Portrait de Vincent Lindon

Vincent Lindon, ici à Cannes en 2017, a joué dans des films comme La loi du marché de Stéphane Brizé,Ma petite entreprise de Pierre Jolivet et La Crise de Coline Serreau. Vincent Lindon, ici à Cannes en 2017, a joué dans des films comme La loi du marché de Stéphane Brizé,Ma petite entreprise de Pierre Jolivet et La Crise de Coline Serreau.

Hypersensible, obsessionnel, travaillé par l’angoisse de bien faire, Vincent Lindon s’est discrètement imposé comme un des meilleurs acteurs français. Si les rôles dans des drames sociaux lui vont comme un gant, il revient dans une comédie, Mon cousin, à contre-emploi.

Vincent Lindon excelle dans les drames sociaux. Personne n’a oublié La Loi du marché où il incarne un quinquagénaire qui retrouve un emploi d’agent de sécurité dans un supermarché après quinze mois de chômage. Les difficultés rencontrées par ceux qu’il est censé surveiller, clients et collègues, le précipitent dans des dilemmes moraux. Ce film lui valut le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes en 2015 et le César du meilleur acteur en 2016, le premier après cinq nominations infructueuses.

«Un film magnifique est passé dans ma vie. Ce film, c’est comme l’amour: inexplicable», dit-il après son couronnement à Cannes. Pourtant, rien ne prédisposait Vincent Lindon à endosser la peau de personnages sensibilisés et révoltés par le déclassement social. Ou par les tragédies humanitaires comme celle de Bilal, le jeune migrant kurde sans-papier de Welcome

UN AUTRE MONDE

Vincent Lindon n’est-il pas issu d’une famille de la très haute bourgeoisie française? N’est-il pas le petit-fils d’un magistrat qui fut maire d’Etretat de 1929 à 1959? Il est aussi le neveu du fondateur des Editions de Minuit et le petit-fils de Fernande Citroën, soeur aînée d’André Citroën. Sans oublier que sa mère, qui fut journaliste de mode chez Marie Claire, comptait le politicien Jules Dufaure et le maréchal Exelmans, un héros napoléonien, dans sa lointaine ascendance.

Pendant les années 1980, l’acteur a connu des liaisons dorées. Il a été au bras de Claude, la fille de Jacques Chirac, ensuite de celui de Caroline de Monaco. Puis, il partage la vie de l’actrice Sandrine Kiberlain, avec qui il a une fille et dont il se sépare en 2003. Tout cela conjugué avec des nuits à jouer au poker et une vie de chien fou.

LAISSÉS-POUR-COMPTE

Progressivement, Vincent Lindon a changé de cap. Un de ses amis déclarait au Journal du Dimanche: «Plus il a été célèbre et installé, moins il a adhéré au système». Cela jusqu’à préconiser la création d’une «taxe Jean Valjean», contribution exceptionnelle des plus nantis pour financer les services publics dans le contexte de la crise du coronavirus. Un projet relayé au niveau parlementaire. La sensibilisation de l’acteur aux causes sociales et humanitaires a des racines anciennes même si elles sont longtemps restées dissimulées derrière sa vie mondaine. Cette réceptivité n’est pas étrangère à son enfance, précisément au divorce de ses parents alors qu’il a cinq ans. Un séisme.

Vincent Lindon incarne à merveille des personnages déclassés socialement.Elevé par sa mère, distante, et son beau-père, le journaliste Pierre Bénichou, il cherche en vain à attirer l’attention maternelle. Il se forge une idée de l’injustice à travers celle faite à son père. «Comme il était le seul à ne pas avoir fait d’études et qu’il avait monté une affaire d’autoradios, il était considéré comme un manuel, le mouton noir de la famille. Or, il était aussi intelligent et raffiné que ses frères», rapporte Vincent Lindon. «Je suis devenu son porte-parole bien qu’il ne m’ait jamais rien demandé. »

Après avoir reçu son prix d’interprétation à Cannes, il déclare en écho: «Je voudrais le dédier à tous les gens qui ne sont pas toujours considérés à la hauteur de ce qu’ils méritent, ces citoyens laissés-pour-compte». Du traumatisme engendré par le divorce de ses parents, Vincent Lindon a gardé, outre des tics, un tempérament anxieux, une nature obsessionnelle et une insatisfaction récurrente. Sur les plateaux, il intervient à tout propos, sans cesse il veut recommencer les prises. «J’éprouve la souffrance de celui qui a peur de ne pas bien faire », confesse-t-il. 

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Il avoue en outre avoir une peur abyssale de l’abandon. En 2012, il déclare dans Le Monde que son rêve serait que les 150 personnes qui comptent le plus pour lui le suivent du lever au coucher, comme le Roi-Soleil! Pour lui, impossible de ne pas partager ses émerveillements: «Me l’interdire me conduirait au sommet de la souffrance», insiste- t-il.

Vincent Lindon est né le 15 juillet 1959 à Boulogne-Billancourt. Enfant et adolescent, il a peu de goût pour les études. A 20 ans, il devient aide-costumier sur le tournage de Mon oncle d’Amérique d’Alain Resnais, puis il part travailler six mois à New York avant d’être coursier au quotidien Le Matin de Paris. Il est ensuite régisseur sur des tournées de Coluche. Finalement, il franchit les portes du Cours Florent où il apprend son métier.

ACTEUR PHYSIQUE

27A EM41Il se décrit souvent comme un acteur physique. «Au cinéma, c’est le corps qui guide», estime-t-il avant de préciser que s’il est un travailleur infatigable, il préfère ne pas trop en savoir sur les personnages qu’il incarne. Avant de tenir le rôle du neurologue Jean-Martin Charcot dans Augustine, savoir que ce dernier était un homme sévère qui faisait trembler le personnel de l’hôpital de La Salpêtrière lui parut suffisant.

Aujourd’hui, en cette rentrée délicate pour le septième art en raison de la pandémie du Covid, Vincent Lindon revient dans un registre inhabituel pour lui. Une comédie, Mon cousin, où il partage la vedette avec François Damiens. Au moment de commencer le tournage, que savait-il de Pierre, le P.D.G. du groupe Pasquier, sur le point de signer le contrat du siècle?

Philippe Lambert

 

Vivre avec ses tics

La séparation de ses parents a marqué Vincent Lindon au fer rouge. C’est à cette époque que remontent les fameux tics dont il n’a jamais réussi à se départir, sauf quand il endosse son costume d’acteur. «Un enfer à l’adolescence, un âge où l’on se moque de ceux qui sont différents», confie-t-il. Aujourd’hui, ces tics ne le dérangent plus: «J’accomplis juste quinze mille mouvements de plus que les autres durant une journée».

PhL

 

 

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