Un moine évêque

Mgr Bernard- Nicolas Aubertin a été Père Blanc, abbé de Lérins, évêque de Chartres et archevêque de Tours. Mgr Bernard- Nicolas Aubertin a été Père Blanc, abbé de Lérins, évêque de Chartres et archevêque de Tours.

Mgr Bernard-Nicolas Aubertin a porté plusieurs mitres en France et supervisé la traduction du nouveau missel, dont l’introduction prévue cet Avent a été reportée. Aujourd’hui retiré à Fribourg, il rêvait, jeune homme, de désert et de silence.

Il apparaît à sa fenêtre de l’abbaye de la Maigrauge pour nous saluer avant de se prêter au jeu des photos. A 76 ans, Bernard-Nicolas Aubertin a conservé la voix douce et réfléchie, la simplicité et le sourire calme des moines. Archevêque de Tours il y a un peu plus d’un an encore, il est aujourd’hui l’aumônier des cisterciennes de la Basse-Ville de Fribourg. Il apprécie cette retraite rythmée par les laudes et les vêpres: «C’est un bon compromis. J’ai quelques libertés et je retrouve le cadre monastique».

L’ATTRAIT DU DÉSERT

33B EM48Sa vocation n’est, de son propre aveu, pas particulièrement précoce. Elle lui vient lors de sa dernière année d’études secondaires, à une époque où l’on met au jour les fresques du Tassili dans le Sahara. Il découvre les écrits du Père Voillaume qui se trouve en Algérie parmi les musulmans. «Cela faisait travailler mon imagination», raconte-t-il, également influencé par la spiritualité de Charles de Foucauld. Alors il entre chez les pères missionnaires. Après son noviciat il est envoyé dans les montagnes de Kabylie où il enseigne le français et l’anglais à de jeunes Algériens. Le Père Aubertin n’a oublié ni le lait en poudre donné par les Américains ni l’accord avec un boulanger pour obtenir du pain en échange de farine. «On mangeait tout juste à notre faim, se souvient- il. Les élèves faisaient des kilomètres à pied. Ils étaient une quarantaine en classe, mais on ne connaissait pas de problèmes de discipline: ils voulaient donner le meilleur d’eux-mêmes. »

LA VIE MONASTIQUE

Après deux ans on l’envoie étudier la théologie à Strasbourg et à Rome et l’islamologie à l’Institut pontifical d’études arabes. Il est ensuite brièvement prêtre dans le diocèse du Sahara (il est ordonné en 1972) avant d’être rappelé en France. A Paris, il accueille et accompagne de jeunes migrants venus du Maghreb, du Vietnam, d’Anatolie et de Yougoslavie. Il laisse de temps à autre le ciel gris de la capitale pour des retraites à l’abbaye de Lérins, qu’on lui a recommandée. Il se rend huit années de suite dans cette communauté établie sur une île au large de Cannes. En 1982, il décide d’y rester. «Cette vie n’était pas tellement éloignée de ce que je souhaitais, explique- t-il. C’était un autre type de désert avec du calme, du silence, la prière. » En 1989, un an seulement après son engagement définitif chez ces cisterciens, il est élu Père abbé.

L’APPEL

«Le dernier moine devenu évêque en France, c’était avant la Révolution!»L’abbé Bernard-Nicolas a une ligne téléphonique dont peu connaissent l’existence. Elle sert de lien direct avec le Conseil général de l’ordre de Cîteaux. Un soir de 1998, le téléphone sonne: «On me demande si je suis le Père Aubertin, alors que personne ne m’appelait comme ça. Puis si je suis seul et si l’on peut me parler. C’était le nonce. Je me suis dit qu’il devait y avoir un problème énorme». Mais l’abbé se rend tout de même en Italie, où il doit visiter un monastère dépendant de Lérins. Quelques heures après son retour, il est chez le nonce qui lui parle «de la pluie et du beau temps» avant de lui annoncer qu’il est nommé évêque de Chartres. Le Père Aubertin est stupéfait. «Le dernier moine devenu évêque en France, c’était avant la Révolution», rappelle-t-il. Il formule quelques objections, relève qu’il n’a jamais été curé. «Le pape vous nomme évêque, pas curé», s’entend-il répondre. Il accepte, et son ministère prend une autre dimension.

LA MÊME LIGNE

Devenu Monseigneur, Bernard-Nicolas Aubertin passe d’une communauté d’une «petite quarantaine de personnes» à un diocèse de 350’000 habitants. «J’ai eu la chance d’avoir deux vicaires généraux bienveillants qui ont su me guider et m’initier à la vie de diocèse, apprécie-t-il. Rencontrer et écouter les prêtres et les responsables laïcs m’a aussi beaucoup aidé.» Il continue de suivre la règle de son ordre, celle de saint Benoît, qui recommande à l’abbé de tout faire avec conseil. Il conserve aussi sa devise abbatiale, «Par le lien de la paix»: «Dans notre communauté il y avait une vingtaine d’anciens et une vingtaine de jeunes. Mon travail était de faire le lien entre les générations, de maintenir l’unité. Et Dieu sait que les divisions peuvent venir facilement!» Sa devise garde toute sa pertinence dans le diocèse de Chartres puis dans l’archidiocèse de Tours où il est nommé en 2005.

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RETOUR AU CALME

Atteignant l’an dernier la limite d’âge de 75 ans, il présente sa démission au pape qui l’accepte. Il sait déjà où il passera sa retraite: à la Maigrauge, sur invitation de l’abbesse. C’était l’un de ses lieux de vacances au cours des vingt dernières années (avec l’hospice du Grand-Saint-Bernard et le monastère de Géronde, en Valais). Celui qui rêvait de désert se retrouve ainsi, à l’autre bout de son parcours, au coeur des Préalpes. «Les choses se sont rarement passées comme je le prévoyais, résume-t-il. Je n’étais pas entré à Lérins pour devenir Père abbé et je n’étais pas devenu Père abbé en pensant être évêque un jour.» Mais pense-t-il à la pourpre cardinalice qu’ont revêtue plusieurs de ses prédécesseurs à Tours? «Oh non, ce n’est pas une préoccupation», répond-il sans l’ombre d’une hésitation. Le calme de la Sarine, au pied de la route qui mène au sanctuaire marial de Bourguillon, lui convient davantage que les remous du Tibre.

 

Retard du nouveau missel

Mgr Aubertin a aussi présidé la Conférence épiscopale francophone pour les traductions liturgiques. Dans cette fonction, il a supervisé les travaux de traduction du nouveau missel romain, dont l’introduction a été reportée. De nombreuses formules rituelles auraient dû être modifiées en ce début d’Avent (on suppliera par exemple «la bienheureuse Vierge Marie» dans l’acte pénitentiel et, dans le Symbole de Nicée-Constantinople, le Fils sera «consubstantiel au Père »). Elle ne le seront finalement que dans un an. Cela doit permettre aux pays francophones d’adopter le nouveau missel en même temps, tous n’ayant pas encore reçu la confirmation de Rome (bien que le texte soit commun, l’approbation se donne séparément).

JeF

 

 

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