Avec Alan Roura

L’équipe de La Fabrique avec Alan, au centre, et Aurélia qui porte leur fille Billie. L’équipe de La Fabrique avec Alan, au centre, et Aurélia qui porte leur fille Billie.

Maman d’un bébé de cinq mois, Aurélia Mouraud est l’épouse d’Alan Roura, jeune navigateur genevois parti il y a quelques semaines pour son deuxième Vendée Globe, la course en solitaire à la voile la plus extrême. Heureusement, elle n’est pas jalouse du bateau!

En 2016, le Genevois Alan Roura, benjamin de la course à 23 ans, vivait son premier Vendée Globe, la course à la voile autour du monde en solitaire et sans escale. A terre, au QG de Lorient, Aurélia Mouraud, sa compagne et future épouse, s’occupait presque seule de tout. Cette année, le second Vendée Globe d’Alan, commencé le 8 novembre, a pris une autre dimension avec davantage de moyens, un bateau plus performant et une équipe mieux étoffée. Aurélia, chargée de la communication et des relations avec les partenaires, est épaulée par quatre collègues. Parallèlement, elle doit s’occuper seule d’une autre personne, Billie, leur fille, née le 9 juillet. «Elle dort bien, elle va bien, mais disons que mes journées sont bien remplies, sourit Aurélia. C’est mon Vendée Globe à moi. Je m’adapte.»

LE BÉBÉ DANS LES BRAS

18A EM51Aurélia raconte à quel point ce second départ pour quelque trois mois de solitude a été plus difficile que le premier pour Alan. «Virus oblige, non seulement il n’y avait pas de public, mais même ses parents n’ont pas pu venir. En fait, il n’y avait que moi. Sans compter la séparation d’avec le bébé. Heureusement, à cet âge, Alan ne ratera aucune étape clé de son développement comme la parole et la marche.» Alan évoquait cette séparation avec son humour habituel: « Cela va m’inciter à naviguer plus rapidement pour reprendre le bébé le plus tôt possible dans mes bras». Contrairement à d’autres marins, Alan Roura communique assez peu durant la course: «Les contacts directs ont tendance à me faire plus de mal qu’autre chose». Aurélia confirme: «Alan n’appelle pas beaucoup. On communique par mail, par WhatsApp, on parle boulot pour une part, perso pour l’autre, comme à la maison. Je lui envoie des photos de la petite».

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On a joint Aurélia à Lorient après une dizaine de jours de course. La veille, Alan pestait, scotché au large des Canaries: «C’est hyper dur». Mais pendant la nuit, la situation avait totalement changé. «Alan avance maintenant à 20 noeuds de moyenne, il est au taquet et il aime ça, racontait son épouse. Le bateau est calibré pour les vents violents des mers du Sud. Dans le petit temps, il est moins performant. Chaque bateau a ses points faibles.»

UN BATEAU MODESTE

Pour l’avoir vécu, Aurélia sait à quel point le retour sur la terre ferme sera difficile.En 2016, lors de son premier Vendée Globe, Alan Roura, véritable révélation de la course, avait séduit le public par sa jeunesse, sa fraîcheur et sa joie de vivre, terminant à une excellente 12e place malgré un bateau très modeste. Il a prouvé son talent en battant, l’an dernier, le record de la traversée de l’Atlantique Nord. Cette fois, fort de moyens accrus, il nourrit d’autres ambitions sur «La Fabrique», du nom de son sponsor vaudois. Il espère descendre sous les 80 jours, contre 105 en 2016, et décrocher une place dans les dix premiers. «Ses sponsors ne lui ont fixé aucun objectif, mais il se met sous pression lui-même, relève Aurélia. Il veut montrer qu’il est monté en grade.»

Alan a toujours vécu sur l’eau. Sa petite enfance, il l’a passée sur un bateau ancré au Port Noir à Genève. Puis, de 8 à 19 ans, il a sillonné le monde avec ses parents sur un voilier. En janvier, pour leur voyage de noces, Alan et Aurélia ont d’ailleurs régaté trois semaines dans les Antilles, là où le marin avait passé une partie de son enfance. «C’était vraiment chouette», dit-elle. Ils se sont rencontrés en 2013 en Guadeloupe lors de la Mini Transat alors que, journaliste parisienne, Aurélia était chargée de filmer l’arrivée des étapes. «J’ai vu débarquer Alan tout sourire, tout barbu, avec sa joie de vivre si communicative après trois semaines de mer. Ça a été comme un coup de foudre. J’ai toujours aimé la mer mais, jusque-là, elle était synonyme de vacances pour moi.» Dans une récente interview, Anne le Cam, l’épouse de Jean, l’un des favoris de la course, exhortait les femmes de marins à «rester dans leur vie»: «Ne soyez pas dans l’ombre de l’autre». C’est exactement ce que fait Aurélia. Les projets, quatre ans de préparation en moyenne pour un Vendée Globe, ils les développent à deux, en équipe. «On se complète. Ce projet, on l’a construit ensemble. J’ai mon tempérament, j’existe en dehors de lui. Il me manque, bien sûr, mais je vis bien son absence.»

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LIBRE PAR-DESSUS TOUT

Ce périple solitaire autour du monde, Alan le vit comme une aventure intérieure frôlant la mystique. «On voudrait que le monde s’arrête et que ce moment dure toujours. Seuls ceux qui l’ont fait peuvent comprendre.» Aurélia acquiesce: «Alan aime la liberté plus que tout et en mer il est libre, de ses choix, de tout. Il n’a pas les contraintes de nos vies terrestres. Le Vendée est l’expérience absolue à tous les niveaux». Son bateau, il en parle comme d’un compagnon et non comme d’un objet: «On est liés, je vis les émotions avec lui: quand il a mal, j’ai mal aussi». Madame n’est-elle pas jalouse? La question la fait sourire: «J’ai connu Alan là-dedans, je sais comment il est». N’a-t-elle pas peur face à ces images d’embarcations ballottées par des flots déchaînés? «Je suis tellement concentrée sur mon travail que les émotions ne prennent pas le dessus. Et j’ai confiance en Alan. Mais je ne sais pas comment je réagirais en cas de gros pépin.» Pour l’avoir vécu, elle sait à quel point le retour sur la terre ferme sera difficile. «Dès le lendemain et pour un mois nonstop, il devra enchaîner interviews, conférences et réceptions. C’est extrêmement brutal.» Surtout, comme dit le dicton, que «si le marin est de retour, l’homme est toujours en mer».

Dans une interview accordée à L’Illustré, Alan Roura déclarait: «Tant que je n’aurai pas gagné le Vendée Globe, j’y retournerai». A peine sera- t-il arrivé que le jeune couple se lancera dans un nouveau projet, plus ambitieux. Aurélia reste prudente: «Bien sûr, la voile, écologie oblige, est plus que jamais dans l’air du temps et constitue un investissement très porteur. Mais des marins même connus sont restés sur le carreau. Alors on repartira de zéro sans garantie et on verra bien».

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