Facteurs: la tournée de Noël

Ce matin-là, Jonathan Balet distribue pas moins de 260 paquets. Ce matin-là, Jonathan Balet distribue pas moins de 260 paquets.

Décembre est la période la plus chargée pour les facteurs. Les petites mains du géant jaune l’abordent sereinement après l’épreuve d’un mois d’avril marqué par un boom des commandes en ligne. Reportage à Sion.

«Les paquets sont lourds, je peux les amener jusqu’à votre porte.» Devant le portail d’une maison d’un quartier résidentiel de Sion, Jonathan Balet tient deux colis dans ses bras. Ce jeune facteur valaisan est sur le point d’achever sa tournée du jour: encore un paquet dans une boîte aux lettres, deux autres déposés devant une porte, tous dûment scannés, et c’est fini. Il est un peu moins de 14h30. «Ce n’était pas une journée aussi longue que celle que j’attendais », dit-il en souriant, casquette sur la tête. Au petit matin de ce 1er décembre, premier jour de neige, Jonathan Balet a chargé 260 colis dans son bus. Celui-ci était presque plein, explique le jeune homme en indiquant la hauteur d’un chargement qui n’était pas loin d’atteindre le plafond du véhicule.

NOËL EN AVRIL DÉJÀ

Une tournée d’environ six heures, cela n’a rien d’étonnant. Les commandes faites le vendredi d’actions qu’est le Black Friday (le 27 novembre) s’ajoutent à celles passées en prévision des fêtes. C’est déjà la période de Noël pour La Poste. «Les commandes en ligne sont toujours plus nombreuses», ajoute le postier qui en est à son cinquième hiver en gris-jaune. Jonathan Balet est serein. Plus qu’au printemps.

En avril, le nombre de colis délivrés a bondi de 40% par rapport à l’année précédente. Le semi-confinement a accru la hausse attendue, tout comme le télétravail. «On ne s’est jamais sentis aussi utiles que pendant cette période-là: on livrait des écrans, des imprimantes», raconte Jonathan Balet, nullement gêné par le froid. «Ce n’est plus un souci, rigole-t-il d’ailleurs. On a vite chaud en travaillant, même quand il neige!»10B EM51

Avril c’était comme Noël, mais en pire. La situation a surpris La Poste, comme tout le monde. Les heures se sont accumulées à raison de 30 à 40 minutes de travail supplémentaire par jour, évalue le jeune facteur dont le téléphone sonne. Il relève la solidarité entre facteurs – ceux qui s’occupent du courrier ont aussi distribué des colis – avant de répondre: c’est justement un collègue qui veut savoir s’il a besoin d’aide pour terminer sa tournée.

11A EM51D’autres employés de la Poste se sont joints à l’effort ce printemps, complète Laurent Savary, responsable communication pour la Suisse romande: «Des gens de l’administration ont donné un coup de main sur le terrain. Des collaborateurs des ressources humaines et de l’informatique sont allés travailler dans des centres de tri ou ont livré des entreprises avec leurs propres véhicules».

LE DÉFI DU PRINTEMPS

Si avril fut plus dur que Noël, c’est qu’à Noël La Poste peut s’organiser: elle suspend les vacances dès la fin novembre et raccourcit le parcours des facteurs en créant 400 nouvelles tournées grâce à la location de 300 véhicules supplémentaires et à l’engagement de 800 travailleurs temporaires. Ceux-ci sont aussi engagés dans les centres de tri, qui tournent également le samedi – comme la distribution de colis. «On planifie longtemps à l’avance, on sait quels secteurs renforcer», relève Laurent Savary. La Poste a appliqué le même schéma en avril, avec néanmoins un problème de taille: le personnel. Même si l’entreprise avait déjà commencé à engager pour faire face à la progression dans le domaine des colis. «Il y avait le paramètre de la santé à prendre en compte, souligne le porte-parole. Nous avions des personnes à risque, des personnes malades, d’autres qui devaient rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants. Sans compter les vacances qui avaient déjà été accordées.»

«On ne s’est jamais sentis aussi utiles qu’en avril.»Durant ce mois d’avril, un pic a été atteint: les facteurs ont livré un nombre record de colis en Suisse romande. L’épreuve a été passée avec succès – quelques jours après ce reportage, le traditionnel sondage commandé par La Poste a montré que les Suisses attribuent une note de 91 sur 100 au personnel de distribution. «Les facteurs sont restés, ils ont fait leur travail, souligne Laurent Savary avec fierté. On avait peut-être oublié le rôle et l’importance de La Poste, comme d’autres métiers d’ailleurs.»

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!



