Pierre Maudet: Partir. Et revenir?

Pierre Maudet démissionne et se porte candidat à sa propre succession. Pari gagnant? Pierre Maudet démissionne et se porte candidat à sa propre succession. Pari gagnant?

Après de multiples «non», «bientôt» et «toujours pas», le compte parodique Twitter «Pierre Maudet a-t-il démissionné?» a pu afficher le 29 octobre le «oui» qu’il attendait depuis novembre 2018.

Cela paraissait inéluctable; le conseiller d’Etat PLR genevois avait même cessé de porter des cravates, comme le relevait Le Matin Dimanche. Surdoué de la politique, bon communicateur, ambitieux, Pierre Maudet intègre l’exécutif de la Ville de Genève à 29 ans. Très vite, beaucoup le voient au Conseil fédéral. Son échec face à Ignazio Cassis dix ans plus tard (2017), malgré une campagne brillante outre-Sarine, n’est qu’une péripétie. D’ailleurs, en 2018, il est réélu au premier tour au Conseil d’Etat. Du jamais-vu. Et alors que La Tribune de Genève a déjà dévoilé son intriguant voyage à Abu Dhabi.

La machine est lancée: la justice genevoise annonce enquêter depuis plusieurs mois. A la télévision, Pierre Maudet reconnaît n’avoir pas dit toute la vérité. On apprend ensuite qu’il fait payer par d’autres sa cotisation au PLR, qu’il déduit malgré tout de ses impôts. Il a aussi des amitiés troublantes.

Le PLR Suisse ne veut pas s’en mêler, puis le convoque et exige sa démission. En janvier 2019, dans un climat tendu, le PLR genevois se réunit et vote le soutien. Mais ses collègues du gouvernement n’ont plus confiance en lui. Ils lui ont déjà retiré la présidence, ils le privent de la quasi-totalité de son département. En juillet dernier, il est exclu du parti, peu après l’annonce d’un procès à venir (au sujet du voyage à Abu Dhabi et du financement de sa campagne en 2017). Fin octobre, c’est le coup de grâce: le Conseil d’Etat vide son portefeuille après un audit dénonçant sa gestion du peu de personnel qu’il lui reste.

Alors il démissionne. Et annonce sa candidature à sa propre succession. Comme un joueur d’échecs qui sacrifierait la reine pour sauver le roi. Ou un joueur de poker qui n’aurait qu’une paire de 6. S’il réussit son pari, s’il a le soutien du peuple, il retrouvera sa légitimité et ses collègues devront lui redonner un vrai rôle au sein de l’exécutif. S’il n’est pas réélu, il quittera la scène politique par la petite porte.

Jérôme Favre

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