Hommage: Michael Lonsdale

Michael Lonsdale était capable de jouer «le méchant» dans un James Bond (Moonraker) comme un rôle profondément spirituel (Des hommes et des dieux). Michael Lonsdale était capable de jouer «le méchant» dans un James Bond (Moonraker) comme un rôle profondément spirituel (Des hommes et des dieux).

Michael Lonsdale est décédé lundi 21 septembre à Paris à l’âge de 89 ans. Comédien à la longue et prolifique carrière, passant du blockbuster à l’avant-garde, il a toujours témoigné d’une foi profonde. Sur les planches comme sur grand écran.

Monstre sacré du cinéma, Michael Lonsdale en était devenu une icône. Après une très longue carrière, il reste la figure d’un sage ou d’un grand-père à qui on peut se confier, tout comme il apparaît dans le film Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, quand une jeune Algérienne demande à Frère Luc, qu’il interprète de façon bouleversante, ce qu’est aimer.

Michael Lonsdale est né à Paris de la rencontre de sa mère avec un officier britannique. Il vit une partie de son enfance au Maroc, pendant la guerre, avant de s’installer avec sa mère dans un appartement familial, face aux Invalides à Paris, où il vécut jusqu’à sa mort. François Truffaut y a tourné en son temps une scène de Baisers volés.

UN REGARD ET UNE VOIX

Entré en théâtre comme en religion, le comédien a joué des rôles d’une incroyable diversité, aussi bien dans des grosses productions que dans des films d’auteur. Après-guerre, le monde des arts est en ébullition: Lonsdale le réservé fréquente Samuel Beckett, Marguerite Duras, Madeleine Renaud. En suivant les cours de Tania Balachova, ce vrai timide dans un corps trop grand apprend le métier: «J’ai mis du temps, mais j’ai fini par libérer toute mon énergie jusqu’à casser une chaise! J’en étais effrayé moi-même». Dirigé au cinéma par les plus grands, on le retrouve aussi bien avec François Truffaut qu’avec Jean-Pierre Mocky, dans James Bond ou Le Mystère de la chambre jaune. Les années passant, sa silhouette s’impose, le pas lent, la barbe fournie et les sourcils broussailleux, les cheveux balayés en arrière… Un regard, et une voix, à nulle autre pareille, grave et douce, jouant aussi bien des intonations que du silence. Plus de 200 rôles au cinéma et une profonde vie intérieure, intime. Le théâtre est sa maison, l’Eglise là où est son coeur.

Baptisé à 22 ans, Michael Lonsdale n’a jamais caché sa foi, qui devient contagieuse à force de lectures et de méditations. «Vous ferez au public des confidences que vous ne ferez à personne d’autre», lui avait dit, très jeune, un père dominicain, qui avait perçu cette singularité du comédien. Sainte Thérèse de Lisieux et tant d’autres bouleversent l’artiste courtisé par le Tout-Paris.

JÉSUS À SA RENCONTRE

Dans les années 1980, frappé par une série de décès, il plonge dans la dépression. C’est lors d’une célébration de la communauté de l’Emmanuel, dans sa paroisse Saint François- Xavier à Paris, qu’il reprend pied: «Cela m’est apparu très clairement: ce qui allait me sortir de mon chagrin, ce qui me rendrait le goût de vivre, était là. La vie fraternelle, la prière et la louange: Jésus venait à ma rencontre. J’étais fou de joie».

«Le métier de comédien est un travail de passeur: je dois m’efforcer de transmettre la beauté, je fais entendre les mots d’un autre», confiait-il encore. Au soir de sa vie, interpréter Frère Luc de Tibhirine dans le film de Xavier Beauvois fut une grande émotion. «Mais ni le film ni l’existence édifiante de Frère Luc ne doivent nous faire oublier que c’est le Christ le premier qui a donné sa vie pour nous. Jésus s’est laissé humilier, bafouer. Nous ne sommes que ses disciples.»

L’ÉMOTION DE FRÈRE LUC

«La beauté est un des noms de Dieu», soufflait-il.Témoin du Christ et artiste à part entière, il a déclamé de grands textes, écrit nombre de livres de prière et de méditation, sans oublier une carrière de plasticien, peu connue, et qui lui tenait particulièrement à coeur: «La beauté est un des noms de Dieu», soufflait-il.

Si c’est un grand comédien qui s’en va, c’est aussi un accompagnateur, un accoucheur, qui ne savait pas refuser les multiples sollicitations qui engorgeaient son répondeur téléphonique, souvent saturé. Il inscrivait à l’occasion plusieurs rendez-vous sur une même page, au risque de faire faux bond, preuve d’une inépuisable générosité, qui se manifestait par une écoute bienveillante accordée aux plus grands comme aux passants de la rue.

De santé fragile, ce roc a tenu, jusqu’au bout. Michael Lonsdale connaît aujourd’hui l’envers du décor: «J’aimerais partir en paix. Je voudrais mourir en Dieu. Ce qui fonde ma confiance face à la mort, c’est Jésus: mon ami m’a dit que la mort était vaincue, qu’elle n’avait pas le dernier mot. Pourquoi se soucier de ce qui est entre les mains de Dieu?»

Christophe Henning/La Croix

 

Une vie de théâtre et de cinéma

1931 Naissance à Paris. Mère française et père britannique. Enfance dans le protectorat français du Maroc. A Casablanca, il voit les films diffusés pour les troupes américaines.

1946 A Cannes, il rencontre le metteur en scène Roger Blin: il décide de faire du théâtre. Trois ans plus tard, il s’inscrit à l’école de Tania Balachova à Paris.

1955 Premier rôle au théâtre avec Raymond Rouleau dans Pour le meilleur et pour le pire. Dans la foulée, il débute au cinéma dans C’est arrivé à Aden de Michel Boisrond.

1961 Snobs! de Jean-Pierre Mocky. Il tournera sept longs métrages avec «M le Mocky».

1962 Il joue le prêtre dans Le procès d’Orson Welles.

1967 La mariée était en noir de François Truffaut; Baisers Volés l’année suivante.

1968 L’amante anglaise de Marguerite Duras, au théâtre, sous la direction de Claude Régy. Sur grand écran, il sera aussi le vice-consul de Lahore dans India Song.

1974 Le voici chapelier dans Le Fantôme de la liberté de Luis Buñuel.

1986 Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud. Il est l’abbé de la mystérieuse abbaye bénédictine du nord de l’Italie où Sean Connery et Christian Slater élucident les meurtres imaginés par Umberto Eco.

1993 Les vestiges du jour de James Ivory, un chef-d’oeuvre adapté du roman de Kazuo Ishiguro. Anthony Hopkins et Emma Thompson y sont sublimes.

2010 Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois. Son interprétation de Frère Luc lui vaut le César du meilleur acteur dans un second rôle.

TK

 

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