Complexe vérité

Marthe Robin était-elle totalement paralysée? Et aveugle? A-t-elle délibérément plagié des auteurs mystiques? Autant de questions que soulève le récent livre posthume du carme flamand Conrad de Meester publié aux Editions du Cerf, La fraude mystique de Marthe Robin, en fait le manuscrit inachevé retrouvé sur son ordinateur à sa mort, le 6 décembre 2019, qui reprend les conclusions d’une enquête fouillée.

Fallait-il publier ces pages? Leur lecture fait froid dans le dos: la stigmatisée de la Drôme, proclamée vénérable par le pape François en 2014, serait une manipulatrice et une fraudeuse qui s’y connaissait pour tromper son monde. Non seulement elle aurait menti sur son état de santé, mais encore elle serait une «plagiaire compulsive» et «une faussaire délibérée ». Accusations graves portées au terme d’une enquête minutieuse menée par un spécialiste de la mystique. Ces pages, il est vrai, sont dures, ironiques par endroits. Elles se lisent comme un roman policier, le lecteur allant d’indice en indice, progressant au rythme de l’étonnement de l’auteur. A l’origine de l’ouvrage, la demande que lui adresse l’évêque de Valence: examiner les écrits de Marthe et rédiger un rapport en vue de sa béatification. Ce qui devait durer trois semaines a pris 25 ans et l’auteur, au fil de ses découvertes, a dégagé un visage de Marthe en contradiction avec l’image que s’en sont fait les nombreux visiteurs qu’elle a reçus dans sa chambre obscure de Châteauneuf-de-Galaure. Marthe Robin était-elle totalement paralysée? Et aveugle?Et s’il désirait le dévoiler publiquement, c’était pour servir la vérité: «Il y va de l’Eglise du Christ, invitée à marcher selon les exigences de la vérité». Conscient des qualités de Marthe et que «Dieu écrit droit avec des lignes courbes».

Ses conclusions ne sont pas neuves pour le Vatican, qui les avait prises en compte lors de l’examen des documents de l’enquête diocésaine. Elles sont aujourd’hui publiques, attisant le feu dans une Eglise touchée par de multiples scandales et blessée en plein coeur, ces jours-ci en France, par des attentats contre des chrétiens ordinaires.

Fille de paysans, Marthe, elle aussi, était une chrétienne ordinaire. Visitée par la maladie. Et des phénomènes mystiques, sans doute. Elle a eu un cheminement spirituel authentique et une vie féconde – en témoigne le rayonnement des Foyers de Charité un peu partout dans le monde. Et chez nous à Bex, le père du Foyer, l’abbé Jean-René Fracheboud, l’affirme dans notre dossier.

Tout n’était-il qu’imposture? Au lecteur de se faire une opinion. Si le Père de Meester est convaincant sur bien des points, son enquête reste partielle. La personnalité de Marthe est plus nuancée que le portrait qu’il en dresse. Seul Dieu connaît la vérité d’un être. Et sa grâce sait se frayer un chemin au travers de nos fragilités.

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