Agente funéraire, pas croque-mort

Sandrine-Marie a fait son premier stage d’agente funéraire il y a dix ans. «Je préfère ce terme à celui de croque-mort, qui fait tout de suite penser au personnage de Lucky Luke.» Sandrine-Marie a fait son premier stage d’agente funéraire il y a dix ans. «Je préfère ce terme à celui de croque-mort, qui fait tout de suite penser au personnage de Lucky Luke.»

Saviez-vous que la plupart des agents funéraires travaillent à temps partiel? C’est le cas de Sandrine-Marie Thurre-Métrailler, 28 ans, qui offre ses services dans le Valais central. Rencontre avec l’une des rares femmes à évoluer dans un univers encore très masculin.

L’Echo l’avait croisée il y a sept ans. Sandrine-Marie Thurre-Métrailler allait alors sur ses 22 ans, travaillait comme secrétaire dans une étude d’avocat à Fribourg et... rêvait de décrocher une place de croque-mort! Un choix original qui n’avait pas manqué de surprendre ses proches tant ce métier encore très masculin est entouré de clichés. Et de tabous liés à la peur de la mort.

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«J’ai dû patienter quelques années, mais aujourd’hui j’ai réalisé mon rêve », annonce-t-elle souriante. La Valaisanne originaire d’Evolène nous rejoint en tenue de cérémonie au centre funéraire de Platta qui surplombe la plaine du Rhône et d’où nous apercevons le grand édifice orange de l’Hôpital du Valais.

«Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas eu à m’occuper d’une personne décédée du coronavirus, confie-t-elle d’emblée. Avec les restrictions sanitaires et le contexte actuel, l’accompagnement des familles peut s’avérer très délicat. Mais si cela devait se présenter, je ne me poserais pas de questions et ferais simplement mon métier.»

A 17 ANS DÉJÀ

Sandrine-Marie travaille depuis un an pour une entreprise funéraire du Valais central. Mais sa vocation est née bien avant. «A 17 ans, se souvient la jeune femme désormais installée avec son mari du côté de Saillon, j’avais une peur panique de la mort. Un jour, j’ai accompagné une amie à une veillée funèbre. Je ne m’attendais pas du tout à voir le cercueil ouvert! J’ai songé à m’enfuir durant une seconde, mais j’ai fini par prendre mon courage à deux mains. Et je suis restée pour mon amie.»

A sa grande surprise, elle constate que la défunte, une grand-maman, affiche un air paisible. «J’ai compris qu’un professionnel s’était occupé de cette dame, qu’un vrai métier se cachait derrière cette quiétude.» Ce qui éveille sa curiosité. Avec le soutien de ses parents, l’adolescente décroche un stage de deux semaines pendant les vacances de Pâques. «Des silences remplis de présence valent infiniment plus que des mots vides de sens.»Elle commence par seconder un collègue dans un home et enchaîne avec d’autres stages.

Accompagner les familles, être auprès de ceux qui restent et qui souffrent de l’absence de l’être aimé; faire son possible pour que cette épreuve se passe au mieux en préparant le défunt, en l’habillant et en le coiffant de façon à ce que ses proches le retrouvent vraiment avant le dernier adieu... tous ces aspects de la profession, qui exigent délicatesse et humanité, lui parlent. «J’étais certaine de vouloir faire ça. Comme il n’était pas possible de trouver une place à ce moment- là, j’ai eu l’occasion de mûrir ma décision.»

Et de développer ses autres centres d’intérêt! Car – et c’est une des choses que l’on apprend en discutant avec Sandrine-Marie – rares sont les agents funéraires qui travaillent à plein temps. «Je ne porte pas cette tenue tous les jours, confirme celle qui est aussi photographe et secrétaire dans une paroisse valaisanne. Je m’adapte aux besoins. » Patrons d’entreprises de pompes funèbres exceptés, peu de croque-morts travaillent à 100% en Valais. «En comparaison, le statut de représentant est par exemple peu courant à Fribourg; les taux d’activité y sont plus élevés. Et dans les grandes villes comme Genève, il est fréquent de trouver des agents funéraires à temps complet.»

Qu’est-ce qui a changé depuis son engagement? «Lors de mes stages, je m’occupais de levées de corps et d’autres missions où le contact avec les familles n’était pas central. Maintenant, je peux réellement accompagner les proches durant tout le processus. Du premier coup de téléphone suivant le décès aux obsèques. C’est une grosse responsabilité, mais aussi une grande source de satisfaction quand votre travail aide les gens à retrouver la paix.»

DEVANT 300 PERSONNES

Si la jeune femme avoue qu’il est plus facile, au début, de gérer de petites cérémonies plutôt que des enterrements «rassemblant 300 personnes dans la cathédrale de Sion», tout s’est bien passé pour elle jusqu’à présent. «Chaque famille est différente. J’apprends sans cesse et j’ai la chance de pouvoir m’appuyer sur un patron et des collègues expérimentés qui me conseillent et sur qui je peux prendre exemple. L’un d’eux m’a transmis cette maxime: ‘Des silences remplis de présence valent infiniment plus que des mots vides de sens.’ C’est si vrai.»

Sandrine-Marie n’a pas croisé d’autres femmes à ses débuts. Aujourd’hui les choses ont un peu changé, ce qui n’empêche pas les gens d’être surpris au moment de la rencontrer. «Mais quand ils constatent que le travail est fait avec respect et dignité, ils ne font pas de différence et disent simplement merci.»

Et puis, dans des situations particulières, par exemple lors du décès d’un enfant, certains agents pourtant solides reconnaissent qu’une collègue a des qualités et une sensibilité qui leur font défaut... La Valaisanne doit encore apprendre à gérer le sentiment d’impuissance qui peut parfois la gagner. «Certains évènements nous rappellent que nous sommes des humains avant d’être des agents funéraires. Comme me l’a dit un collègue: ‘Le jour où la souffrance des autres ne te fait plus rien, change de métier’.»

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