La Turquie joue offensif

Le visage grimé aux couleurs du drapeau azéri, un enfant participe à une manifestation de soutien à l’Azerbaïdjan dimanche 4 octobre à Istanbul. Le visage grimé aux couleurs du drapeau azéri, un enfant participe à une manifestation de soutien à l’Azerbaïdjan dimanche 4 octobre à Istanbul.

D’abord la Syrie et la Libye. Maintenant la Grèce et le Haut-Karabagh. Depuis quelques temps, la Turquie affiche ouvertement une attitude offensive envers ses voisins.

LE HAUT-KARABAGH?

Depuis le 27 septembre, l’Arménie et l’Azerbaïdjan s’affrontent à nouveau sur ce territoire disputé militairement entre les deux pays depuis les années 1990. Erevan et Bakou s’accusent mutuellement d’avoir lancé les hostilités. Alors que la communauté internationale – Russie et Iran inclus – appelle à la cessation des combats, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a rappelé que lesTurcs et les Azéris constituaient «un seul et unique peuple» et qu’il soutenait pleinement l’Azerbaïdjan. «Nous remportons la victoire dans le Caucase. La solution militaire est désormais la seule issue», a titré le quotidien turc pro gouvernemental Yeni Safak.

ET À L’OUEST?

Parallèlement à ses déclarations belliqueuses envers l’Arménie, la Turquie attise les tensions avec son autre «ennemi historique», la Grèce. Le conflit remonte à la fin de l’Empire ottoman il y a un siècle. Il a pris une nouvelle tournure depuis le 10 août avec l’envoi par la Turquie d’un navire de prospection pour sonder les fonds marins d’une zone qu’elle dispute à la Grèce, à la recherche d’hydrocarbures. Ce bateau était escorté de navires de guerre. Les Grecs ont riposté en lançant des manoeuvres navales, auxquelles ont répondu des exercices militaires turcs. 

KASTELLORIZO?

C’est là qu’Ankara a envoyé son navire de prospection en août. Située à seulement 2 km de la côte sud de la Turquie, cette petite île grecque irrite grandement la Turquie. En effet, celle-ci n’accepte pas que ce minuscule territoire donne des droits à la Grèce sur les ressources de milliers de kilomètres carrés de mer qui devraient, autrement, revenir aux Turcs. Le même problème se pose autour de Chypre. Les tensions dans cette région ont pris de l’ampleur ces dix dernières années avec la découverte d’importantes réserves de gaz naturel en Méditerranée orientale. Réserves dont la Turquie ne peut bénéficier, faute d’une reconnaissance de ses droits sur certaines zones disputées – zones qu’elle a par ailleurs étendues l’an dernier grâce à un accord conclu avec le gouvernement libyen reconnu par l’ONU qui délimite les zones économiques exclusives de ces deux pays au détriment de la Grèce.

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UN MÉLANGE EXPLOSIF?

On l’a déjà vu en Syrie et en Libye: le président Erdogan, surnommé «le sultan», souhaite redonner à la Turquie son rôle de puissance régionale, perdu depuis la fin de l’Empire ottoman. Cela s’ajoute à sa quête de souveraineté énergétique et aux difficultés qu’il rencontre à l’interne. Crise économique aidant, le soutien populaire au président turc est en effet en baisse. Et souffler sur les braises du nationalisme anti-grec et anti-arménien – Ankara nie toujours le génocide arménien – demeure une recette éprouvée pour distraire la population turque de ses difficultés et l’unir derrière son chef.

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