Johannes de Habsbourg: de la banque au sacerdoce

Johannes d’Autriche est le 3e enfant d’une fratrie de huit. Josef, Thomas et Marie des Neiges ont également intégré la Fraternité Eucharistein. Johannes d’Autriche est le 3e enfant d’une fratrie de huit. Josef, Thomas et Marie des Neiges ont également intégré la Fraternité Eucharistein.

Johannes de Habsbourg a préféré le sacerdoce à l’amour d’une femme et à une carrière de banquier. Un parcours atypique.

L’essence de la trajectoire de Johannes de Habsbourg-Lorraine, 39 ans, interpelle. A cause de son nom à particule renvoyant à son sang bleu et à l’histoire avec un grand H, mais surtout par sa propre histoire. Le prêtre est revenu sur cet héritage devant la maison d’Eucharistein de Saint-Jeoire, en Haute-Savoie. Assis face à la montagne, cet arrière-petit fils du bienheureux Charles Ier et de Zita de Bourbon-Parme, dernier couple impérial d’Autriche, s’abandonne à la confidence: «Quand j’étais banquier d’affaires spécialisé en fusions et acquisitions chez JPMorgan à Paris, certaines transactions se chiffraient en milliards. Je travaillais de 9h à 1h du matin, parfois sept jours sur sept. Ma vie était pleine d’adrénaline, mais au fond je me sentais vide».

SOIF SPIRITUELLE

En un an, le jeune homme né à Bruxelles et ayant grandi à Torny (FR) monte assez haut sur l’échelle sociale pour en apercevoir les plus hauts échelons et comprendre que rien de ce qui pourrait le nourrir vraiment ne s’y trouve. Ni les clubs privés réservés à la crème des banquiers, dans lesquels il est déjà invité à Paris, ni la perspective d’acquérir en peu d’années une résidence secondaire au Touquet ou une Ferrari ne parviennent à anesthésier ses aspirations spirituelles.

«Comme mes cinq frères et mes deux soeurs, j’ai été élevé dans la foi catholique de mes parents avec en filigrane l’idée que chacun a une mission. J’étais pieux, mais sans savoir que Jésus était réellement vivant, et le mal dans le monde me torturait», se rappelle l’archiduc d’Autriche. A 16 ans, il dévore La cité de la joie de Dominique Lapierre. Le livre narre le parcours d’un chirurgien américain «dont la vie est transfigurée par la joie du don dans les bidonvilles de Calcutta ».

«En un instant, j’ai compris dans mon coeur que Jésus m’avait toujours accompagné.»Puis le jeune homme découvre le parcours de ses arrière grands-parents, modèles de droiture: «Ils ont créé les premières assurances sociales, ont mis sur pied une rente de veuve et tenté de retrouver la paix à tout prix dans leur pays en pleine guerre jusqu’à finir calomniés et expulsés. A tel point que Charles est mort en exil et dans la pauvreté d’une pneumonie à 35 ans, en 1922!». Mais voilà Johannes happé par de fausses valeurs. «Mes études en économie et finances à la prestigieuse Université de Saint-Gall me laissaient penser que j’appartenais à une élite. Elles flattaient en moi un côté très ambitieux mais malsain.»

Lorsque, lors d’un dîner de fin d’études, l’étudiant se retrouve à côté d’un ponte de JP Morgan et lui raconte comment, le week-end, il chasse le gibier à l’arc avec son père et ses frères, le verdict tombe: That’s an investment banker! («Ça c’est un banquier d’affaires! »).Voilà Johannes recruté et intégré dans l’étrange caste. «Dans ce milieu, on trouve des personnes issues des plus grandes écoles. La moitié sont confusément dans une quête d’extrême allant bien au-delà du succès matériel. En verbalisant librement certains de mes questionnements philosophico-spirituels, j’étais un peu le chef de file de cette branche.»

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EXPÉRIENCE MYSTIQUE

Une fois, le jeune banquier prend le train de nuit pour Lourdes, y prie non-stop et rentre à Paris le soir même. «Je cherchais la plénitude. Je pensais parfois à mes arrière-grands-parents et, par contraste, la stérilité égoïste de ma vie me sautait au visage. Alors, sur les conseils de mon père, j’ai pris une année de recul à l’Institut Philantropos à Fribourg.» Quand il part, un collègue lâche: «On devrait tous avoir le courage de faire ça». Lors d’une messe, le jeune homme fait une expérience mystique: «En un instant, j’ai compris dans mon coeur que Jésus m’avait toujours accompagné. Je me suis senti fait pour Dieu». La vocation au sacerdoce se dessine, mais une jeune femme lui fait concurrence.

DANS LA MAIN DE DIEU

«On s’est laissé du temps pour discerner. Aujourd’hui, elle est maman de quatre enfants. La chasteté est une grâce exigeante qui peut grandir l’être humain.» Il confesse avoir connu l’amour d’une femme dans sa jeunesse. «Avoir eu une vie avant le sacerdoce est important pour éviter d’être déconnecté de la réalité. Le cas de Johannes le souligne», commente Nicolas Buttet, qui a fondé Eucharistein à Epinassey (VS) en 1997. Le désir d’intégrer cette communauté vouée à l’adoration eucharistique et à l’accueil des plus fragiles émerge en Johannes. «Au début, ma famille se demandait ce que j’allais faire chez ces va-nu-pieds», s’amuse-t-il.

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Eucharistein lui correspond. Là, chaque personne blessée par la vie se transforme souvent en guide spirituel pour la communauté. «Les pauvres sont nos maîtres», disait saint Vincent de Paul. Johannes l’expérimente. Un mal de dos va jusqu’à l’empêcher de bouger: une maladie auto-immune le ronge de l’intérieur. «Cette maladie était le centre de ma vie. Finalement, elle m’a montré que Dieu tient tout dans sa main. Dès que je l’ai acceptée, elle a été comme une catéchèse; elle s’est calmée suffisamment pour me permettre de mener une vie presque normale.» Aujourd’hui, dit-il, «j’aimerais vivre davantage la confiance et la miséricorde».

Laurent Grabet

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