Haut-Karabakh: le cessez-le-feu qui déchire

En Arménie, les protestataires demandent la démission du Premier ministre Nikol Pachinian et de son gouvernement. En Arménie, les protestataires demandent la démission du Premier ministre Nikol Pachinian et de son gouvernement.

Le cessez-le-feu imposé par Moscou entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie lundi 9 novembre est vécu comme une trahison à Erevan, où la révolte gronde contre le Premier ministre, Nikol Pachinian.

Bakou récupère sept districts qui lui échappaient depuis les années 1990.L’Arménie, grande perdante du cessez-le-feu imposé lundi 9 novembre par Moscou pour clore six semaines de combats meurtriers dans le Haut-Karabakh, se révolte contre son Premier ministre, Nikol Pachinian, accusé d’être un «traître à la nation ». L’Azerbaïdjan, lui, se félicite de l’accord. Sur le terrain, la paix russe s’impose. Selon un communiqué du général Sergueï Roudski, dès mercredi 11 novembre, les premiers contingents russes (ils seront 2000 soldats à terme) ont pris le contrôle du corridor de Latchin, le cordon ombilical reliant l’Arménie à la région séparatiste du Haut-Karabakh, comme prévu par l’accord de fin des hostilités. Celui-ci prévoit aussi que Bakou récupère sept districts qui lui échappaient depuis les années 1990 ainsi que la ville de Choucha (Chouchi pour les Arméniens). Un lieu stratégique, car situé entre l’Arménie et Stepanakert, la capitale du Haut-Karabakh.

LES ARMÉNIENS PROTESTENT

Mais les Arméniens redoutent surtout de perdre le contrôle d’un autre corridor qui relie l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan, le long de la frontière avec l’Iran au sud de l’Arménie, ce qui accentuerait l’enclavement et l’étouffement de l’Arménie. «Ce cessez-le-feu est clairement une capitulation en rase campagne de l’Arménie », confirme Tigrane Yégavian, chercheur associé au Centre français de recherche sur le renseignement. Et le Premier ministre Nikol Pachinian pourrait en faire les frais. «Son pouvoir ne tient plus qu’à un fil», dit encore le chercheur. La semaine dernière, l’opposition arménienne a mobilisé ses troupes dans les rues d’Erevan contre lui. La police arménienne a riposté en procédant à de nombreuses arrestations de manifestants de l’opposition. Le Premier ministre se défend d’avoir pris seul la décision de signer l’accord et soutient qu’il y avait un consensus au sein de l’armée pour arrêter les combats. «Un climat de discorde malsain règne à Erevan où l’on cherche un bouc émissaire, poursuit Tigrane Yégavian. La seule voie de sortie, ce sont des élections législatives anticipées.»Mais, selon lui, Nikol Pachinian n’est pas le seul à devoir endosser la responsabilité de cet échec militaire. Il a hérité d’une situation catastrophique et d’un pays exsangue avec une armée mal préparée à affronter l’Azerbaïdjan, équipé notamment de drones fournis par les Turcs.

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LES AFFINITÉS DE POUTINE

Parmi les opposants au Premier ministre, son ennemi juré, Robert Kotcharian, proche du Kremlin. Dès son arrivée au pouvoir en 2018, Nikol Pachinian avait lancé une croisade tous azimuts contre la corruption des précédentes élites qui visait aussi Robert Kotcharian. Mais ce dernier est un proche du président Poutine qui voulait éviter une guerre générale où, selon ses engagements militaires, la Russie aurait dû défendre Erevan contre Bakou. Un scénario catastrophe pour le leader russe qui se sent plus proche d’Ilham Aliev, président azéri autoritaire, que de Nikol Pachinian, au profil plus jeune et libéral. «Moscou a été très actif en coulisse pour obtenir l’arrêt des combats. Le Kremlin ne veut pas perdre son rôle d’arbitre dans la région », confie un haut diplomate européen à Moscou. Dans cette guerre aux origines soviétiques (le rattachement du Haut- Karabakh à l’Azerbaïdjan remonte à 1921), Moscou n’avait pas su, par le passé, imposer une paix durable. Ces derniers jours, le Kremlin aurait fait pression sur l’Arménie pour qu’elle accepte le fait accompli des avancées territoriales azerbaïdjanaises. «Vladimir Poutine a été pris par surprise devant l’ampleur de l’escalade des violences dans le Haut-Karabakh. Un échec pour lui. Le président préfère le statu quo», insiste Andreï Kortounov, directeur du think tank Russian Council à Moscou. Le cessez-le-feu est un succès pour Moscou qui pourra ainsi continuer à jouer sur les deux tableaux.

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Agnès rotivel avec benjamin Quénelle/La Croix

 

L’essentiel en bref

Le Haut-Karabakh, peuplé majoritairement d’Arméniens, s’est séparé de l’Azerbaïdjan dans les années 1990, provoquant une guerre qui a fait 30’000 morts. Depuis fin septembre, des affrontements sanglants opposaient séparatistes arméniens et armée azérie, des combats qui ont tourné à l’avantage de bakou, aidé militairement par la turquie. Les russes, qui disposent d’une base en Arménie, vont déployer 2000 soldats de maintien de la paix pour cinq ans au moins. La Turquie a annoncé qu’elle contrôlerait avec la Russie l’application du cessez-le-feu dans le Haut-Karabakh d’un centre conjoint d’observation situé en Azerbaïdjan.

 

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