Didier Pittet: respecter les gestes barrières

En plus de sa fonction de médecin chef du service prévention et contrôle de l’infection des HUG, Didier Pittet a été chargé par Emmanuel Macron d’évaluer la gestion de la pandémie en France. En plus de sa fonction de médecin chef du service prévention et contrôle de l’infection des HUG, Didier Pittet a été chargé par Emmanuel Macron d’évaluer la gestion de la pandémie en France.

L’hygiène des mains et le respect de la distance physique sont les deux piliers de la lutte contre la pandémie de coronavirus, rappelle le professeur genevois Didier Pittet, spécialiste de la lutte contre les épidémies.

Dans quelques semaines, quand les mesures sanitaires s’allégeront, la deuxième vague sera-t-elle derrière nous?Pourra-t-on fêter Noël?

Didier Pittet: – Le confinement ou le semi-confinement mis en place dans de nombreuses régions d’Europe est une mesure extrême et efficace pour «casser la courbe» de l’épidémie dans un délai de deux ou trois semaines. Cela permet de limiter la transmission du virus si tant est que les mesures de prévention soient appliquées aussi à domicile. Car si vous êtes chez vous et que vous ne vous lavez pas régulièrement les mains ou que vous ne portez pas de masque aussitôt que quelqu’un développe des symptômes, les contaminations continueront. Plus la population respectera les consignes actuelles plus nous aurons de chances de pouvoir vivre des fêtes qui s’approcheront de ce que nous connaissons. On peut espérer fêter Noël, mais ce ne sera pas comme d’habitude. Il y aura forcément des limitations, des recommandations, pour Noël comme pour toutes les activités.

Quel est le message sanitaire à faire passer en priorité? A-t-il évolué?

– Le message sanitaire est extrêmement simple: le respect de la distance physique et l’hygiène des mains. Malheureusement, ces recommandations sont peu, voire pas du tout appliquées. Je suis d’ailleurs très critique sur le port du masque généralisé, car il est très important de ne pas polariser son attention sur lui. Il est utile lorsqu’on ne peut pas respecter une certaine distance, mais il n’est pas suffisant: il devrait surtout nous rappeler que nous devons, autant que possible, nous frictionner les mains et respecter la distance sociale.

Faut-il craindre que le système craque et que des patients ne puissent pas être pris en charge?

– On a été beaucoup plus surpris par la première vague que par la deuxième. Certes, la situation est différente, car toutes les régions et tous les pays sont désormais touchés, ce qui complique les transferts de malades. La surcharge des hôpitaux est actuellement très importante et la solidarité entre le public et le privé encore plus nécessaire qu’au printemps. Mais la plupart des pays européens sont mieux préparés. On traite aussi mieux les malades. Je ne pense donc pas que l’on va vivre un scénario lombard à l’échelle européenne.

Le conseil scientifique français dit que cette deuxième vague ne sera pas la dernière. Est-ce qu’on va en sortir?

– Il est tout à fait normal de s’attendre à d’autres vagues tant que l’immunité des populations ne sera pas suffisante pour ralentir la transmission du virus. Si chacun comprend que le respect des gestes barrières est essentiel pour contenir l’épidémie, alors on aura gagné. Les vaccins, qui seront très certainement disponibles au printemps ou en été 2021, feront aussi partie de la solution pour parvenir à l’immunité d’une partie de la population.

Faut-il que les laboratoires cèdent le brevet de leur vaccin, comme vous l’avez fait avec la formule de la solution hydroalcoolique, pour que toute la population mondiale puisse en bénéficier?

– Ce serait l’idéal. L’Organisation mondiale de la santé essaie d’ailleurs d’élaborer une stratégie en ce sens par solidarité envers les pays aux ressources limitées. Il serait logique de vacciner d’abord les personnes les plus précaires dans le monde, ensuite les plus précaires dans nos pays, puis les personnes essentielles au système de santé et au fonctionnement de notre société. Nous devons oeuvrer collectivement pour une «économie de paix»: mettre au service des autres ce que l’on sait faire de mieux. On est tous dans le même bateau et on doit être solidaires. J’ai toujours dit par ailleurs que les vaccins devraient être gratuits tout comme la solution hydroalcoolique. Tout ce qu’on investit dans la santé publique, on le retrouve dans l’économie.

L’Europe devait-elle définir une stratégie commune pour lutter contre le coronavirus?

– L’Europe de la santé a été inexistante pendant la première vague et je le déplore. Aujourd’hui, il faut une forme de concertation par rapport à la mise en place des mesures: il n’y a aucune raison qu’elles soient différentes d’un endroit à l’autre ou qu’elles tardent à être prises dans certains pays. La deuxième vague concerne toute l’Europe. Trouver une réponse commune permettra de faire repartir l’économie de l’ensemble du continent. C’est fondamental. J’ajoute que, même si on ne sait pas tout de la situation en Chine, les pays asiatiques ont repris une vie presque normale. Certains diront qu’il est plus facile d’obtenir des résultats dans un Etat dont le régime ressemble à une dictature, et c’est vrai. Mais il nous faut sûrement nous inspirer de la capacité de ces populations à respecter les gestes barrières. C’est la clé pour s’en sortir.

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Recueilli par Laureline Dubuy/La Croix

 

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EM

 

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