Création en survie

Aucun secteur n’est épargné par les conséquences sociales et économiques du coronavirus. On sait combien les restaurateurs et les petits commerçants souffrent. Il en est de même pour la culture, qui recouvre un large éventail de réalités, de métiers et de pratiques différentes (lire l'interview d'Isabelle Chassot et notre rétro).

Un auteur oeuvre avec son imaginaire et un stylo. Covid-19 ou non, sa condition, dans le silence et le secret de l’écriture, n’est pas celle d’une troupe de comédiens qui prépare son spectacle sur les planches. Un bédéaste penché sur ses bulles et ses cases ne dessine pas comme un ténor qui tonne à l’opéra. Aujourd’hui, ces vies-là sont en survie, certaines sous perfusion, menacées, en premier lieu les arts vivants et le monde de la nuit.

Quelle que soit la forme prise par l’une ou l’autre des expressions culturelles, elles ont toutes besoin du public, du contact, de l’échange. D’un partage réel. Nous sommes des êtres charnels quoique notre époque astigmate ait les yeux de Chimène pour le virtuel. Les pensées ne sont rien sans leur incarnation. Les rêves n’ont pas voix au chapitre si les trémolos ne s’élèvent d’une gorge éplorée. La culture est une affaire physique. Elle n’existe pas dans un idéal brumeux. Elle a besoin de sous.

Les pensées et les émotions ne sont rien sans leur incarnation.Certains Suisses le réalisent avec cette crise qui n’est pas que sanitaire, un adjectif qu’on a de plus en plus dans le nez. D’autres relativisent l’influence prêtée aux «acteurs culturels» dans la conduite d’un monde qui boite dangereusement. Ce qu’on observe aussi, c’est à quel point les envahisseurs de l’univers numérique ont boulotté du terrain depuis mars. Vendre leurs «produits culturels» a été leur souci exclusif, sonnant et trébuchant.

Ce qui est également désagréablement sonore en cette année 2020, ce sont les mots éclos dans le flot des courbes médicales et des oracles virologiques. On l’oublie trop souvent: le langage est le socle de la culture. Une fois de plus, notre beau français a été contaminé non par le pangolin, qui a enrichi notre connaissance de nos amies les bêtes (moins que nous pour le coup), mais par une grêle de termes laids et impropres.

Distance sociale au lieu de physique. Click and collect plutôt que commande à emporter. Le cluster s’est substitué au foyer de contagion. Quel tour de passe-passe! Longue est la liste des anglicismes fermentés dans la pandémie mondialisée du globish. Ils sont aussi malvenus que la Covid-19. A quand le télétravail pour les marionnettistes? A l’ère des apéros Skype et autres dévoiements ridicules, on mésestime les vertus du bâton de Guignol, émanation de la culture populaire. Usons-en comme il se doit. Avec le soin du gourdin. Rosser est un verbe délicieux. Lui substituer trash serait une faute de goût de trop dans une année mortelle pour la création vivante. 

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