Maradona: le céleste numéro 10

Mexico, 22 juin 1986. Maradona est décédé le 25 novembre d’une crise cardiaque à l’âge de 60 ans. Mexico, 22 juin 1986. Maradona est décédé le 25 novembre d’une crise cardiaque à l’âge de 60 ans.

Il a rendu Naples folle, les Argentins encore plus orgueilleux et les amoureux du ballon rond baba de ses gestes géniaux. Diego Armando Maradona s’en est allé au ciel, lui qui avait la foi et se savait pécheur. Avec sa disparition, les années 1980 sont mortes et un certain football enterré.

Quand Maradona est arrivé devant saint Pierre le 25 novembre, le gardien du paradis lui avait déjà pardonné «la main de Dieu» – pour le reste, le secret de la confession demeure. Dans cette expression facétieuse, débordante d’à-propos et de culot se condense la personnalité du footballeur argentin. La spontanéité de l’homme du peuple. La malice du gosse des bidonvilles de Buenos Aires. L’ingénuité désarmante de celui qui veut réaliser son rêve de gamin: brandir la Coupe du monde. Par amour pour le ballon, le maillot, la patrie.

Il faut tout cela, et ce qui s’ensuit, pour se faire pardonner une telle action, antisportive, lors de ce quart de finale mythique, le 22 juin au stade Azteca, de la Coupe du monde 1986, la plus belle. D’abord ce goal irrégulier de la 51e minute marqué «un peu avec la tête de Maradona et un peu avec la main de Dieu», confie son auteur suite au match gagné contre la perfide Albion qui a châtié la junte argentine quatre ans plus tôt lors de la guerre des Malouines. Ensuite, quatre minutes plus tard, le «goal du siècle», quand Diego drible quasiment la moitié de l’équipe anglaise au terme d’une chevauchée inouïe de dix secondes initiée dans son camp. «

SAINT» NAPOLITAIN

Sept jours plus tard, l’Albicéleste dément le proverbe de Gary Lineker selon lequel «à la fin c’est l’Allemagne qui gagne». L’Argentine hisse la coupe, Maradona devient le dieu vivant de la planète foot. Il l’est déjà à Naples. La cité parthénopéenne l’a accueilli en 1984 tel le divin enfant prodigue. Le rapport de Diego avec l’Italie, surtout avec le Mezzogiorno délaissé, est riche d’un inconscient clamoroso. Le Sud reconnaît en lui un cousin jadis émigré en Amérique, un lointain parent au génie et au retour inespérés.

Des dribbles incroyables, un sens inné du jeu, une facétie désarmante...Auparavant, El Pibe de Oro n’a pas pris racine à Barcelone, trop riche pour qu’il s’y épanouisse. «Le gamin en or» préfère épouser corps et âme Naples, sa ferveur, ses misères, ses ombres aussi. La Camorra rôde autour de Maradona. Drogue, alcool, fêtes, femmes, enfants reconnus, illégitimes. Tout cela, on le sait sans vraiment connaître les détails et les aléas. Quoi qu’il en soit, Diego doit à Naples ses plus belles années. En retour, il lui offre deux titres de champion d’Italie, ses deux seuls scudetti à ce jour, dans le championnat alors le plus grand au monde, et de loin, où les clubs du Nord dominent avec Platini, Boniek, Rummenigge, van Basten et Baresi. Grâce à lui, les pauvres relèvent la tête. La créativité individuelle, la sienne s’articulant avec les besoins d’une équipe, fissure enfin un football bétonné. C’est le rachat de Naples. Maradona en est l’artiste baroque insaisissable, chef d’orchestre en crampons et électron libre aux cheveux en bataille.

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L’Argentin quitte pourtant l’Italie en 1991 suite à une suspension, un contrôle positif à la cocaïne. Les autorités du football l’ont dans le viseur. Elles ne l’ont jamais aimé. Elles essaieront de le séduire. Diego les a fréquentées sans jamais vraiment dire quelque chose de tendre à leur sujet. Dès lors, son chemin suit son déclin entrecoupé de coups d’éclat à l’exemple de son but rageur au Mondial américain.

On le dit trop cher, plus en forme, ingérable. Surtout, les temps changent. Le foot aussi. Maradona est d’un monde où les clubs n’avaient pas le droit d’avoir plus de trois étrangers dans leur contingent. L’arrêt Bosman, en 1995, change la donne, désormais ultralibérale. A ce moment, Maradona ne fait plus de passes et de gestes techniques ahurissants.

DÉBOIRES ET FIDÉLITÉ

Il va prendre sa retraite sans craindre le pathétique. Il anime des émissions de variété éphémères. Il joue à l’otarie avec une balle de tennis. Il entraîne des équipes de seconde zone. Il se retrouve à la tête de l’équipe d’Argentine en 2008 parce qu’il s’appelle Maradona. Cela ne donne rien. Il occupe les faits divers pour ses cures de désintoxication, son tour de taille, ses visites dans le Cuba de Fidel Castro et le Venezuela de Hugo Chavez. Le réduire à ses vices autodestructeurs est néanmoins trompeur. Aujourd’hui, des centaines de millions de gens le pleurent. Parce que Diego était un extraterrestre du gazon. Resté lui-même envers et contre tout. Ça, chacun le sentait, le savait.

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Maradona ne faisait pas de ronds de jambes, mais des dribbles incroyables avec un sens inné du jeu, un pur bonheur. Franc, simple, il serrait les mains, causait, se fichait du langage policé, calculé, calibré. Il était d’un autre siècle, d’une décennie où les stars du foot jouaient en cuissettes, n’avaient pas des plaques de choc en guise d’abdos et où le geste génial jaillissait de nulle part – d’abord de ses pieds.

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