USA: Trump vise le sud

Pour Blake Hammon, paysagiste à Hillsboro dans le Missouri, Trump est le meilleur président jamais vu Pour Blake Hammon, paysagiste à Hillsboro dans le Missouri, Trump est le meilleur président jamais vu

A quelques semaines de l’élection présidentielle américaine, notre reporter est parti à la rencontre d’Américains ayant soutenu Donald Trump en 2016. La grande majorité d’entre eux se disent satisfaits.

Dès que la question sur l’élection présidentielle est posée, la voix du propriétaire du magasin de pièces détachées Abney à Viburnum, dans le Missouri, passe d’un entrain sincère à une sorte de tension: «Ecoutez, j’ai une montagne de boulot, je pense pas que je vais avoir le temps de répondre à vos questions. Passez une bonne journée».

Réaction similaire dans un magasin de sport d’une ville du Mississippi: «Je garde mes opinions politiques pour moi, même dans le cercle familial. C’est comme ça que j’ai été élevée», explique une vendeuse qui souhaite garder l’anonymat.

Pour aborder ce thème de l’élection présidentielle américaine, il faut prendre des gants et de la distance. Retour, donc, aux années Obama: «Durant ses mandats, Obama a été assez insensible à une grande partie de la population», se rappelle Daniel Cluck, agriculteur vivant en Oklahoma. «C’est ce qu’on a appelé la majorité silencieuse. Le mode de vie des habitants des régions rurales a été en quelque sorte oublié. Et en 2016, Trump s’est adressé à cette partie de la population qui se sentait laissée de côté.»

L’ÉLECTORAT DE TRUMP

Qu’en est-il à présent? Un des moyens de le savoir est de sillonner les routes du sud des Etats-Unis, où se trouve la majorité des votants ayant soutenu Donald Trump en 2016, selon des chiffres récoltés par le centre Pew Research. C’est à ces personnes que le président américain s’adresse principalement depuis qu’il est en campagne pour sa réélection: un électorat majoritairement blanc, croyant et vivant dans les régions rurales ou les banlieues résidentielles en marge des villes.

«C’est le meilleur président que j’aie vu depuis que je suis né!», confie Blake Hammon, paysagiste à Hillsboro, dans le Missouri. «Il a un meilleur bilan que n’importe quel président avant lui. Il va être réélu.» L’argument économique est de ceux qui ressortent le plus souvent dans le discours des fidèles du président américain. «On n’a jamais eu autant de commandes!», décrit Blake Hammon. «Les gens sont dans une meilleure situation économique qu’il y a six ans. Si ce n’était pas le cas, ils n’achèteraient pas de grandes propriétés et n’y feraient pas faire des travaux importants, comme des murs de soutènement. » «Economiquement parlant, les Etats-Unis vont mieux se porter s’il refait un mandat», assure Jane, caissière à Guntersville, en Alabama. 

«IL SE MOUILLE»

Daniel Cluck, l’agriculteur, se fait plus précis: «Il faut se rendre compte que le sentiment, dans beaucoup de régions rurales, c’est qu’économiquement parlant, socialement ou du côté de la sécurité, on est seuls. On doit se débrouiller tout seuls. Contrairement aux grandes villes, aucun projet n’est prévu, comme des logements sociaux par exemple. Donc des décisions comme la baisse de certains impôts ou la défense du second amendement, ce ne sont pas des arguments en l’air pour nous.»

«Il faut se rendre compte que le sentiment, c’est qu’on doit se débrouiller tout seuls.»Mais d’autres éléments sont aussi mentionnés: «Il se mouille. Et il a du vécu». Sa personnalité perçue comme éloignée d’une certaine caste politique centrée sur Washington DC séduit Daniel Cluck. Jane apprécie ses prises de position anti-avortement: «C’est la raison principale pour laquelle je le soutiens».

Dans le discours du candidat Trump, certains éléments idéologiques clés semblent s’adresser directement à l’électorat de cette partie des Etats- Unis: «C’est une région conservatrice, ici», explique Ivon Kovitch, responsable sécurité d’une église méthodiste en Alabama. «Donc les gens vont revoter pour lui, tout simplement. Vous savez, les habitants d’ici ne voient pas tous ces problèmes liés aux inégalités raciales.» «A plusieurs niveaux, la situation actuelle est très proche de celle de 2016», explique Charles S. Bullock, professeur de science politique à l’Université de Géorgie et spécialiste des élections présidentielles. «Le clivage ville-campagne est toujours très fort, si ce n’est plus. Et ce clivage est fortement aligné sur les préférences partisanes. La plupart des Etats clés pour cette élection suivent cette caractéristique.» Ainsi, ni le taux de chômage atteignant un niveau jamais vu depuis la Grande Dépression des années 1930 et touchant de plein fouet les minorités des Etats-Unis, ni les manifestations dénonçant le racisme structurel n’auraient beaucoup d’effet sur les opinions politiques des électeurs rencontrés. 

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CRITIQUÉ DE TOUTE FAÇON

Et qu’en est-il de la gestion de la crise sanitaire? Le paysagiste Blake Hammon est confiant: «Je pense qu’il a fait tout ce qui était nécessaire. S’il en avait fait moins, il aurait été critiqué. S’il en avait fait plus, il aurait aussi reçu des critiques.» Jane partage cet avis et ajoute savoir que «certaines personnes sont tombées malades, mais les médias ont exagéré certains aspects».

«La seule solution, c’est qu’on s’enferme tous chez nous!», s’exclame Sam Ribaudo, reprochant au président ses décisions durant la crise du coronavirus. Sam est garagiste à Saint Louis, dans le Missouri. Il a voté Trump en 2016, mais explique qu’il s’agissait davantage d’un vote contre Hillary Clinton. Et cette année? «Je n’aime ni la personnalité de Trump, ni sa manière de parler! Je ne suis pas un parti les yeux fermés, je me base sur les personnalités des candidats.»

Selon le politologue Charles Bullock, parmi les «Trumpers» de 2016, les femmes en particulier pourraient se détourner du candidat républicain. Mais cette partie de l’électorat ne représenterait selon l’expert qu’une minorité des votants. Ainsi, en novembre, il n’est pas impossible que Trump soit réélu, affirme-t-il. «Peut-être qu’il ne gagnera pas le vote populaire mais il pourrait à nouveau l’emporter grâce au collège électoral. Tout dépend du score des Républicains dans des Etats comme le Texas, la Géorgie ou l’Arizona.»

Antonin Python

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