Encyclique: appel à toute l’Eglise

Il importe de donner de son temps pour écouter les personnes fragilisées. Il importe de donner de son temps pour écouter les personnes fragilisées.

Ecouter les personnes démunies et assumer la dimension politique de l’existence: voilà, selon Jean-Claude Huot, responsable pour le canton de Vaud de la pastorale oecuménique dans le monde du travail, deux impulsions fortes de l’encyclique Fratelli tutti. A mettre en oeuvre par tous.

Sept ans que son bureau à Renens bruisse de confidences de personnes en difficulté suite à un licenciement ou à une dégradation des conditions de travail. Jean-Claude Huot accompagne des femmes et des hommes rejetés par un marché du travail impitoyable, notamment des migrants et des quinquagénaires en recherche d’emploi. Et la solitude. Alors, pour trouver un sens à tout cela, on pose son sac un instant et on se confie: colère, indignation, questions, et un besoin vital de relations.

DONNER DU TEMPS

33A EM42«Je ne suis ni psychologue ni assistant social, avoue mon interlocuteur. Je ne peux pas grand-chose, mais je peux donner un peu de temps.»Donner du temps, justement, c’est ce que le pape François demande aux chrétiens dans sa dernière encyclique, Fratelli tutti, signée le 3 octobre à Assise. Et Jean- Claude Huot y voit un réel encouragement: pour lui, pour ses collègues engagés dans la distribution alimentaire et la pastorale de rue, des prisons, de la santé.

Commentant la parabole du bon Samaritain, François relève que celui-ci a donné au blessé «quelque chose que, dans ce monde angoissé, nous thésaurisons tant: il lui a donné son temps. Il avait sûrement ses plans pour meubler cette journée selon ses besoins, ses engagements ou ses souhaits. Mais il a pu tout mettre de côté à la vue du blessé et, sans le connaître, il a trouvé qu’il méritait qu’il lui consacre son temps».

Au contact quotidien de la précarité, Jean-Claude Huot l’expérimente: pas de liberté sans fraternité: «Combien de migrants arrivés en Suisse en quête de travail sont seuls, marginalisés, sans papiers? Combien de personnes exerçant des petits métiers se sont retrouvées sans un sou lorsque la pandémie a éclaté? J’en rencontre beaucoup. Elles sont libres de chercher du travail, mais sans soutien, sans réseau, comment faire?». Alors oui, les paroles du pape résonnent fort en lui: «Que se passet-il sans une fraternité cultivée consciemment, sans une volonté politique de fraternité, traduite en éducation à la fraternité, au dialogue, à la découverte de la réciprocité et de l’enrichissement mutuel comme valeur? Ce qui se passe, c’est que la liberté s’affaiblit, devenant ainsi davantage une condition de solitude».

PARTIR DES DERNIERS

Jean-Claude Huot est fortement interpellé par l’exhortation du pape à mettre enoeuvre une politique «bonne » ordonnée au bien commun. C’est, au fond, la vocation de tout citoyen, à l’exemple du bon Samaritain, «un texte, dit le pape, qui nous invite à raviver notre vocation de citoyens de nos pays respectifs et du monde entier, bâtisseurs d’un nouveau lien social. C’est un appel toujours nouveau, même s’il se présente comme la loi fondamentale de notre être: que la société poursuive la promotion du bien commun et, à partir de cet objectif, reconstruise inlassablement son ordonnancement politique et social, son réseau de relations, son projet humain».

«Il y a là, pour les chrétiens, une invitation à assumer un engagement politique oeuvrant pour une société solidaire. Il est important de s’en souvenir au moment où nombre d’entre eux, dont les évêques suisses et l’Eglise évangélique réformée de Suisse, s’engagent en faveur de l’initiative pour des multinationales responsables, qui sera soumise en votation populaire le 29 novembre», commente Jean-Claude Huot.

Au coeur de cet engagement, la charité, souligne le pape: «Ce n’est qu’avec un regard dont l’horizon est transformé par la charité, le conduisant à percevoir la dignité de l’autre, que les pauvres sont découverts et valorisés dans leur immense dignité, respectés dans leur mode de vie et leur culture, et par conséquent vraiment intégrés dans la société. Ce regard est le coeur de l’esprit authentique de la politique».

NE PAS SÉPARER

«Ecoutons les plus faibles, des personnes avec une histoire, des blessures, des rêves, des potentialités!, s’exclame Jean-Claude Huot. Pas seulement un secteur spécialisé, mais toute l’Eglise: c’est toute l’Eglise qui est appelée à être le bon Samaritain de l’Evangile et à en tirer les conséquences, à interpeller la société en vue du bien commun.» Cela rejoint la sensibilité pastorale du pape: «S’asseoir pour écouter une autre personne, geste caractéristique d’une rencontre humaine, est un paradigme d’une attitude réceptive. (...) Mais le monde contemporain est en grande partie sourd». Faisons l’effort «de reconnaître à l’autre le droit d’être lui-même et d’être différent».La fraternité dépasse les frontières religieuses et sociales.

Jean-Claude Huot en est convaincu: le changement de société auquel beaucoup aspirent viendra de l’écoute en vérité des plus démunis, des migrants notamment. Ainsi l’Eglise est-elle invitée à ne pas séparer la spiritualité, la pastorale et l’engagement sociopolitique: «Il y a une continuité entre eux. Il n’y a pas la liturgie d’un côté, l’engagement social de l’autre. Ils s’articulent: il faut accompagner les personnes pour pouvoir ensuite leur offrir le pain de la Parole et des sacrements». Mais attention, dit le pape: «Croire en Dieu et l’adorer ne garantit pas de vivre selon sa volonté». Et la fraternité dépasse les frontières religieuses et sociales.

Avant de rentrer chez moi, j’ai fait un détour par l’église paroissiale: j’y ai prié une dizaine de chapelet avec les enfants réunis devant le Saint-Sacrement. Nous avons terminé en récitant la prière au Créateur qui conclut Fratelli tutti: c’est là aussi que commence le monde nouveau rêvé par François.

 

Ecouter et accompagner

Enracinée dans l’Evangile, la pastoraleoecuménique dans le monde du travail est attentive aux réalités professionnelles et économiques vécues par les personnes habitant le canton de Vaud. Elle développe des lieux de soutien spirituel et humain pour celles et ceux qui vivent des difficultés dans leur travail ou souffrent de la perte d’un emploi. Elle offre une écoute et un accompagnement dans le respect de la confidentialité, des lieux de rencontre pour partager ses expériences ainsi que des temps forts. Une attention particulière est accordée au monde agricole et aux soucis que vivent les paysans.

GdSC

Site internet:

www.cath-vd.ch/monde-du-travail

 

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