La satisfaction des clients ne s’est pas exprimée qu’au moment de l’enquête menée par le géant jaune même si les facteurs n’ont pas eu droit aux ovations aux fenêtres et aux balcons à 21h. «Les applaudissements, c’est bien joli, mais nous on avait les mots des clients à l’interphone ou à la fenêtre, se souvient Jonathan Balet. C’est gratifiant. On a aussi eu des mots sur les boîtes aux lettres, des bouteilles, du chocolat, des choses qu’on reçoit d’habitude en hiver. Ça a mis du baume au coeur.»

Le facteur remonte dans son bus. Il va déposer dans un office près de la gare de Sion les colis que personne n’était là pour réceptionner. Ce sera ensuite la fin de sa journée, commencée à 6h au nouveau centre de tri de Vétroz.

INFRASTRUCTURE FLAMBANT NEUVE

11B EM51Mis en service fin août, celui-ci a coûté près de 60 millions de francs. C’est la version postale de la chocolaterie de Willy Wonka, de la machine à poulet de L’Aile ou la cuisse et des trains électriques du Kaeserberg. Des machines scannent les étiquettes des paquets qui circulent sur des tapis roulants les emmenant vers une bande centrale. Tout est automatisé, sans bousculade: les tapis ralentissent, s’arrêtent si nécessaire, déposent les uns après les autres les colis qui finissent leur voyage sur des sortes de toboggans (sans glissade) au bout desquels les facteurs viendront chercher leur chargement.

L’installation fonctionne de 14h30 à 4h du matin, heure du départ des camions pour les vallées latérales. Elle peut traiter jusqu’à 8000 colis par heure, un plafond qu’elle n’a pas encore atteint. Mais elle est déjà montée à 7400. «On planifie un test des capacités de la machine dans les semaines à venir, mais ça va se faire tout seul», constate Thomas Salzmann.

Noël qui approche n’effraie pas le responsable du centre, trente ans de métier derrière lui. Il griffonne un schéma: les achats ne se concentrent plus sur les derniers jours, mais s’étalent sur l’entier du mois de décembre. Les chiffres de l’année en cours (+23% en moyenne jusqu’à fin octobre) et les prévisions l’invitent néanmoins à annoncer «un pic jamais vu, supérieur à celui d’avril».

LA MENACE DES ABSENCES

Des pas se font entendre dans le couloir. «Il y a beaucoup aujourd’hui ?» lance Thomas Salzmann à Stephan Mischler, le responsable du tri, qui passe devant la porte de son bureau restée ouverte: «C’est Noël, c’est normal », répond-il. Thomas Salzmann sourit. Il n’est pas inquiet. Mais il n’oublie pas le coronavirus: la situation, certes, s’améliore en Valais, mais, comme toutes les autres, l’entreprise est sous la menace de quarantaines.

13A EM51«Il y a beaucoup aujourd’hui?» «C’est Noël, c’est normal.»Ce 1er décembre, quatre employés sont absents à Vétroz. Il en a manqué jusqu’à 18 pendant la deuxième vague. Que faire si cela se reproduit? «Sur un jour, on peut réunir des tournées, affecter des apprentis et du personnel de bureau à la distribution», jauge le Haut-Valaisan. «On pourrait tenir quelques jours. On pourrait engager des intérimaires, la formation est rapide, confirme-til, lui qui, quelques instants plus tôt, s’occupait justement de former huit personnes. Mais on courrait après le temps.»

13B EM51Dans le centre de Vétroz, en cette fin d’après-midi, des employés trient certains paquets manuellement. Des cartons de vin, trop fragiles. Des VTT, trop grands pour la machine. Des sapins de Noël attendent d’être livrés. «Sans doute pas les paquets préférés des facteurs», plaisante Thomas Salzmann. On reconnaît les couleurs d’une boutique de vêtements en ligne sur de nombreux colis. Les facteurs ont livré, le 1er décembre, 40’000 paquets entre Oberwald, dans le Haut-Valais, et Villeneuve – le reste de la Romandie est livré de six autres centres. Sur l’entier du pays, environ 900’000, selon La Poste. Dont les 260 de Jonathan Balet qui a, au terme de sa tournée, porté un poids cumulé de 2 à 2,5 tonnes en manipulant ses paquets. 

Articles en relation


Sur les pas de Joseph

Noël est là avec ses lumières dans les rues, des sapins et des crèches dans nos maisons, et nous nous apprêtons à nous retrouver en famille. Pour faire de ce jour un jour de fête malgré tout.


Saint silence

La sidération s’accompagne d’un silence assourdissant. Abasourdis, nous sommes aphones, impuissants à donner un sens à l’imprévisible. C’était le cas en mars suite à l’irruption de ce fichu virus planétaire.


Trait libre: Tous vulnérables

Vulnérable. A peine né, Jésus est menacé de mort par Hérode le Grand, raconte l’évangéliste Matthieu. Ayant appris par des mages la naissance à Bethléem du «roi des Juifs», n’étant pas l’héritier légitime du trône de David et craignant un futur rival temporel, le roi de Judée fait ardemment rechercher cet enfant bien encombrant.

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!