Canaries, mortel mirage

7 novembre: près de 240 migrants gagnent le port de Los Cristianos, sur l’île de Tenerife, après avoir été sauvés par la marine espagnole. 7 novembre: près de 240 migrants gagnent le port de Los Cristianos, sur l’île de Tenerife, après avoir été sauvés par la marine espagnole.

Le coronavirus ne décourage pas les Africains qui rêvent d’Europe. Il leur rend juste la tâche plus difficile. Et plus risquée. En particulier dans l’océan Atlantique, au large des côtes du Sénégal et de la Mauritanie, sur la route qui mène aux îles Canaries.

Le 24 octobre, environ 140 personnes – de jeunes hommes pour la plupart – embarqués sur une pirogue de fortune sont morts après l’explosion du moteur et de fûts de carburants au large de Saint-Louis, dernière ville sénégalaise avant la Mauritanie. C’est, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le naufrage le plus meurtrier de l’année sur cette route migratoire périlleuse.

Une semaine à peine après ce drame, une autre embarcation transportant 80 personnes a subi une avarie en haute mer et s’est mise à dériver au large de Nouadhibou, dans le nord de la Mauritanie. Selon les témoignages recueillis par le journal elDiario.es, les passagers sont morts l’un après l’autre. Ils n’étaient plus que 17 lorsque les garde-côtes mauritaniens ont fini par les localiser. Le 4 novembre, note encore le correspondant du quotidien espagnol à Las Palmas, une pirogue contenant une personne décédée et cinq autres dans un état critique a accosté dans la station balnéaire de Los Cristianos, sur l’île de Tenerife.

C’est le naufrage le plus meurtrier de l’année.Arrivés sur des centaines de bateaux, plus de 11’000 migrants ont déjà été enregistrés dans l’archipel espagnol depuis janvier. Selon l’OIM, 410 personnes ont perdu la vie en tentant la traversée vers les Canaries en 2020, soit deux fois plus déjà qu’en 2019.

Pourquoi une telle augmentation? Depuis deux ans, répond Aldo Liga, expert des flux migratoires à l’Institut français des relations internationales (Ifri), les candidats à l’exil en Europe font tout pour éviter la Libye tandis que les accords entre l’Espagne et le Maroc sur la migration irrégulière poussent les réseaux de passeurs à se réorganiser. Et à emprunter d’autres routes. Comme celle des Canaries, qui n’avait plus connu pareil afflux depuis 2006- 2007, lors de la crise des cayucos – nom donné par les Espagnols aux bateaux de pêche utilisés par les migrants pour rejoindre l’archipel au départ des côtes ouest-africaines. 

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