Croyants face à la deuxième vague

Les messes étant supprimées, nombre de prêtres vont à la rencontre des paroissiens. Les messes étant supprimées, nombre de prêtres vont à la rencontre des paroissiens.

La deuxième vague de la Covid-19 n’épargne pas les Eglises. Plus de célébrations publiques – hormis les mariages et les funérailles, avec un nombre limité de personnes – en Valais, à Genève, à Neuchâtel et dans le canton de Vaud. Des solutions se mettent en place pour rejoindre les fidèles.

Ambiance étrange ce jeudi matin 5 novembre dans cette église du canton de Vaud: la messe est bien célébrée, mais en présence de cinq fidèles, dans le respect des directives annoncées la veille par le Conseil d’Etat vaudois pour lutter contre la propagation du coronavirus. Des fidèles dûment masqués et à distance les uns des autres sur les cinq chaises disposées au pied de l’autel. Il a fallu refouler quelques paroissiens arrivés trop tard et fermer l’église le temps d’une célébration simple. Et empreinte de gravité: tous ici s’attendent à de nouvelles mesures qui suspendront toutes les célébrations publiques dans le canton.

Après le signe de croix, le prêtre rappelle combien le temps que nous traversons est rude. Dans son homélie, il évoquera les victimes de la pandémie: les morts, les familles endeuillées, les malades et tous ceux qu’elle fragilise. Avant d’invoquer Dieu pour qu’il soutienne le personnel soignant et les chercheurs dans leur lutte contre la maladie et nous protège, «nous ici rassemblés et tous ceux qui n’ont pas pu participer à cette eucharistie ».

SOYONS INVENTIFS

En face de lui, des fidèles ordinaires: ils savent que la communion n’est pas un bouclier contre le virus et, le moment venu, ils se plieront aux décisions du Conseil d’Etat. Dans la tristesse et une certaine lassitude face à une situation qui les oblige à s’adapter sans cesse. Avant la bénédiction finale, le célébrant les rassure: «Nous prêtres sommes là pour vous en ces temps difficiles. Nous ferons notre possible dans le respect des directives ». Et lance un appel: «Nous ne savons pas encore comment nous organiser. Donnez-nous des idées, elles sont les bienvenues».

Comment rejoindre les fidèles? En proposant des messes transmises sur YouTube ou par Zoom, qui permet une interaction avec eux. Et en créant par exemple des groupes WhatsApp. Des formules mises en oeuvre au printemps reprises pour maintenir le lien. Elles ont permis de rejoindre nombre de paroissiens, mais en ont retenu beaucoup de reprendre le chemin de l’église – dans certaines régions de France, environ 25% ne sont pas revenus.

«Sortons nos autels portatifs et faisons vivre l’Eglise domestique.»«La charité reste première, rappelle l’évêque de Sion, Mgr Jean-Marie Lovey. En l’occurrence, elle consiste à éviter à tout prix de transmettre le virus; elle nous indique donc un chemin de collaboration avec les autorités qui doivent prendre des décisions difficiles et d’obéissance aux mesures quand l’incendie fait rage.» Mais «soyons inventifs», «ne manquons pas l’occasion des contacts individuels et personnalisés», écrit-il dans son message pastoral pour une Eglise de proximité publié en octobre et intitulé Personne ne se sauve tout seul. Il invite à former de petites communautés d’habitants de quartiers ou d’immeubles «dans la plus grande prudence, pour partager l’Evangile et prier ensemble». A développer l’Eglise domestique, qui passe par la prière personnelle et en famille.

Il encourage les prêtres à «explorer d’autres chemins»: visites, communion à domicile, messes de quartier, de maison, de famille. «On peut convier les auxiliaires de l’eucharistie qui après avoir participé à la messe sont envoyés par le curé auprès des absents pour apporter l’eucharistie.» «Sortons nos autels portatifs et faisons vivre l’Eglise domestique», propose-t-il. Sans oublier les moyens de communication. Et la solidarité avec les plus affectés par la pandémie.

DES FIDÈLES MÉCONTENTS

Déjà privés de messes au printemps et ayant dû fêter Pâques chez eux, beaucoup de fidèles sont fâchés, voire révoltés, devant cette nouvelle suspension des offices d’autant que, depuis la reprise, ils ont appliqué à la lettre les mesures mises en place. Certains ont même déposé une pétition contre la décision du Conseil d’Etat valaisan, voyant dans les nouvelles directives une entrave à la liberté de culte. Pour Mgr Lovey, «il est bon que la voix de l’Eglise se fasse ainsi entendre ».

Reste que ne pas pouvoir communier est source de souffrance pour beaucoup. Et, fait remarquer le Père carme François-Marie Léthel sur Zénit, les prêtres sont «serviteurs de l’eucharistie et non pas patrons et propriétaires». Fort de cette conviction, le chanoine Jean-Pascal Genoud, curé de Martigny, a pris son bâton de pèlerin pour aller célébrer dans les familles, sur le balcon, la terrasse ou dans le salon. Les messes publiques étant annulées, il va à la rencontre des paroissiens qui le désirent. Des eucharisties domestiques en complément aux messes célébrées dans des églises vides et retransmises par les médias et pour répondre à celles proposées par des prêtres se filmant eux-mêmes.

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Côté protestant, les cultes publics sont aussi annulés. Les Eglises cantonales proposent des retransmissions via internet et sur les réseaux sociaux. Le site https://eglisepro.ch/ recense un grand nombre d’offres destinées aux professionnels dont un lien précieux vers les pages Web des Eglises cantonales.

 

Un paysage diversifié

Le 24 octobre, le diocèse de Sion limitait le nombre de participants aux offices religieux à dix en application de la décision du Conseil d’Etat, et dans la foulée certaines églises paroissiales ont fermé. Début novembre, les cantons de Genève, Neuchâtel et Vaud suspendaient toutes les célébrations publiques jusqu’à la fin du mois – hormis les mariages et les funérailles, dans le respect des règles. Les lieux de culte restant ouverts pour la prière personnelle et les confessions. Dans les cantons de Fribourg et du Jura, les offices religieux sont maintenus respectivement avec 30 et 50 participants au plus moyennant le respect des distances, les gestes d’hygiène, le port du masque, une bonne aération et le traçage. Les lieux de culte restent également ouverts. Et puisque les prêtres ne peuvent pas être partout, pourquoi ne pas accorder une plus grande place aux ministres extraordinaires de la communion, les encourager à apporter l’eucharistie dans les familles et les quartiers tout en respectant les mesures en vigueur?

GdSC

 

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