Edito: Le dernier mot

Nous serons peut-être moins nombreux, en cette Toussaint bien particulière, à nous rendre à l’église. Et dans la liste habituellement égrenée des défunts de la paroisse depuis l’an dernier se glisseront peut-être les noms de victimes de la Covid- 19.

Déambuler dans les allés de nos cimetières aura cette année, c’est sûr, un goût amer. A la nostalgie s’ajouteront la douleur et les questions. La peur, aussi, devant des courbes qui repartent à la hausse témoins d’une nouvelle offensive du virus.

Au printemps, la douloureuse liste des décès qu’il provoquait nous a placés devant notre impuissance, nous rappelant brusquement notre vulnérabilité. En dépit des progrès de la médecine et de la technologie. Par chance. Cette fragilité constitutive est le lieu de l’humain, le noeud de nos solidarités. Car cette fragilité constitutive, qui s’ancre dans une commune origine et nous achemine inéluctablement vers la mort, dans une chair née de la chair qui un jour retournera à la terre, est le lieu de l’humain, le noeud de nos solidarités.

Que nous reste-t-il face à la mort qui aujourd’hui s’affirme en grandes lettres et en graphiques inquiétants dans les pages de nos journaux sinon ce qui nous relie par-delà nos appartenances géographiques, culturelles et religieuses? Cette attention à l’autre, mon semblable, ces liens qui se tissent entre nous au-delà des masques et des gestes barrières indispensables et qui font de nous une même humanité. Il importe de les préserver et de les développer pour ne pas sombrer dans le fatalisme.

Et ne pas emboîter le pas aux prophètes de malheur. Car cette mort qui occupe le devant de la scène médiatique depuis des mois, il nous a été difficile, voire impossible, de l’accompagner: combien de personnes âgées décédées seules dans nos EMS, combien de cérémonies de funérailles discrètes et rapides qui n’ont pas permis d’initier un processus de deuil! Paradoxe. La mort tronquée devant l’urgence. La mort plus visible et plus cachée que jamais.

La mort toujours à accompagner. Quand elle vient à petits pas, dans la chair souffrante, être là jusqu’au dernier souffle, comme le personnel de la Fondation Rive-Neuve, cet hôpital de soins palliatifs sur les hauts de Blonay, «pour que le patient reste maître de sa vie». Quand elle est passée, préparer le défunt avec soin et recevoir les proches désemparés «pour qu’ils retrouvent la paix». Deux vocations que vous découvrirez dans ce numéro (EM44-2020, pages 10 à 19). Elles disent l’infinie valeur de tout être humain.

Alors oui, coronavirus ou pas, nous nous rendrons, cette année encore, sur les tombes de nos défunts. En un geste d’espérance. Car pour nous croyants, la vie ne s’arrête pas là: le corps déposé dans le cercueil, les cendres enfouies dans la terre sont appelés à ressusciter pour une vie en plénitude. Qui, elle, aura le dernier mot.

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