants

16A EM52Pas de voiture. Ni de quoi se payer un abonnement demi-tarif pour le train, le tram ou le bus. La précarité, on l’oublie, limite la mobilité des individus! Et, par ricochet, l’accès aux soins. Dans les cantons moins urbains, l’isolement couplé au manque d’information peut pousser certaines personnes en galère à renoncer à consulter un médecin. D’où l’idée d’offrir des soins ambulants. Lancé par Aline Pellerin sous le label «Un soin juste» en partenariat avec la Maison de la diaconie, ce projet original a mis trois ans à germer. «Je connaissais la pauvreté en Suisse, mais dans des villes comme Lausanne et Neuchâtel», explique la Vaudoise installée au-dessus de Martigny, au Châble, depuis deux ans.

MONTEZ DANS L’AMBULANCE

Après un examen des besoins par canton, Aline Pellerin, qui travaille pour le service de médecine pénitentiaire de l’Hôpital du Valais au centre de détention de Crêtelongue, remarque que le Valais est l’une des dernières régions romandes à ne pas offrir un accès facilité aux soins de base. «Quand l’opportunité d’acheter à bon prix une ambulance d’occasion s’est présentée, je n’ai pas hésité», raconte l’infirmière qui a effectué des missions pour la Croix-Rouge et Médecins du Monde en Centrafrique et en Grèce – auprès des réfugiés. L’ambulance, réaménagée en véhicule d’habitation, permet de recevoir des patients. «Avec la crise actuelle, les médecins manquent peut-être de temps. Une dame ne parlant pas français a par exemple compris à tort qu’elle avait le cancer... Nous réorientons les personnes en situation de précarité, leur fournissons un soutien administratif et leur proposons des consultations médico-infirmières à un prix symbolique. Les personnes fragilisées pour une raison ou une autre sont souvent perdues face au système socio-sanitaire.» Le véhicule d’Aline sera bientôt stationné à la rue de Lausanne 69. Il pourrait se garer, à terme, dans d’autres régions du canton.

CeR

 

 

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