Sortir du jeu?

Oh! L’impression n’est plus aussi vive qu’au printemps, lorsque nous nous sommes sentis évincés, exclus du grand jeu social et professionnel. Mais ce que nous avons vécu reste gravé dans notre chair. Soudain, la fin de la partie avait été sifflée et nous nous étions retrouvés tout penauds. Qu’est-ce qui nous avait mis dans cet état? L’inaction forcée? La peur, l’incertitude? Certainement. Mais autre chose nous gênait aussi sans doute: cette mise à l’écart nous avait été imposée de l’extérieur.

Car tourner la tête et nous éloigner d’une manière ou d’une autre, nous en rêvions peut-être. Au fil des ans, combien d’engagements avaient perdu leur sens! Nous avions pris conscience de l’inutilité de tant de démarches, de l’insignifiance de tant de réalisations. La pression incessante, le manque de temps nous faisaient souffrir. Autant dire que nous aurions pu tout aussi bien prendre le large.

Si nous étions prêts à nous ranger sur le bas-côté, à ouvrir la portière, à marcher dans la campagne, pourquoi ne l’avions-nous donc pas fait? Pour différentes raisons. Toute notre formation nous a appris à garder les yeux rivés sur les actes des autres et à suivre le rythme ambiant. Nous tenons aussi à nos habitudes, si rassurantes. Nous avons peur de nous engager sur des voies qui se révéleront peut-être sans issue... 

L’histoire permet d’avancer une autre hypothèse: si nous tenons coûte que coûte à rester dans le rang, c’est parce qu’il est impensable, inconcevable, répréhensible même, d’en sortir. Tourner le dos à ce qu’on appelle couramment le «monde», cela ne se fait tout simplement pas en Occident – c’est fuir, céder à un penchant morbide.

Les explications embarrassées des chroniqueurs appelés à commenter l’abdication de certains souverains l’illustrent. La petite voix sournoise qui dicte le pas à nos sociétés répond «interdit».Car des personnes occupant les plus hautes fonctions ont bel et bien renoncé à leur tâche. Ce fut le cas par exemple, il y a bien des siècles, de l’empereur Dioclétien et de Charles Quint. Leur geste n’a pas été compris, on y a vu un signe de faiblesse ou une lubie spirituelle. 

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Sortir du jeu? La petite voix sournoise qui dicte le pas à nos sociétés répond «interdit». Mais peut-être a-t-elle tort. Et si un chemin enchanté s’ouvrait parfois devant celle ou celui qui ne tient plus à rester dans la course et fait un pas de côté? Cette personne dirait alors oui à une invitation perçue au plus profond d’elle. C’est ainsi qu’elle accéderait à un monde plus vaste que celui dans lequel se déroulent trop souvent nos journées. 

Yvan Mudry

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