Interview du Père Nicolas Buttet

Nicolas Buttet a signé la préface de Fratelli tutti avec l’archevêque anglican Justin Welby. Nicolas Buttet a signé la préface de Fratelli tutti avec l’archevêque anglican Justin Welby.

Le Père Nicolas Buttet a lu Fratelli Tutti en avant-première: il cosigne l’introduction à la nouvelle encyclique du pape publiée par les Editions Saint-Augustin. Et répond à quelques questions de sa retraite africaine.

Quel est, selon vous, le point fort de cette nouvelle encyclique?

Nicolas Buttet: – La méthodologie adoptée par François est un signal fort pour lire cette encyclique. Il n’est pas parti des grands principes de la pensée sociale chrétienne, mais du visage du frère, de la soeur en souffrance. La dignité inviolable de toute personne humaine est rappelée à plusieurs reprises. Si ce principe constitue bien le fondement de toute la pensée sociale de l’Eglise, ce n’est pas en tant que tel qu’il est invoqué. C’est la chair souffrante, les larmes, les cris de nos frères et soeurs qui résonnent et nous interpellent. Dans Gaudete et Exsultate, François nous rappelait que «dans l’épaisse forêt de préceptes et de prescriptions, Jésus ouvre une brèche qui permet de distinguer deux visages: celui du Père et celui du frère». 

Que révèle-t-elle de la vision pastorale du pape?

– Le pape en appelle à l’action, l’action audacieuse. Basta avec les mots, avec une certaine autocomplaisance de l’Eglise: «Regardez comme c’est bien ce que nous faisons»! Le critère de jugement, ce sont les pauvres qui en appellent à l’Eglise. C’est l’amour que nous portons à la personne souffrante. Et le besoin de nos frères et soeurs doit constituer un aiguillon permanent. Le grand économiste François Perroux disait en reprenant la célèbre formule de Marx: «Je ne crois pas que la religion soit l’opium du peuple, c’est plutôt ce qui m’empêche de dormir en constatant que je n’ai pas assez aimé aujourd’hui». En février à Bari, le pape François le rappelait avec ces mots: «Sur l’amour envers tous, nous n’acceptons pas d’excuses, nous ne prêchons pas des complaisances confortables. Le Seigneur n’a pas été complaisant, il n’a pas fait de concessions, il nous a demandé l’extrémisme de la charité. C’est l’unique extrémisme chrétien autorisé: l’extrémisme de l’amour».

Retrouve-t-on dans cette encyclique la trace de la pandémie?

– François parle de la COVID-19 comme d’un révélateur d’un drame déjà présent... qui est en même temps un effet accélérateur de la crise. Le «grand reset» annoncé par certains ou «le monde d’après» prophétisé par d’autres ne sera pas différent du «monde d’avant» – voire bien pire – si une sérieuse prise de conscience n’est pas faite. Et si cette prise de conscience ne s’accompagne pas d’actions concrètes. Le starets Zosime, dans Les Frères Kamazarov de Dostoïevski, rapporte les propos d’un de ses amis médecin lui faisant cette remarque: «Invariablement, plus je déteste les gens en particulier, plus je brûle d’amour pour l’humanité en général». Le christianisme n’est pas l’amour de l’humanité, comme le pensait le poète Schiller («Millions d’êtres, embrassez-vous! »), mais l’amour du prochain que le pape remet en lumière avec la parabole du bon Samaritain. 

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Fratelli tutti présente-t-elle lemême caractère universel que Laudato si’?

– Cette encyclique a un caractère véritablement oecuménique. Plus encore, François dépasse les frontières du christianisme pour se référer de manière frappante à son dialogue fructueux avec le grand imam Ahmad Al- Tayyeb afin de souligner que l’idée maîtresse de son argumentation – la fraternité – porte en elle-même une dimension essentiellement universelle. François s’inspire également des écrits du Mahatma Gandhi et veut se mettre dans les pas de Charles de Foucauld qui aspirait justement à devenir «le frère universel».

Recueilli par EM

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