Les Covid du Pape François

Pour le pape François, l’avenir a les couleurs de l’espérance. Pour le pape François, l’avenir a les couleurs de l’espérance.

Son titre est tout un programme. Si Un temps pour changer livre les réflexions inspirées au pape François par la Covid-19, il est surtout un puissant appel à vivre l’aujourd’hui, tragique et incertain, comme une occasion de se convertir pour bâtir un monde fraternel.

39A EM50Un pape qui invite à rêver, cela fait du bien. Dans son dernier livre, Un temps pour changer. Viens, parlons, osons rêver…, né de conversations avec le journaliste britannique Austen Ivereigh, François livre les pensées que lui inspire un monde chamboulé par la Covid-19. Il invite à s’interroger: ce «temps d’arrêt» n’est-il pas une chance pour cesser de courir après le profit, mortifère pour la planète et les pauvres, et retrousser ses manches afin de construire un monde où tous ont accès à la terre, à un toit et à un travail? N’est-il pas urgent de proposer une alternative au modèle économique actuel qui valorise l’expérience et les qualités de chacun? «Est-ce qu’on s’occupe des personnes ou est-ce qu’on les sacrifie sur l’autel de la finance?», lance le pape. Pour François, il s’agit de tirer de la crise de la Covid-19 quelque chose de neuf, de «revoir et modifier nos rôles, nos habitudes afin d’en sortir meilleurs» et permettre «le seul changement possible, celui qui ne naîtra que de la compassion et du service».

S’OUVRIR À L’ESPRIT

Pour cela, ouvrons-nous aux surprises de l’Esprit et laissons-nous enseigner. Laissons-nous toucher par la douleur des autres et opposons à «une culture du déchet» «une culture du service», au «virus de l’indifférence » l’ouverture «aux nouveautés que Dieu nous offre», ces «débordements » qui font sauter «les digues de notre pensée». «Nous n’avons pas de réponses toutes prêtes, écrit le pape, mais nous sommes confiants que le Seigneur nous ouvrira des portes.» Cette crise révèle les injustices envers les petits et les failles de nos systèmes, basés sur l’individualisme et «la soif effrénée de richesse et de pouvoir»; elle «démasque notre vulnérabilité ». Elle nous dit «que nous avons besoin les uns des autres, que nous sommes à la fois responsables les uns des autres et envers le monde». «La Covid-19 est notre ‘moment de Noé’», nous sommes en chemin vers «l’arche de l’amour et d’une appartenance commune».

LE REGARD DES PÉRIPHÉRIES

Trois temps rythment ce texte: un temps pour voir, un temps pour choisir, un temps pour agir. Il s’agit en premier lieu de «sentir le besoin, discerner la voie à suivre et établir un consensus pour l’action», de «réimaginer notre monde». Puis «il nous faut voir clair, bien choisir et agir correctement», écrit le pape, qui décline ces trois attitudes au fil des chapitres dans un style direct, en «tu». En compagnon de chemin qui s’interroge avec le lecteur. Premier temps: «Voir le monde tel qu’il est», nous ouvrir à la réalité pour la laisser nous parler, et pour ce faire «aller aux périphéries de l’existence». Nous découvrons ainsi «de nouvelles formes de proximité» comme «l’apostolat du téléphone» et des «saints ordinaires», tout entiers dévoués aux malades. Invitation à relire nos Covid personnelles comme autant de moments favorables au changement.

DISCERNER LES CHEMINS DU BIEN

Deuxième temps: le choix. Discerner «les chemins du bien qui mènent à l’avenir», à l’écoute de l’Esprit et de la volonté de Dieu, pour «naviguer dans des contextes changeants». Avec des critères solides: des valeurs – la vie, la nature, la dignité de la personne, le travail, la relation –, les Béatitudes; la doctrine sociale de l’Eglise, qui affirme avec force l’option préférentielle pour les pauvres, le bien commun, la destination universelle des biens, la solidarité et la subsidiarité. Pour François, pas de certitudes absolues en tout, mais une approche de la vérité qui tient à la fois de l’assentiment et de la recherche. Pas de pensée rigide qui bloque l’action de l’Esprit. Il nous faut «discerner les signes des temps» pour «comprendre le sens du changement» et accueillir ce qui vient de Dieu. Le choix fondamental? La fraternité contre l’individualisme, la pluralité contre l’uniformité, «l’union des coeurs et des esprits» contre la «conscience isolée», l’humilité contre la présomption, le dialogue contre la polarisation. Dans l’Eglise, la synodalité, pour dépasser les «désaccords paralysants» et bâtir une Eglise à l’écoute des autres et de l’Esprit qui «recherche la volonté de Dieu en permettant aux différences de s’harmoniser».

L’ODEUR DES QUARTIERS

Troisième temps: l’action. Agir «pour restaurer la dignité de nos peuples, retrouver notre mémoire et nous rappeler nos racines». Cela suppose de retrouver «notre sentiment d’appartenance» à un peuple. Car pour le pape, l’action s’inscrit dans des valeurs communes: lutte pour la vie et la Création, solidarité, justice, sens du travail. Et l’Eglise, peuple de Dieu «incarné dans tous les peuples de la terre», a vocation de servir tout homme pour restaurer sa dignité. Le pape appelle de ses voeux des politiciens «qui portent en eux l’odeur des quartiers qu’ils servent». Et une économie «qui place la dignité humaine, l’emploi et la régénération écologique au centre de ses préoccupations». Car les réformes ne se feront qu’avec «tous ceux qui sont concernés, dans le respect de leur culture et de leur dignité». Et «la route des périphéries géographiques et existentielles est la route de l’Incarnation: Dieu a choisi les périphéries». C’est d’elles que viendra le changement, des mouvements populaires qui sont «les semeurs d’un nouvel avenir». Un avenir fraternel qui exige de quitter «la culture du selfie», de «regarder les yeux, les visages, les mains et les besoins de ceux qui nous entourent; et ainsi trouver aussi nos propres visages, nos propres mains pleines d’opportunités». Car «nous ne sommes pas nés simplement pour la connexion, mais pour l’échange». 

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Les Covid de François

Un temps pour changer est un texte au ton très personnel. On y découvre un homme qui s’est laissé interpeller et instruire par les événements. Il y évoque notamment ses «trois Covid»: la maladie, «ma première expérience de la limite, de la douleur et de la solitude» qui «a changé ma façon de voir la vie» et appris à «dépendre de la bonté et de la sagesse des autres»; ses études et ses recherches pour sa thèse en Allemagne: «Je me sentais comme une cheville carrée dans un trou rond», aux prises avec «la solitude du déracinement»; l’exil dans la ville argentine de Cordoue, «véritable purification» qui lui a donné «une plus grande tolérance, une meilleure compréhension, une capacité de pardon et une empathie renouvelée pour les faibles et les sans-pouvoir».

GdSC

 

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